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Jacques Moineville :"La préservation de l'environnement ne s'oppose pas au développement des pays du sud"

14/06/2012

Quels sont les enjeux de Rio+20 ? Quelle est la vision de l'AFD du développement durable ? Que va faire l'AFD à Rio+20 ? Jacques Moineville, directeur délégué de l'AFD, répond à nos questions dans une interview vidéo.

Quels sont les enjeux de RIO+20 ?

Si je devais résumer les enjeux de ce sommet en un mot, ce serait la « réconciliation » entre les notions de développement et d’environnement.

Lorsqu’à Rio, il y a 20 ans, a été promue l’idée du développement durable sur la base du constat que les ressources terrestres étaient limitées et épuisables, des suspicions sont alors nées, à tort, de la part des pays du sud vis-à-vis des pays du nord sur le thème « la préservation de l’environnement s’oppose au développement des pays du sud ».

Il faut lever cette ambigüité, et l’on peut espérer que cette conférence aboutisse à un accord international qui reconnaisse le développement durable comme une nécessité qui s’impose à tous les peuples et intègre une composante « développement » clairement favorable aux pays du sud, déclinée en objectifs que l’on pourra définir et mesurer.

Va-t-on atteindre les résultats escomptés à l’issue de cette conférence ? Nous le souhaitons mais ce n’est pas certain, car un consensus de l’ensemble des pays de la planète est difficile à obtenir.

Néanmoins, Rio+20 devrait jouer un rôle d’impulsion, de pédagogie et de conviction auprès de l’ensemble des acteurs, et créer de nouvelles conditions pour poursuivre le débat et promouvoir des politiques à la fois favorables aux impératifs de développement et de protection de l’environnement.

 
La prise en compte de l’environnement est-elle encore une idée neuve ?

Un certain nombre de pays a construit le développement au détriment des ressources naturelles. La forêt en est un des exemples frappants. L’exploitation forestière dans un certain nombre de massifs tropicaux s’est faite de façon « minière », autrement dit en coupant les arbres sans se soucier de la façon dont ils allaient se renouveler.

On peut envisager différemment l’exploitation forestière, de façon plus durable, qui préserve ce capital pour l’avenir.


Quelle est la position de l’AFD sur le développement durable ?


Il y a 20 ans, le slogan de Rio était « penser global », les considérations portaient sur l’intérêt global de la planète et les réponses devaient se traduire par des actions locales.

Aujourd’hui, l’AFD conserve cette vision, mais y ajoute un échelon « penser localement », cela signifie que les acteurs locaux et ceux des politiques publiques doivent être impliqués et s’approprier ces enjeux-là.

Notre proposition, notre action, consiste précisément à renforcer tous les acteurs dans ces thématiques. Sont concernés à la fois les gouvernements, les collectivités locales, le secteur financier, les entreprises privées et les populations.

C’est au niveau local que l’on s’aperçoit que le maintien ou l’exploitation durable de la ressource naturelle est un investissement économiquement rentable et favorable socialement aux populations.

Je reviens sur l’exemple de la forêt : si vous la détruisez, elle n’aura servi qu’une fois et ne resservira plus, ni à l’économie ni aux populations. Si vous organisez un mode d’exploitation qui permette le renouvellement de la ressource forestière, vous allez sur le long terme permettre aux populations de profiter de ses retombées.

Il ne faut pas que les solutions viennent de l’extérieur, mais que le changement de mode d’exploitation procède d’une prise de conscience des acteurs sus-cités, d’une définition de politiques endogènes, avec le soutien du secteur financier.

Voilà pourquoi nous pensons que l’implication et le renforcement des acteurs locaux est un élément essentiel de la mise en œuvre d’un développement durable sur l’ensemble de la planète.


Que va faire l’AFD à Rio + 20 ?

L’AFD ne va  pas à Rio pour faire de la pub, mais pour montrer qu’il est possible d’établir un lien concret entre les idées générales (enjeux économiques, sociaux et environnementaux) et les actions menées sur le terrain. Nous allons organiser une série de conférences et de manifestations pour présenter des projets que nous finançons dans les secteurs de la forêt, de la ville et de la gestion de l’eau.

Nous allons participer avec Yann Arthus-Bertrand à la projection du film « la soif du monde » que nous avons produit, puis à des débats organisés autour de ces thèmes-là.

Nous allons travailler avec d’autres banques de développement qui agissent sur la scène internationale, pour promouvoir cette idée de l’importance de l’implication des acteurs locaux.

Enfin, au sein de la délégation française, nous allons participer à l’élaboration des positions françaises ou, en tous cas, fournir à la délégation des expériences, exemples de terrain et expertises qui nous seront demandés.

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