"Pas de développement agricole sans crédit agricole. Car le premier investisseur, c’est l’agriculteur"
15/04/2012
Interview de Jean-Luc François, chef de la division Agriculture, développement rural et biodiversité de l'AFD. A l'heure où une nouvelle crise alimentaire se profile au Sahel, M. François revient avec nous sur les enjeux de la lutte contre la faim, les leviers d’actions pour répondre aux défis actuels et sur les outils mis en œuvre par l’AFD et ses équipes pour réduire l'insécurité alimentaire des pays pauvres.
Quel est l’enjeu que représente la lutte contre la faim aujourd’hui ?
La sécurité alimentaire concerne aujourd’hui toute la planète. Les désordres du monde sur les marchés agricoles, les décisions qui son prises à Bruxelles, Washington ou Pékin ont des répercussions sur le panier de la ménagère de Dakar, de Ouagadougou ou de Niamey, car elle achète des produits importés, ou des productions locales dont les prix sont influencés par les prix des marchés mondiaux. Au niveau mondial, il existe une très grande diversité des problématiques entre les pays du Nord et les pays du Sud, et parmi les pays du Sud, il y a une vraie spécificité de l’Afrique subsaharienne.
Face à cette situation, notre priorité à l’AFD, c’est l’agriculture, la sécurité alimentaire au sens large, mais en Afrique subsaharienne, sur laquelle il y a à la fois du potentiel et des besoins énormes. Le paradoxe de l’Afrique subsaharienne, c’est qu’elle est la partie du monde qui possède le plus de terres disponibles, le plus d’eau, une main d’œuvre abondante, mais qui voit se creuser le déficit alimentaire. Il faut corriger ce phénomène, tout d’abord à cause du déficit de la balance commerciale : pourquoi importer du riz, en Côte d’Ivoire ou au Nigéria alors qu’on peut le produire ? D’autre part, il existe une dynamique démographique telle, qu’il faut créer des emplois. Or l’agriculture est un secteur à très haute intensité de main d’œuvre.
CHAPITRAGE
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La lutte contre la faim en Afrique est-elle sans fin ?
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Comment comprendre les crises alimentaires de l'Afrique depuis 2008 ?
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Quelles sont les principales causes des crises alimentaires africaines ?
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La lutte contre la faim se résume-t-elle au soutien de l'agriculture vivrière ?
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L'appui aux filières agricoles est-il un axe central de lutte contre la faim ?
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Mais il faut aussi développer le territoire rural...
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Qui doit-on aider pour développer l'agriculture en Afrique ?
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Avec quels outils financiers peut-on aider le développement de l'agriculture africaine ?
Quelles sont les causes des crises alimentaires sur le continent africain ?
Il y a deux types de causes : des causes naturelles, et des causes liées aux stratégies de développement. La bande sahélienne souffre de déficits pluviométriques fréquents, qui ont des conséquences considérables sur l’élevage et les récoltes.
Mais il y a d’autres parties de l’Afrique où il y a eu un déficit de politiques incitant les agriculteurs et les investisseurs à considérer l’agriculture comme un moyen de gagner sa vie, depuis des dizaines d’années.
Cette année, il y a eu une crise relativement importante dans la corne de l’Afrique, qui était à l’origine liées à des causes naturelles, amplifiées par des troubles politiques. Cependant, cette zone pourrait très bien dans une vision de long terme, dans un contexte stabilisé, voir se développer l’irrigation, de nouvelles pratiques de cultures, respectant les traditions d’élevage.
En ce moment, une crise se prépare au Niger et dans six autres pays d’Afrique de l’Ouest. A cela s’ajoutent les difficultés liées à la sécurité au Sahel, qui vont rendre les choses plus difficiles pour venir en aide aux populations.
Il y a ensuite un problème de densité démographique, car on se trouve dans des pays où la transition démographique n’est pas encore assurée. L’urbanisation crée des clients pour les agriculteurs.
Il y a enfin des aspects de migrations, c’est pourquoi le problème de la sécurité alimentaire doit être envisagé à l’échelle sous-régionale en Afrique de l’Ouest.
Si l'on ne réagit pas, la crise alimentaire pourrait être aggravée par la désertification grandissante et l'accroissement de la population africaine.
La lutte pour la sécurité alimentaire se limite-t-elle à l’agriculture ?
Si l'on raisonne de manière générale, le vrai problème c’est la pauvreté.
Dans certains pays riches, il y a des pauvres qui ne mangent pas suffisamment, ou mal. La planète produit sans doute suffisamment pour nourrir les habitants qu’elle porte. Si on se concentre sur l’Afrique, les pauvres sont en zone rurale. Il faut investir dans l’agriculture. En produisant plus, on peut nourir les urbains sans agraver le déficit de la balance commerciale, et on permet à des ruraux pauvres d'augmenter leurs revenus et donc de ne plus subir la faim.
En résumé, et du point de vue de l’Afrique, la faim reste un problème agricole. Il faut donc investir dans l’agriculture.
Que signifie investir dans l’agriculture ?
A l’AFD, on pense que le premier investisseur, c’est l’agriculteur. C’est lui qui investit, d’abord par son travail, et dès qu’il le peut financièrement, en réinvestissant ses marges ou en ayant recours aux institutions de financement, microfinance ou crédit agricole... Aider des industriels à acheter son produit à cet agriculteur un bon prix, à partager équitablement la valeur ajoutée, c’est aider l’agriculteur à investir. C’est que fait l’AFD en finançant les entreprises qui font le lien entre l’agriculteur et le marché dans le cadre de filières qui organisent les contrats entre industries et agriculteurs. et en renforçant les capacités des banques locales à faire du crédit à l’agriculture. Mais le privé ne peut pas tout. Les Etats doivent investir aussi, par exemple dans les pistes rurales, l’irrigation, la formation et d’une façon générale dans ce qui améliore le fonctionnement des marchés, la fluidité des échanges entre villes et campagnes. C’est un autre domaine d’intervention de l’AFD.
Quels sont les différents moyens d’action de l’AFD ?
Un des piliers de l’action de l’AFD en Afrique de l’Ouest, c’est l’appui aux filières agro-industrielles. Ainsi, il devient possible d’organiser des relations équilibrées entre les agriculteurs, l’agro industrie et les marchés, par un système de règles et de contrats. Il faut rappeler que ces cultures d’exportation, comme les filières coton ou hévéa, que nous soutenons, n’empêchent pas les agriculteurs de cultiver des cultures vivrières. Ils peuvent même profiter des revenus qu’ils tirent de leurs exportations pour améliorer leurs exploitations vivrières.
Un autre axe d’intervention important de l’AFD, c’est l’appui aux collectivités locales rurales. La dépense publique, la richesse est aujourd’hui concentrée dans les villes en Afrique. Equiper les campagnes suppose une réelle volonté politique. Il faut donc accompagner la décentralisation, en donnant les compétences à des élus locaux, et leur donner les moyens d’investir (transports, infrastructures, etc.) Le but est de rendre attractif, compétitif le territoire rural. S’y rajoutent deux dimensions : la préservation du patrimoine naturel et la sécurisation du foncier.
Un des avantages remarquables de l’AFD, c’est qu’elle dispose d’une palette d’outils financiers qui lui permettent de financer l’investissement public comme l’investissement privé et de le faire à des conditions financières (subventions ou prêts plus ou moins bonifiés) qui sont adaptéesà la nature du projet et de l’état de développement du pays. L’AFD a poussé encore plus loin la complémentarité des outils financiers en contribuant à la création d’un fonds d’investissement entièrement dédié aux filières agricoles alimentaires en Afrique.
En 1962, l’agronome français René Dumont publiait "L’Afrique noire est mal partie". À l’occasion du 50e anniversaire de la parution de l’ouvrage, la Fondation René Dumont, en partenariat avec l’AFD, AgroParisTech, l’Agence universitaire de la francophonie, le Cirad, le Gret et le Nepad ont organisé le colloque « René Dumont revisité et les politiques agricoles africaines » qui s’est tenu les 15 et 16 novembre.
Nous vous proposons de découvrir les 3 interventions en vidéo
Focus projet
Prévenir les conflits au Tchad en accompagnant la transhumance
L’élevage est essentiel à l’économie tchadienne : première exportation du pays hors pétrole, il contribue à hauteur de 15% au PIB national. Les pratiques ancestrales sont menacées par la croissance de l’agriculture et de l’élevage sédentaire et par une mauvaise répartition des points d’eau sur l’ensemble du territoire. L’enjeu du projet consiste à concilier développement économique, préservation de l’environnement et prévention des conflits.
Appui à la valorisation du poivre et du sucre du Cambodge
Le Cambodge possède des produits traditionnels qui sont de véritables richesses pour le pays. C’est le cas du poivre de Kampot et du sucre de palme de Kampong Speu. Depuis 2004, l’AFD soutient un projet de promotion de ces deux produits, en vue d’augmenter leurs exportations. Un producteur de poivre témoigne.
Depuis 2002, l’AFD finance au Sénégal un projet d’appui à la décentralisation et au développement local. Il vise à améliorer les conditions de vie des populations rurales en facilitant leur accès aux services de base et en favorisant le développement économique.
Soutien à l’exportation d’huile d’olive palestinienne
Dans le cadre de son programme de renforcement des capacités commerciales, l’AFD a choisi d’accompagner les producteurs d’huile d’olive palestinienne afin de soutenir ses exportations sur les marchés internationaux.
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