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Education, Afrique, conférence 19 janvier, Goulard
Au cours de la conférence sur l’école de demain pour l’Afrique organisée par l’AFD avec Le Monde Afrique le 19 janvier à Paris, personnalités de haut niveau et experts ont martelé un message commun : sans une éducation de qualité, la scolarisation ne suffit pas.

Au cœur du Tchad, il y a vingt ans de cela, un jeune enseignant français initiait ses élèves aux mathématiques à l’aide d’un manuel scolaire détaillant l’énergie produite par… un skieur sur des pentes enneigées. Deux décennies plus tard, Gaël Giraud, désormais Chef économiste pour l’AFD, distille l’anecdote au cours de la conférence « Afrique, quelle école pour demain ? », organisée en partenariat avec Le Monde Afrique le 19 janvier à Paris. Une petite séquence d’autodérision pour mieux résumer un bilan mitigé : si le défi de la scolarisation dans le primaire est en passe d’être gagné en Afrique avec plus de 80 % des enfants qui achèvent ce cycle, la qualité de l’enseignement proposé reste un défi. 

« La scolarisation n’est pas l’apprentissage », résume Jaime Saavedra, directeur pour l’Éducation de la Banque mondiale et ancien ministre de l’Éducation du Pérou. Les chiffres lui donnent raison : parmi les enfants scolarisés en Afrique subsaharienne, 93 % n’ont pas acquis les compétences de base en lecture et 86 % en mathématique. Un chiffre inquiétant, qui fait réagir Jaime Saavedra face à une salle bondée : « La situation est grave ! »

L’éducation des filles, les compétences, l’emploi, les valeurs citoyennes

Pour Gaël Giraud et Jaime Saavedra, l’effort éducatif doit donc porter sur la qualité de l’apprentissage. Le Sénégal l’a bien compris, avec la mise en place d’ un « programme d’amélioration de la qualité et de la transparence » évoqué par Serigne Mbaye Thiam, le ministre sénégalais de l’Éducation. L’importance de l’évaluation, la maîtrise des compétences fondamentales et l’accès à l’école pour tous, en particulier les filles, les enfants les plus pauvres et ceux issus du milieu rural, font partie des thèmes développés par tous les intervenants. 

Le but de l’éducation et de la formation, c’est aussi de « se mettre au service de l’emploi », comme le rappelle le directeur général de l’AFD Rémy Rioux, appuyé en sens par le ministre français de l’Éducation Jean-Michel Blanquer. Une caractéristique à laquelle la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, ajoute la santé, tant une population éduquée est une population qui se porte mieux. Moins quantifiable mais tout aussi essentielle, la question des valeurs s’impose dans le débat. « Une école de qualité, cela passe  par la transmission de valeurs citoyennes et d’éducation à la paix », rappelle la représentante de l’Unesco. 

Afrique et Europe, des défis communs

En cela comme en toute chose dès qu’il s’agit d’éducation, « nos défis sont communs entre Afrique et Europe, estime Jean-Michel Blanquer. Sur l’éducation, l’Afrique peut emprunter des chemins nouveaux et innover avec une grande souplesse ; nous devons apprendre de ces expériences. » Autre question commune aux deux continents : « Comment être plus humain dans un monde de plus en plus technologique, marqué par le changement climatique et le développement urbain ?, s’interroge le ministre, tout en soufflant à la salle : La première réponse est dans l’éducation. »  

Former efficacement les enseignants et leur donner les moyens de se consacrer pleinement à leur métier figure également au premier rang des actions à mener, sans oublier la réforme nécessaire des programmes. Pour ne plus voir de skieur en plein désert...

Mobiliser les financements

Mais pour y parvenir, l’aide publique au développement en faveur de l’éducation doit s'accroître : « Elle représente 5 dollars par enfant par an en Afrique subsaharienne », constate Gaël Giraud. « Il faut plus d’argent », insiste Jaime Saavedra, soutenu dans sa quête un peu plus tard dans la journée par Alice Albright, directrice générale du Partenariat mondial pour l’éducation : « Le financement n’est jamais suffisant pour l’éducation ! On ne peut plus accepter la situation actuelle. » Ce sera tout l’enjeu de la conférence de reconstitution des ressources du Partenariat mondial pour l’éducation (PME) organisée à Dakar les 1er et 2 février. 
 

L'éducation en Afrique subsaharienne - Stop aux idées reçues !

Lorsque l’on parle de l’évolution de la situation éducative en Afrique subsaharienne, c’est généralement pour tirer la sonnette d’alarme et mettre en avant le retard pris par la région. Une vision pessimiste qui manque de recul et occulte les réalisations de la région dans un contexte de forte croissance démographique. De nombreuses idées reçues parasitent les débats et empêchent de soutenir les efforts des gouvernements et des populations afin de réaliser la promesse de nouvelles générations éduquées et formées.

Pour mieux penser les enjeux du rattrapage éducatif du continent, en quantité comme en qualité, et se mobiliser efficacement, il est donc essentiel de se baser sur des éléments concrets et d’en tirer des leçons pour l’action.