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Tchad barque conflit Centrafrique
Dans une étude sur la guerre en Centrafrique et sa régionalisation avec le Tchad, Emmanuel Chauvin, enseignant-chercheur à l’université Toulouse Jean Jaurès, met en lumière les causes d’une crise régionale. Il interroge sur la nature des outils à déployer en réponse à ces situations.

ChauvinPourquoi une étude sur la guerre en Centrafrique ? 

Emmanuel Chauvin : cette étude scientifique La Guerre en Centrafrique à l’ombre du Tchad a été commandée par la direction de la recherche de l’AFD. Elle a pour objectif de produire une analyse sur un sujet complexe : la guerre en Centrafrique et sa régionalisation avec le Tchad. 

L’AFD a choisi de travailler avec l’observatoire Pharos, un organisme qui éclaire la question de la pluralité des religions et des cultures dans le monde. Pour avoir notamment consacré ma thèse aux migrations forcées liées aux insécurités en Afrique centrale, l’observatoire m’a demandé de conduire cette étude.

Comment enquête-t-on dans un pays en crise ? 

L’objectif de cette étude est d’éclairer les liens entre la guerre en Centrafrique et le Tchad : les liens militaires mais aussi économiques et culturels, avec l’exigence de s’appuyer sur des données récoltées sur le terrain. Il ne s’agissait pas de faire une étude de cabinet mais de prendre en compte les faits et les points de vue des acteurs locaux. 

Deux séjours de recherche ont été organisés, l’un à Bangui en Centrafrique et l’autre au Tchad, à N'Djaména et dans la région sud. Des paroles d’acteurs ont ainsi été recueillies, y compris d’acteurs non institutionnels comme des personnes réfugiées ou des commerçants tchadiens implantés en Centrafrique depuis plusieurs générations. L’étude est enrichie de cartes et de témoignages. 

Quelles conclusions avez-vous tirées ? 

Cette étude a montré l’étroite complémentarité de plusieurs phénomènes territoriaux : les conflits, les échanges et l’intégration régionale. Premièrement, les acteurs tchadiens ont joué un rôle majeur dans l’escalade régionale du conflit de la Centrafrique à travers des flux militaires transfrontaliers. 

Deuxièmement, les conflits ont entraîné une désintégration régionale entre les deux pays, par une diminution des circulations économiques et un cloisonnement politique entre les communautés. 

Troisièmement et plus largement, le cas du couple Centrafrique/Tchad interroge les formes futures à donner aux instruments régionaux de sécurité et de développement en Afrique. Alors même que s’y croisent les intérêts géopolitiques nationaux et que l’écart entre les puissances régionales émergentes et les États les plus fragiles s’accroît.