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Colombie, paix, financements, zone rurale
Après des décennies de conflit, la Colombie s’est engagée en 2016 dans un processus essentiel et complexe de construction d’une paix durable. Pour les autorités, l’un des principaux défis est le développement des territoires ruraux isolés. L’AFD accompagne à ce processus grâce à de nombreux dispositifs financiers et techniques.

Le 24 novembre 2016, le président colombien, Juan Manuel Santos, et la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires colombiennes) signent un accord de paix historique au terme de longues négociations. Cette date marque le terme d’un conflit qui a fait plus de 8 millions de victimes en 50 ans : environ 980 000 homicides, 160 000 disparitions forcées, 10 000 cas de tortures, 34 000 enlèvements et plus de 6 millions de déplacés.  Mais cet accord ne signifie toutefois pas que la paix soit assurée... Au lendemain de l’élection présidentielle du 17 juin 2018, les Colombiens doivent encore relever de nombreux défis.  

L’aide internationale avait été sollicitée dès le début des négociations. Les présidents Hollande et Santos ont, en janvier 2017, convenu d’une feuille de route, confirmée par le président Macron lors de la visite officielle du président colombien en France en juin 2017. Le gouvernement français y prévoit notamment, à travers l’AFD, d’y consacrer plus de 350 millions d’euros.

Les territoires ruraux au cœur du processus

Le développement des territoires ruraux est l’un des enjeux clés de la réussite de ce processus. Il s’agit en effet souvent de zones difficiles d’accès, parfois administrées durant le conflit par des groupes armés, qui ont pu y cultiver des plantations illicites. Ces territoires, où l’État était absent, sont encore vulnérables. Durant le processus de paix, les négociateurs se sont ainsi attachés à écouter les petits agriculteurs afin de recueillir leurs principales doléances et d'établir des plans de développement adaptés. Les autorités colombiennes ont ainsi identifié environ 170 municipalités prioritaires où initier un programme spécifique de développement local (Programa de Desarrollo con Enfoque Territorial : PDET).

Présente en Colombie depuis 2009, l’AFD a décidé de se concentrer plus précisément sur ces territoires à travers trois leviers principaux. Tout d’abord un prêt de politique publique de 200 millions d’euros à l’État colombien, signé le 22 décembre 2017. Sans circonscrire les investissements appuyés par ce prêt, l’AFD assure un suivi des objectifs dans le cadre d’un dialogue de politique publique avec les autorités nationales. Une coopération technique financée par l’AFD est en outre assurée par l’Agence pour le développement de la coopération internationale dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (ADECIA, un groupement d’intérêt public français (GIP) dont l’objectif est de mobiliser l’expertise institutionnelle dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux).

Dans les territoires sensibles, ADECIA travaille à articuler les demandes de financement avec les fonds disponibles tant au niveau des budgets nationaux que des aides internationales. Afin d’aider au mieux les municipalités dans leurs démarches, l’agence élabore des modèles de formulaires dans deux territoires pilotes. L’assistance technique apportée est essentielle pour ces territoires qui n’ont souvent pas assez de ressources pour s’organiser ou pour identifier les sources de financement auxquelles ils pourraient prétendre.

Plus de financements pour les municipalités rurales

L’agence AFD de Bogota va aussi allouer dans les prochaines semaines un prêt de 150 millions d’euros à FINDETER, une banque de développement qui connaît bien les besoins des régions colombiennes et qui accorde des prêts aux banques commerciales. Pour l’AFD, travailler avec FINDETER permet d’atteindre les territoires qui en ont le plus besoin. Ce prêt sera divisé en trois phases et accompagné d’une subvention de l’Union européenne de 10 millions d’euros dont 2 sont destinés à de l’assistance technique et 8 à des « primes à l’investissement ».
 
Grâce à ces 8 millions d’euros, les collectivités et établissements publics des 170 territoires prioritaires pourront accéder plus aisément à des crédits ; ils pourront bénéficier – suivant des critères bien définis, notamment géographiques ou sectoriels – de subventions allant jusqu’à 10 % du crédit demandé.

Vers une utilisation raisonnée des terres

Enfin, l’AFD participe à hauteur de 3 millions d’euros au Fonds fiduciaire (Trust Fund) mis en place par l’Union européenne pour soutenir la mise en œuvre de la paix. Via ce fonds, la France soutient un projet de développement rural intégral qui sera mis en œuvre par ONF Andina (filiale de l’Office national des forêts français) dans le Guaviare, l’un des départements les plus meurtris par la guerre. 400 familles ont été identifiées. L’une des forces de ce projet est de leur offrir un soutien global : depuis la santé des nouveau-nés jusqu’aux solutions pour améliorer la productivité des exploitations agricoles sans aggraver la déforestation. Pour ce faire, ONF Andina s’est associée avec l’ONG Action contre la faim (ACF) et deux groupes privés colombiens, Exito et Alqueria.

Les 400 familles bénéficiaires recevront ainsi un soutien individualisé, grâce à des experts qui les aideront à trouver des solutions pour augmenter leur productivité tout en respectant l’environnement. Les solutions retenues privilégieront des systèmes de sylvo-pastoralisme et d’agroécologie. 

L’un des enjeux du processus de paix est de préserver les forêts colombiennes. En effet, celles-ci n’étaient pas accessibles durant le conflit et se sont donc trouvées, d’une certaine manière, protégées. Mais agir vite est essentiel pour prouver aux agriculteurs que la préservation des forêts est plus rentable à long terme et les détourner de la tentation des plantations illicites ou d’un modèle d’agriculture extensive. La paix est aussi une opportunité pour promouvoir une exploitation raisonnée des terres.