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bateaux seront distribués
2 600
bénéficiaires
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La présence d'une mangrove a divisé la puissance du tsunami par cinq
Le tsunami qui a durement frappé une partie de l'Indonésie en septembre 2018 a détruit leurs bateaux. Aujourd’hui, de nombreux pêcheurs de Palu, sur l’île de Sulawesi, ne survivent plus que par l’aide humanitaire. Mais grâce au projet de relance de l’économie et de protection face aux catastrophes naturelles financé par l’Agence française de développement (AFD), certains repartent déjà en mer. Reportage à Palu, dans le centre de l’île.

Située à l’extrémité de la Ceinture de feu, l’Indonésie est l’un des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles dans le monde : inondations, tremblements de terre, glissements de terrain, tsunamis, volcans, cyclones… Pour la seule année 2018, l’Agence nationale indonésienne de la gestion des catastrophes (BNPB) en a recensé près de 2 000. 

Le 28 septembre 2018, les côtes de Palu sont frappées par un tsunami, déclenché par un séisme de magnitude 7,5 au large des côtes. Le bilan humain est lourd, avec des milliers de personnes disparues et des centaines de milliers de personnes déplacées. La communauté des pêcheurs est particulièrement touchée par ce sinistre : un bateau sur deux a été détruit dans la baie. Compte tenu de leurs faibles revenus, la plupart des pêcheurs ne peuvent se rééquiper et redémarrer leur activité. 

L’AFD, en partenariat avec l’ONG CCFD-Terre solidaire et Kiara (regroupement de neuf organisations de pêche en Indonésie), lance un nouveau projet qui permettra aux populations côtières touchées par la catastrophe de reprendre leur activité dans les meilleurs délais. Il prévoit notamment la distribution de 650 pirogues sur trois ans et une meilleure préparation des populations face à ces catastrophes.

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Retour au large
Dans la famille de Sugiarto, originaire du village de Pantoloan Boya, au nord de Palu, on est pêcheur depuis trois générations. Le jour du tsunami, Surgiarto revient de sa troisième sortie en mer de la journée lorsqu’il entend un bruit, « comme une grosse explosion ». Il voit alors une vague de six mètres de haut arriver droit sur lui. Il a juste le temps de faire demi-tour et de mettre le cap sur les côtes. « Notre maison a été emportée par les vagues. Je pensais avoir perdu ma famille… J’ai été tellement heureux de les retrouver sains et saufs ! », raconte ce père de six enfants.

Lorsque Sugiarto retrouve sa pirogue, la coque est éventrée et le moteur hors service. Les semaines suivantes, il tente de réparer la précieuse embarcation, en vain. Impossible pour lui de repartir pêcher. « Sans bateau, comment puis-je nourrir ma famille ? D’une manière ou d’une autre, je devais retourner en mer », explique-t-il.

Sugiarto est l’un des premiers bénéficiaires du projet financé par l’AFD. En mai, il a reçu un nouveau bateau et a pu reprendre le large. Il l’a baptisé « Seroja  », soit « Toujours en mer » en langue bugis.
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Un nouvel espoir
Eli descend d’une longue lignée de pêcheurs, qui comprend le rythme de l’océan et a appris à vivre avec. Avant le tsunami, elle achetait du poisson à des pêcheurs de son village, en vendait la moitié à un intermédiaire et écoulait l’autre elle-même au marché de Palu. Quand elle n’était pas au marché, elle passait ses journées à sécher le poisson et les crevettes, et à transformer ce qui restait en aliment pour le bétail. Son mari, lui, était pêcheur. « Entre mon mari et moi, nous gagnions environ entre 1 500 000 et 3 000 000 Rp (roupies indonésiennes) par mois (soit 93 à 187 euros) », raconte-t-elle.

Elle épargnait chaque jour une partie de ses revenus, qu’elle cachait sous son matelas. Assez, en tout cas, pour envoyer son fils de 12 ans au collège. « Je voulais que mes enfants aient d’autres options que la pêche pour leur avenir », confie-t-elle.

Mais le 28 septembre 2018, la vague frappe sa maison, emportant toutes ses économies. Depuis le tsunami, Eli et sa famille survivent grâce à l’aide d’urgence dans un refuge temporaire au pied des montagnes. Ses deux fils aînés étaient prêts à renoncer à leurs études pour aider la famille.

Alors, lorsque de nouveaux bateaux furent distribués aux pêcheurs, Eli ne put contenir son émotion. Pour elle, plus que le retour des esquifs dans la rade de Palu, c’était celui de l’espoir. « Maintenant, je peux envoyer mes enfants à l’école. Tant que nous aurons les moyens de gagner notre vie, nous survivrons et tout ira bien. »
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L'éducation sauve des vies
Taslim a toujours vécu dans le village de Pantoloan Boya. Dès son plus jeune âge, il écoutait les histoires de ses aînés décrivant les tsunamis survenus dans la région. Un détail retient son attention : à chaque fois, l’eau se retire des plages quelques minutes avant la catastrophe.

Alors quand le sol se mit à trembler le 28 septembre, Taslim se rendit immédiatement à la plage, s’assit et observa la mer. Il y resta des heures en compagnie de plusieurs enfants, dont son petit-fils, qui jouaient dans l’eau. Lorsque la fin de l’alerte au tsunami fut annoncée à la télévision, Taslim ne suivit que son instinct et continua de scruter l’océan.

Au coucher du soleil, Taslim vit finalement les eaux refluer vers le large et le récif se dévoiler. « Courez ! Courez sur les collines ! Courez !  », hurla-t-il alors à l’adresse de tous ceux qu’il croisa. Son obstination et sa connaissance des tsunamis ont probablement sauvé de nombreuses vies.

Mais en l’absence de documentation écrite, cette connaissance autrefois transmise oralement de génération en génération risque aujourd’hui de se perdre. Par conséquent, pour mieux prévenir les risques lorsque le système d’alerte fait défaut, le projet soutenu par l’AFD intègre aussi des actions de sensibilisation des communautés et des exercices de simulation dans les écoles, sur la base de l’histoire locale des désastres et des connaissances traditionnelles.
La mangrove, une protection naturelle

Aussi loin que Taslim se souvienne, la mangrove a toujours été présente. Personne ne lui a jamais dit pourquoi elle était là, ou qui l’avait plantée. Mais le 28 septembre 2018, sa présence a sauvé la vie de nombreux habitants de la région. Et pour cause : là où elle était présente, la hauteur des vagues a été réduite de cinq à seulement un mètre.

« La mangrove nous a sauvés. Dense et présente sur environ 20 mètres de profondeur jusqu’au rivage, elle a retenu les vagues et a protégé notre village. Aujourd’hui, elle a complètement disparu. Mais après toutes ces années, nous savons désormais à quoi elle sert », raconte Taslim.

La province de Palu est aujourd’hui en pleine reconstruction. Consciente de l’importance de la mangrove dans la protection des communautés côtières, l’AFD a placé sa reconstitution au cœur du projet de relance de l’activité régionale. Objectif : mieux protéger les populations face aux futures catastrophes.

« Nous sommes heureux de contribuer à ce projet », se réjouit Emmanuel Baudran, directeur de l’agence AFD de Jakarta (Indonésie). «Nous espérons que ce programme pilote permettra d’aider les communautés côtières de Palu à reprendre leur activité et à mieux appréhender d’éventuelles futures catastrophes.»

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© Matahati Productions / AFD

 

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