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Kenya
Le vent, la poussière
et l’école
5
écoles entièrement reconstruites
2 500
élèves bénéficient des nouveaux bâtiments
50
classes modernes créées
Sur les rives du lac Victoria, au Kenya, la ville de Kisumu voit renaître ses écoles primaires, jusqu’alors délabrées. Cette renaissance ravit le corps enseignant et redonne espoir aux élèves.

À 6h30 en ce matin de janvier, les uniformes bleus s’alignent sur les chemins de campagne pour rejoindre l’école primaire d'Angira. Nous sommes dans la banlieue de Kisumu, à 350 km à l’ouest de Nairobi. Âgés de 3 à 16 ans, les élèves passent aux pieds d’une école flambant neuve et tout en couleurs. 

Depuis 2012, l’AFD finance un projet de développement urbain de cette ville, la troisième plus grande du Kenya avec 600 000 habitants. Le projet implique la reconstruction de cinq écoles primaires publiques, pour la plupart éloignées du centre et qui étaient dans un état de délabrement avancé.  

L’école primaire d’Angira est l’une de ces écoles. Chacun est impatient de goûter à l’espace et à la fraîcheur d'un bâtiment moderne. Mais les élèves devront patienter encore un peu : les travaux ne sont pas tout à fait terminés. Les enfants se dirigent pour l'heure vers leurs salles de classe actuelles, sombres et étriquées. 

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Mical, de l'effondrement à la renaissance
Pour Mical Akech, la directrice de l’école primaire d’Angira, les infrastructures de son école n’étaient plus compatibles avec les besoins de ses élèves et de ses enseignants. « L’école a été construite en 1947 par l’Église catholique. C’étaient d’abord des bâtiments en terre puis ils ont été remplacés, explique l’enseignante. Malgré cela, l’école était vraiment vieille. Les murs étaient fissurés. Un jour, trois classes se sont effondrées pendant la nuit. Lorsqu’on est arrivés le matin, les bâtiments n’existaient plus. Certains élèves ont dû prendre leurs leçons dehors, mais ils étaient constamment dérangés par les passants. Il y avait du vent, de la poussière et il faisait vraiment chaud. Pour résoudre le problème, nous avons décidé de construire des classes de fortune. »

Des conditions très difficiles aujourd’hui révolues : « Quand les promoteurs du projet sont venus en repérage pour sélectionner les écoles, ils ont réalisé qu’Angira était vraiment démunie. » Depuis le début du projet de rénovation, les élèves, qui avaient délaissé son école primaire, commencent à revenir : « La population de l’école a gonflé de 285 élèves en 2013 à bientôt 600 aujourd’hui. On sait que le chiffre va encore augmenter quand on emménagera dans le nouveau bâtiment. »

Pour la directrice, la présence d’une école décente répond à un véritable besoin démographique dans la zone : « Les élèves viennent dans cette école d’abord parce qu’ils sont attirés par ce beau bâtiment. Ensuite, parce qu’il y a un grand marché à proximité, avec une forte population. La plupart des élèves viennent de là. Désormais, ils n’ont pas à se rendre plus loin pour accéder à une bonne infrastructure. »
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Vanessa : « J’espère avoir mon propre bureau »
Vanessa a douze ans et étudie en classe 7, l’équivalent de la cinquième dans le système éducatif français. Elle vit avec ses grands-parents, sa mère et son petit frère. Elle a toujours été scolarisée à l’école primaire Angira.

Studieuse, elle souhaitait d’abord devenir enseignante. Désormais, elle rêve de devenir docteur. Comme tous ses camarades, Vanessa est impatiente d’investir les nouveaux bâtiments et d’améliorer ses conditions d’étude. Pour elle, le problème principal de l’ancienne école est le manque de place : « Là-bas, on s’assoit sur des bancs. Parfois on est 4 ou 5 personnes sur un banc et ça n’est pas facile de se concentrer sur le cours. Certains peuvent parler, rire et on ne peut pas comprendre ce que dit le professeur. Dans la nouvelle école, j’espère que j’aurai mon propre bureau, pour pouvoir être assise seule et étudier plus dur. »

Ambitieuse, Vanessa souhaite obtenir plus de 400 sur 500 à l’équivalent kenyan du brevet des collèges pour pouvoir accéder à une école secondaire de qualité. Marygoretti, sa mère, est confiante. Et sûre que les nouvelles infrastructures permettront à sa fille de bénéficier d’une éducation de qualité.
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Ham, les belles choses, le moral et la motivation
Ham est le sous-directeur de l’école primaire Angira. En plus d’enseigner les mathématiques et les sciences de la vie, il est impliqué dans la gestion quotidienne de l’école. Ham a rejoint l’équipe pédagogique de l’école en 2014, alors que la construction était encore en phase de projet.

À son arrivée, les bâtiments étaient en état de délabrement et les résultats au brevet des collèges local se dégradaient d’année en année. Aujourd’hui, l’espoir est de retour : « Les enfants viennent vers une meilleure école. Ça améliore même leur moral. Vous savez, quand vous vous associez à de belles choses, votre moral remonte et la motivation vient. Vous travaillez même plus. On n’associe pas de mauvaises performances à une bonne école. »

On constate déjà une nette augmentation des résultats à l’examen final du primaire, ce qui aura selon le sous-directeur un effet bénéfique sur le secteur : « D’abord, la performance ramène les élèves qui étaient partis. Quand on a plus de monde, on est encore meilleurs car on éduque une plus grosse part de la population de la zone concernée. Et ça améliore son économie. »

Le cercle vertueux ne s’arrête pas là : « Ensuite, quand on vient dans une école neuve, on s’habille bien. Vous devez bien vous tenir, estime Ham. C’est comme ça, vous devenez une personne meilleure. Cette école va apporter un gros changement à la communauté. »
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Plus d’espace, plus de professeurs et moins d’enfants par classe

Au Kenya, les normes imposent un maximum de 45 élèves par classe. À Angira, ces quotas sont largement dépassés et il n’est pas rare pour un élève de partager sa classe avec 90 autres élèves. 


La nouvelle école permet de doubler le nombre de classes disponibles et de mettre à disposition une chaise et un bureau par élève, ce qui devrait avoir un impact direct sur le confort et la concentration des enfants. 


Le dédoublement des classes nécessite également celui des professeurs. La directrice de l’établissement s’apprête ainsi à en faire la requête auprès de la Teachers Service Commission, chargée du recrutement des professeurs dans le secteur public au Kenya. 
 

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Hygiène en hausse

Dans les anciens bâtiments de l’école primaire, élèves et professeurs devaient partager un petit nombre de latrines, en très mauvais état. 


La nouvelle structure comprend un bloc sanitaire complet, dont Ham ouvre ici les portes. À l’intérieur, des toilettes séparées pour les filles et les garçons, mais aussi pour les grands et les petits, et à l'extérieur, des lavabos. 


Le nouveau bâtiment respecte également les normes relatives à l’accessibilité, avec des toilettes adaptées aux personnes en situation de handicap.