Les activités économiques ne sont pas concentrées sur une tête d‘épingle, ni distribuées de manière homogène sur une plaine dépourvue d‘aspérités. Elles sont au contraire réparties très inégalement sur les territoires, donnant naissance à des courbes de niveau qui varient selon les époques et les espaces. A toutes les échelles, la croissance économique fut et reste géographiquement inégale. L’espace influence l’économie tandis que le développement est un puissant sculpteur de la géographie. Dès lors, n‘est-il pas raisonnable de penser que l’économie géographique, dont l’objectif est d‘expliquer la localisation des hommes et des entreprises, puisse améliorer notre connaissance des mécanismes favorisant le développement de certains territoires et la stagnation d‘autres ?

Au cours de ces dernières années, les médias se sont pourtant fait l’écho d‘une idée bien différente : nous vivrions désormais dans un monde où la tyrannie de la distance, si pesante dans l’histoire humaine, aurait disparu. La baisse spectaculaire et ininterrompue des coûts de transport depuis le milieu du XIXe siècle, relayée par le retrait du protectionnisme et, plus récemment, par la quasi-disparition des coûts de communication, auraient rendu les acteurs économiques libres de toute contrainte de proximité. Technologie et mondialisation se seraient ainsi combinées pour rendre obsolète la géographie traditionnelle des activités, le monde d‘hier formé de crêtes et de ravins étant devenu miraculeusement « lisse ».
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auteur(s) :
Jacques-François THISSE
Jean-Claude PRAGER
collection :
Notes et documents
pages :
142
numéro :
46
disponible aussi en : fr