L’AFD publie une vaste étude sur les industries culturelles et créatives (ICC) dans le monde qui devrait guider sa stratégie dans ce secteur pour les années à venir. Au programme : créer de la valeur par la création culturelle tout en assurant une juste rétribution des auteurs.

Comment se porte le cinéma indonésien ? Et la musique à Cuba ? Les droits d’auteurs en Côte d’Ivoire ? L’AFD répond à ces questions et à bien d’autres en publiant un état des lieux mondial des différents secteurs de la création culturelle. Cette « Étude stratégique sur le secteur des industries culturelles et créatives », réalisée par le cabinet EY pour le compte de l’AFD, passe au crible trois grandes régions (Afrique et Moyen-Orient, Asie-Pacifique et Amérique latine). Celles-ci regroupent plus de 50 % des emplois des industries culturelles et créatives (ICC). 

22 pays font l’objet d’un rapport détaillé sur les secteurs qui y sont prometteurs en termes de revenus et d’emploi, parmi lesquels l’architecture, l’artisanat, le cinéma, le design, l’édition, le jeu vidéo, la mode, la photographie ou le spectacle vivant.

Les ICC jouent un rôle important dans la réalisation des objectifs de développement durable. Elles contribuent à l’emploi, la croissance, l’éducation, la formation professionnelle, la citoyenneté, la prévention des conflits, l’égalité homme-femme ainsi qu’à la création d’une identité locale. C’est aussi un secteur qui peut être mis à contribution pour mieux porter des messages durables et avoir un impact direct sur les communautés.

Charles Houdart, chargé de mission industries culturelles et créatives à l’AFD

Sauf que les études manquaient jusqu’alors pour mesurer les effets et le potentiel de ces ICC à l’échelle nationale et régionale. D’autant plus que celles-ci sont largement informelles dans de nombreux pays. « Cette étude permettra de nourrir le débat, même s’il y a déjà une prise de conscience de l’ensemble des pays sur le fait que les ICC sont un secteur de développement qui mérite qu’on y prête attention », estime Charles Houdart.

Un impact économique fort

On y apprend notamment que les ICC ont généré 818 milliards de dollars de revenus dans la zone Asie-Pacifique (3 % du PIB), contre 124 milliards de dollars en Amérique latine (2,2 % du PIB) et 49 milliards de dollars (1,1% du PIB) en Afrique. 4 millions d’emplois sont directement liés à ces secteurs en Asie-Pacifique, 2 millions en Afrique et 1,9 million en Amérique latine.

En Indonésie, par exemple, les industries culturelles et créatives ont connu une croissance de 5,8 % en 2013 par rapport à 2012 (années les plus récentes disponibles), tirée par les secteurs de la gastronomie, de la mode et de l’artisanat. L’Afrique du Sud, de son côté, est le pays du continent où l’industrie musicale est la plus mature, avec en moyenne 550 albums produits par an et plusieurs récompenses aux MTV Africa Music Awards.

Créer de la richesse et valoriser les auteurs

L’étude révèle dans le même temps un manque à gagner important du secteur de l’audiovisuel sur le continent africain, avec seulement 40 % des sociétés de radio et de télévision qui y paient leur redevance. Ainsi qu’une méconnaissance des principes du droit d’auteur, tant au niveau du public, des exploitants et des décideurs politiques, qui pénalise de nombreux artistes.

Dans le cadre du nouveau mandat qui lui a été confié en début d’année, l’AFD a vocation à s’investir davantage dans le secteur des ICC. Les principaux enjeux : accroître la richesse générée par la création culturelle dans ses pays d’intervention, tout en veillant à une meilleure répartition de la valeur auprès des auteurs. Car le secteur connaît un niveau de consommation qui va perdurer dans le futur.

Pour Charles Houdart, l’AFD peut se positionner de quatre manières. D’abord en soutenant la construction de musées, bibliothèques, cinémas et autres équipements culturels qui font cruellement défaut dans certains pays. Une forme de cercle vertueux : « Si l’on construit des cinémas, on incite les producteurs à tourner des films. »

Il s’agit ensuite de favoriser la formation professionnelle dans les métiers de la culture, une préoccupation relativement récente, même en Europe. Puis d’inciter les banques à prêter davantage aux acteurs de ce secteur où « les jeunes entrepreneurs créatifs ont souvent du mal à accéder au financement », explique Charles Houdart.

Enfin, l’AFD sera présente pour accompagner les politiques culturelles, notamment sur la question du droit d’auteur. « L’AFD ne peut pas résoudre à elle seule un problème majeur comme celui-là, mais on y réfléchit avec nos partenaires sur place », indique le chargé de mission au sujet de ce qui s’apparente à un véritable levier de monétisation de la création artistique.

Du concret

Sur le terrain, plusieurs programmes sont déjà sur l’estrade. Au Kenya, l’AFD a récemment contribué au fonds d’investissement Heva Fund destiné à soutenir les entrepreneurs du secteur de la mode et du design en recherche de financements (300 000 euros en subvention et 500 000 euros en prêt). À Johannesburg en Afrique du Sud, nous accompagnons un projet d’incubateur d’entreprises tourné vers la création de contenus audiovisuels innovants (films d’animation, jeux vidéo…). Un investissement destiné à répondre aux besoins croissant du marché culturel africain et international, puise à hauteur de 950 000 euros dans notre Fonds d’expertise technique et d’échange d’expérience (FEXTE). Autant de financements dont les industries culturelles et créatives ont besoin pour jouer les premiers rôles.