5 000
habitants protégés par RESCCUE aux Fidji
100 000
semis plantés pour la reforestation et la mangrove
110,5
km2 de vie marine protégée
Dans le Pacifique sud, la nation des îles Fidji et son million d’habitants est particulièrement menacée par le changement climatique. Dans la province de Ra, sur l'île principale de Viti Levu, des villageois se battent pour s’adapter et préserver la biodiversité avec le soutien d’un programme pilote innovant.

Les menaces posées par le changement climatique, comme l’élévation du niveau de la mer et l’intensification des cyclones tropicaux, et l‘érosion de la biodiversité représentent des enjeux vitaux pour les pays et territoires insulaires du Pacifique. 

Renforcer la résilience et l’adaptation au changement climatique des écosystèmes et populations océaniennes, c’est le rôle du projet RESCCUE, coordonné par la Communauté du Pacifique et financé en grande partie par l’AFD et le FFEM.

Deux des sites pilotes du dispositif sont situés dans les îles Fidji, à 16 500 km de Paris. Dans la province de Ra, un volet du programme consiste à réhabiliter le littoral en plantant des mangroves (photo ci-contre) et de la végétation côtière, sources de nombreux bénéfices pour les communautés comme la protection des habitations face aux cyclones. 

RESCCUE, dont la mise en œuvre aux Fidji est assurée par l'université du Pacifique sud, se donne également pour objectif la protection et la gestion durable des bassins versants. Ceci afin de limiter les risques liés aux inondations, préserver la ressource en eau et la biodiversité grâce à la reforestation. RESCCUE prévoit aussi la restauration de berges de rivière, la création de zones protégées et de deux fermes agroforestières. Dans plusieurs villages, des pépinières ont vu le jour, ainsi que de nouveaux systèmes de gestion des déchets domestiques. Avec, à chaque fois, le souci d’agir en partenariat étroit avec les habitants. 
 

« Le concept fondamental de RESCCUE, c'est d'avancer avec la population, de l'écouter et de travailler avec elle de manière intégrée et cordiale pour s'assurer qu'elle s’approprie le projet. »

Isoa Korovulavula, coordinateur de RESCCUE aux îles Fidji (photo d'ouverture ci-dessus, à droite)

Fidji, Resccue, Murray
Fidji, Resccue, Murray
La ferme agroforestière du révérend Tawake
Posté au-dessus d’une petite vallée du district de Tokaimalo, le révérend Kinijoji Seru Tawake montre des terres qui étaient jadis dégradées et inutilisées. Le site de 6 ha, transformé en une ferme modèle d'agroforesterie, est désormais une source de revenus pour la communauté locale. Soutenue par RESCCUE, l’exploitation est un partenariat entre l’ONG Conservation International et l'église du pasteur Tawake.

La terre a été préparée en novembre dernier, avec plusieurs milliers de plantations réalisées dans les mois suivants. Le modèle de plantation, qui combine des plantes alimentaires - comme le taro, l’igname ou le gingembre - à des arbres indigènes et d’autres espèces à usage commercial, se veut écologiquement et économiquement bénéfique. Objectif : proposer une alternative crédible aux pratiques actuelles de déforestation, de monoculture de canne à sucre et d’utilisation outrancière de pesticides.

Le kava, un poivrier sauvage à l’importance culturelle majeure mais souvent source de déforestation, et dont la consommation traditionnelle de la tige souterraine sous forme de boisson représente une manne importante de revenu, a été intégré au modèle d’agroforesterie.

M. Tawake, 43 ans, dirige la ferme et fait intervenir ses paroissiens : « Quand Conservation International veut planter quelque chose, c’est la paroisse qui s’en occupe, explique-t-il. Il arrive qu'une vingtaine d'hommes se présentent pour venir faire le travail. »

La restauration des terres dégradées, à travers ces pratiques d’agroforesterie, a pour but d'inverser la déforestation et de lutter contre l'érosion des sols. Un cercle vertueux complété par une source de revenu indispensable pour les communautés. La première récolte de taro a ainsi été vendue au marché pour un peu moins de 1 000 dollars fidjiens (410 euros). « Un très bon retour sur investissement », estime M. Tawake.
Fidji, Resccue, Murray
Maika et les prémices du recyclage
Dans le village côtier de Nabukadra, on avait l'habitude de jeter les déchets ménagers n'importe où. Quand le village a commencé à se relever des dégâts causés par le terrible cyclone tropical Winston en 2016, l'une des activités de RESCCUE a donc consisté à créer un compost et un système de tri sélectif.

Le chef du village, Maika Vakaciri, souligne l’importance du dialogue dans ce processus : « Nous avons engagé la discussion lors d’une réunion publique et les villageois ont adopté le plan. C'est donc de leur responsabilité d’adopter le tri sélectif au quotidien : déchets solides, plastique, verre. »

Des emplacements ont été réservés pour déposer les différents types de déchets, y compris des poubelles le long des routes pour les bouteilles en plastique. « Avant, la majorité des déchets finissaient dans l’environnement, explique M. Vakaciri. Maintenant c'est fini. Après l'intervention de RESCCUE, les gens ont commencé à mettre leurs déchets au bon endroit, et à en réutiliser une bonne partie. Faute de collecte organisée par les autorités, le peu de déchets qui ne sont pas réutilisés sont brûlés dans des fosses bétonnées prévues à cet effet, sans risque de dispersion dans les milieux naturels. »

Une autre singularité du programme concerne l'usage de plantes pour traiter les eaux usées : « C'est ce que vous voyez autour du village, montre M. Vakaciri. Au niveau des arrivées d’eaux usées, nous avons planté des espèces spécifiques pour réduire le niveau de nutriment créé par les eaux grises. »
Fidji, Resccue, Murray
Jale et l’effort de conservation
Jale Masibalavu déplore que la faune sauvage ait disparu et insiste sur l'importance de la protection de la biodiversité. « Jadis, nous avions ce crapaud géant indigène que nous trouvions dans le bush, indique le secrétaire du Comité de gestion des ressources naturelles de la région de Nalawa. Il a disparu, tout comme ces oiseaux indigènes que nous avons aussi perdus à cause des arbres coupés. »

Autrefois, les poissons dans les rivières étaient également légion. « C'est fini, regrette Jale Masibalavu. À cause des pluies, le ruissellement des produits chimiques que les agriculteurs utilisent en trop grande quantité et les apports terrigènes importants liés aux berges dégradées et à la déforestation sont responsables du mauvais état des rivières. » Dans ce contexte, M. Masibalavu apprécie le soutien de RESCCUE pour la réhabilitation et la conservation des rivières et forêts dans le district de Nalawa.

Dans son village de Burenitu, les habitants se sont approprié les activités du programme avec enthousiasme. Le village a été encouragé à entreprendre d'autres initiatives, tout en bénéficiant d’un accompagnement en matière de formation et de conservation. Quatre des six mataqali (unité de propriété foncière) ont ainsi vu s’établir des zones de protection des forêts et des rivières. En partenariat avec le ministère des Forêts, on continue également à replanter des espèces indigènes et des pins.

Une fois les bases posées, il est temps pour la communauté de passer à l'étape suivante : « Quand RESCCUE est intervenu, il nous nourrissait comme des bébés – c'était le stade initial, explique M. Masibalavu. Maintenant nous voulons aller plus loin. Il est temps d'apprendre à marcher, c'est pourquoi nous avons besoin de continuité et de renforcer les actions entreprises pour encourager plus encore la conservation de la biodiversité. »
Fidji, Resccue, FlickR, Karpinskiy
Les plongées spectaculaires du parc marin… et ses bourses d'études

C’est un des joyaux du programme RESCCUE dans la province de Ra. La réserve marine située au large de la Côte du soleil des Fidji, le parc naturel de Vatu-i-Ra, est une attraction pour les touristes avec ses coraux, ses immenses bancs de poissons et ses colonies d'oiseaux marins visibles sur une surface de 110 km2.
 
Jean-Baptiste Marre, coordinateur régional adjoint de RESCCUE, travaille à la Communauté du Pacifique à Nouméa. Il considère le parc comme un grand pas en avant : « Il protège la plus vaste zone de récifs coralliens et d'écosytèmes marins de Fidji, c'est une réussite majeure. »

En partenariat avec l’ONG Wildlife Conservation Society, RESCCUE a travaillé avec les populations locales, les tour-opérateurs, les pêcheurs, l’administration provinciale et le gouvernement à la création et l’adoption de ce parc marin exceptionnel. En parallèle, RESCCUE a développé un mécanisme de financement pour assurer la durabilité des activités de conservation et de gestion des ressources du parc, tout en favorisant le développement local à travers des bourses d’étude pour les jeunes.

Les étudiants, alliés de l’environnement

Les visiteurs du parc payent ainsi chacun un droit d'entrée facultatif de 15 dollars fidjiens (6 euros), valable pour une année civile. Sur ce revenu et d'autres dons complémentaires, 30 % sont utilisés pour les activités de conservation et gestion du parc marin. Les autres 70 % vont à un fonds d'éducation offrant des bourses aux étudiants du district de Nakorotubu.

Cette année, 18 étudiants sont ainsi devenus les premiers boursiers de cette initiative. Parmi eux, Tevita Laso Savua prépare un diplôme en histoire et géographie à l'université du Pacifique sud. Ce jeune homme de 21 ans du village de Tobu envisage une carrière au service de la planète : « Je me suis fixé l’objectif de devenir un défenseur de notre environnement face au changement climatique qui menace directement notre cadre naturel. »
 

Témoin du changement

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Depuis son enfance, Ratu Etuwini Sivo est aux premières loges pour observer les impacts du changement climatique à Nabukadra. Pour ce chef de village de 69 ans, l'un des plus significatifs est l'érosion des côtes : « Nos ancêtres avaient une digue faite de gros rochers, se souvient-il. Mais elle ne protège plus le littoral. »

Le changement climatique a continué à se manifester par des inondations à répétition dues aux événements pluvieux extrêmes et par une vague de sécheresse qui a affecté les agriculteurs. Dans toutes les mémoires, le cyclone tropical Winston (44 morts, des dégâts estimés à 31 % du PIB fidjien) a frappé les Fidji en février 2016, provoquant à Nabukadra un chaos comme Ratu Sivo n'en avait jamais connu auparavant : « Tout a été dévasté, nos habitations et nos moyens de subsistance comme l'environnement. » 

Protéger la nature ensemble

De nombreux hectares de mangroves, dont la réhabilitation et la protection font partie du projet RESCCUE, n'ont pas survécu aux assauts du cyclone. Ratu Sivo a aussi noté que des habitants, inquiets pour leurs moyens de subsistance, ont souvent agi de manière individualiste. « On n’agit plus vraiment de manière communautaire, alors qu'avant nous en aurions discuté, souligne-t-il. Ces agissements individuels ont fini par dégrader les milieux naturels. »

Le chef de village veut recréer un esprit communautaire pour résister face aux impacts du changement climatique. Et s'assurer que les comportements s’inscrivent dans une perspective de développement durable plutôt que de causer des dégâts à l’environnement, parfois irréversibles. 

L'intervention de RESCCUE a permis aux populations locales de prendre conscience de l'importance de la gestion durable des ressources naturelles : « C'est quelque chose de fondamental, reconnaît Ratu Sivo. RESCCUE a permis de restaurer les valeurs de conservation des ressources et d'avoir une communauté et un environnement plus résilients aux effets du changement climatique. » 
 

Avec RESCCUE, la dynamique est lancée
Fidji, Resccue, Murray
Un habitant reconstruit une maison suite au cyclone de 2016, dans le village de Nabukadra (Fidji). © Andrew Murray / AFD


Lancé en 2014, le programme RESCCUE prévu pour une durée de cinq ans s'arrêtera fin 2018 aux Fidji. Sur le terrain, ses activités dans la région seront clôturées à la mi-2019.

Jean-Baptiste Marre, coordonnateur régional adjoint de RESCCUE (photo d'ouverture en haut de page, à gauche), indique que des discussions sont en cours avec l'AFD pour poursuivre l'effort dans les Fidji. Mais il souligne le travail déjà effectué et la dynamique durable qui s’est enclenchée : « Pour le parc marin de Vatu-i-Ra par exemple, un mécanisme financier additionnel et pérenne a été mis en place. Pour les activités de reforestation, nous avons impliqué le ministère de l'Agriculture et le ministère des Forêts qui poursuivront l'effort à partir des pépinières communautaires, quoiqu’il arrive. »