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Mainstreaming, portraits, Frison
Dans le cadre du Climate finance day, l’AFD et ses partenaires ont rassemblé ce lundi 11 décembre environ 400 investisseurs internationaux autour de l’intégration du climat par la finance internationale. Entre espoirs et exigences, les participants ont délivré un message commun : l’heure d’agir tous ensemble est venue.

Les intérêts de tous peuvent converger vers la lutte contre le changement climatique.
 

Amen Nyassogbo, ex-banquier et entrepreneur « vert », Togo

Des femmes et des hommes de tous horizons. Des costumes et des chèches, des tailleurs stricts et des  jeans-baskets. Ceux qui imaginaient la finance internationale comme un univers monolithique en auront été pour leurs frais, en ce 11 décembre, dans les travées du ministère de l’Économie et des finances à Paris. Une heure avant le début de l’événement « Mainstreaming ! » dédié à l’intégration des enjeux liés au climat par les acteurs de la finance mondiale, les participants commencent à affluer. Café en main, ils se confient sur leurs attentes autour d’une question décisive dans la lutte contre le changement climatique. 

 

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Sofia Galipienso Meunier @ photos : Xavier Frison / AFD


« C’est un moment indispensable, juge d’emblée Sofia Galipienso Meunier, de la banque d’affaires d’origine espagnole BBVA, active dans 37 pays. On se réveille enfin ! Aujourd’hui, l’heure est surtout à l’état des lieux mais aussi aux engagements concrets. Il n’est pas trop tard pour agir tous ensemble au niveau mondial pour faire du climat l’élément central de la finance internationale. » Si la jeune femme avait la possibilité de prendre une seule décision imposable à tous à la fin de cette journée, que déciderait-elle ? « Il faut impérativement parvenir à mettre en place des instruments de mesure et des taxonomies communes. C’est crucial pour agir ensemble et dans le même sens, au niveau mondial »

 

« La finance doit absolument mettre le climat au cœur de ses investissements »

 

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Florin Koffidjin (à g.), Amen Nyassogbo

 

Loin des débats sur les normes  internationales, Amen Nyassogbo et Florin Koffidjin sont venus pour constater les progrès des acteurs de la finance en matière de soutien aux initiatives pro-climat. Et pour cause : les deux entrepreneurs développent un projet de panneaux solaires pour habitations individuelles au Togo. Où le coût de l’installation, souvent dissuasif pour les particuliers, serait dilué dans un système de paiement à l’usage. « Faites 100 kilomètres autour de n’importe quelle grande ville d’Afrique, vous verrez que l’électricité manque », rappelle Florin Koffidjin, costume bleu marine impeccable. 


« La finance doit absolument mettre le climat au cœur de ses investissements, enchaîne l’ancien banquier Amen Nyassogbo en ajustant ses lunettes. Mais les projets doivent être rentables ! Les investisseurs privés ont besoin de rentabilité, aux entrepreneurs qui s’engagent pour le climat de leur démontrer que leurs projets le sont. Et aux États d’encourager les initiatives nouvelles, plutôt que de subventionner les énergies polluantes. A partir de là, les intérêts de tous convergeront vers la lutte contre le changement climatique ». Mais attention, « sans passer par la contrainte, supplie Florin Koffidjin. C’est exactement ça qui fait peur aux gens. Les entrepreneurs dans les énergies renouvelables agissent pour la lutte contre le changement climatique et créent des emplois. Il faut simplement les encourager. »

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Nicolina Lamhauge


Nicolina Lamhauge, de l’OCDE, est sur la même longueur d’onde : « Il faut faire la promotion massive de l’intégration du climat dans les pratiques des investisseurs et des financeurs mondiaux ». Dans sa veste en jean couverte par une large écharpe rouge,  Nicolina Lamhauge estime que « l’époque du ‘’greeen washing’’ est terminée. On ne peut plus tricher avec le climat, pas plus les entreprises que les investisseurs privés ou les États. » Reste une question : « Comment rendre les investissements en faveur du climat viables économiquement ? Aux gouvernements de changer de logique en soutenant concrètement les initiatives bénéfiques pour le climat ».  Si la jeune femme avait la possibilité d’imposer une décision à l’assemblée d’investisseurs présente aujourd’hui, elle serait simple : « Il faut réguler en faveur des investissements verts ».  


Les investisseurs par l’exemple attirés…

 

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Marion Paulin


À l’image de ses congénères togolais d’un jour, Marion Paulin est venue prendre la température. Voir comment les acteurs internationaux de l’investissement prennent réellement le climat et l’environnement à bras-le-corps. « Si la finance privée mobilise son argent en faveur du climat, c’est très bien, estime cette salariée d’un bureau d’étude parisien spécialisé dans les énergies renouvelables. Mais le changement doit venir de l’exemple : « Avec des actions concrètes qui fonctionnent et sont rentables, les investisseurs suivront naturellement. » Pour elle aussi, « les États doivent largement réorienter leurs aides publiques vers les projets favorables à l’environnement »

 

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Mamoudou Bocoum


De sa haute stature, Mamoudou Bocoum porte un regard neuf sur la question débattue aujourd’hui.  À 35 ans, il suit un MBA à Sciences Po Paris et s’intéresse de près au financement des infrastructures durables. « Une partie des pays en transition s’occupent logiquement  en priorité des éléments basiques de leur développement, mais le climat doit aussi en faire partie et ils n’ont pas forcément les moyens, analyse le jeune homme. C’est aux pays plus développés de les aider ». Pour Mamoudou Bocoum, « la majorité des investisseurs privés pensent d’abord à la maximisation de leurs profits. Il faut changer cette logique et une initiative comme Mainstreaming peut leur mettre la pression, tout en sachant qu’il faut prendre leurs intérêts en compte »


Si une baguette magique lui tombait dans les mains, quelle décision prendrait-il en ce 11 décembre ? « Je ferais en sorte de rendre obligatoire les législations contraignantes favorables à la lutte contre le changement climatique dans tous les pays. La régulation au niveau international est indispensable ».  Au sentiment d’urgence des uns répondent  les considérations philosophiques des autres. Pour Marion Paulin, il faut ainsi « mettre plus d’humanité dans la finance internationale. Moins de course aux profits, et plus d’humain ». Deux manières complémentaires, comme le fait remarquer Dominique Auverlot de France Stratégie, d’ « embarquer tout le monde dans le même mouvement »