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microcrédits octroyés à Mayotte par l'ADIE
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pêcheurs accompagnés sur le département en 2017
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millions injectés dans l’économie locale
Région la plus pauvre d'Europe, Mayotte dispose néanmoins de nombreux atouts naturels, dont de précieuses ressources halieutiques. Sur la côte ouest de l'île, une association de microcrédit, l'ADIE, accompagne les pêcheurs et permet à des familles entières de subvenir à leurs besoins.

Sous le soleil au zénith d'un chaud mois de février, des écoliers dévalent les rues en pente du village de Chiconi pour profiter de la pause méridienne à l'ombre, chez eux. Ce hameau escarpé de la côte ouest de Mayotte surplombe un placide lagon qui s'ouvre sur le large, où les pêcheurs passent le plus clair de leur temps à guetter le poisson du bout de leur ligne ou de leurs filets. 

Mais si les eaux mahoraises sont poissonneuses, difficile pour les habitants de Mayotte, sans ressources, souvent allophones (parlant une langue différente de la langue officielle) et peu au fait des réglementations françaises et européennes, de démarrer leur activité. Grâce à l'appui de l'association de microcrédit ADIE, via un financement pluriannuel de l'AFD de 3 millions d'euros, des familles de walozi (pêcheurs) des villages de l’ouest de Mayotte ont pu monter leur entreprise, acquérir des bateaux et les équiper. Voire créer de l'emploi en embauchant des habitants du hameau pour les accompagner en mer ou assurer la vente du fruit de leur pêche. 

Ces prêts constituent une planche de salut pour ces habitants qui subissent de plein fouet un taux de chômage record. En créant leur propre activité, ils s'épanouissent professionnellement et offrent une vie meilleure à leur famille. 

pêche, Mayotte, poissons
Hadidja, Mayotte, plage
Hadidja, une femme parmi les hommes
Évoluant fièrement dans un univers masculin, Hadidja Saidi, gérante d'une entreprise de pêche de plusieurs salariés, garde la tête haute. « C'est difficile d'être une femme dans ce milieu », reconnaît cette Mahoraise d'un certain âge. « Mes salariés me manquent parfois de respect, en ne suivant pas à la lettre mes conseils, car je suis une femme », regrette encore cette veuve. Traditionnellement, les femmes pêchent à Mayotte, mais au djarifa, un long drap qu'elles laissent glisser sur les eaux du rivage, pour récolter de petits poissons destinés à la friture. Elles ne dirigent pas des entreprises de pêche.

Mais Hadidja porte courageusement la responsabilité d'être une de ces pionnières, et a rapidement développé son activité grâce aux microcrédits alloués par l'ADIE de Chiconi. Avoisinant les 10 000 euros, ces fonds ont servi à l'acquisition de moteurs et à la sécurisation des embarcations. Ayant débuté son activité en 1990, Hadidja emploie aujourd'hui six salariés et dispose de deux bateaux pour un rendement quotidien de 50 à 100 kilos de poisson, selon le jour et les saisons – car pour ne pas épuiser les ressources, ses employés pratiquent une pêche vertueuse et prennent garde à ne pas prélever sur les zones de corail.

La grande majorité des bénéfices que récolte Hadidja sont dédiés à la scolarisation de quatre de ses cinq enfants, qui étudient dans la lointaine métropole. Elle espère que son fils, diplômé de l'École d'apprentissage maritime de Dzaoudzi, en Petite-Terre, pourra prétendre, grâce à son niveau d'études, à d'autres types d'aides financières et pourra développer l'entreprise qui a permis de sortir de la misère une famille vulnérable. Aujourd'hui, à Mayotte, les femmes représentent 51 % des créateurs d'entreprise. L'ADIE accompagne plus de 650 de ces femmes chaque année dans la création de leur activité.
Colo, Mayotte, habitation
Colo, des difficultés aux solutions
Sans emploi, Colo Brahime s'est tourné vers la mer pour retrouver de l'espoir. « En pêchant, j'avais deux possibilités : vendre les poissons ou les prendre pour nourrir ma famille », explique ce pêcheur proche de la soixantaine. Ce père de famille a emprunté une première fois à l'ADIE 10 000 euros pour acheter un bateau et démarrer son activité. Mais lors de l'étude de son dossier, son conseiller, Boucaïri Soulaimana, a remarqué que sa demande d'immatriculation n'avait pas été prise en compte par la chambre consulaire compétente. Accompagné par l'ADIE, Colo a pu mettre son dossier en conformité et démarrer dans les règles son activité de pêche. Victime du vol de son moteur et de dégradations sur son bien quelques mois plus tard, Colo a de nouveau fait appel à l'organisme de crédit, pour financer notamment l'achat d'un nouveau moteur ainsi que d'une remorqueuse afin de mettre son bateau à l'abri.

« Sans l'ADIE, je ne m'en sortirais pas », témoigne cet homme qui, malgré les difficultés, continue d'espérer. Il prévoit même d'acheter un autre bateau, en remplacement de celui qui a été abîmé. En attendant, il pêche sur les embarcations de ses amis, qui lui prêtent leur bien le plus précieux, en vertu de la musada, cette entraide chevillée au corps des Mahorais. Ainsi la femme de Colo peut-elle continuer à vendre le produit de la pêche de son époux au sein de son douka, petite échoppe locale, poissons qu'elle conserve dans un réfrigérateur financé également par l'association de microcrédit. « Aujourd'hui, je suis en vie et confiant », sourit le pêcheur en regardant la mer.
Issoufi, plage, Mayotte
Issoufi, la nouvelle génération diplômée
Issoufi Bali-Ousseni appartient à cette nouvelle génération de Mahorais qui parle le langage administratif français et en connaît les rouages. Titulaire entre autres d'un BEP Pêche obtenu en métropole, le trentenaire balaie d'un geste les traditionnelles pirogues à balancier en bois qui gisent paisiblement sur le front de mer de Sada et annonce : « D'ici 2021, tout cela va disparaître ». Issoufi a bien conscience des changements qui s'opèrent sur son territoire natal et c'est pour cela qu'il a choisi d'y retourner doté des qualifications idoines. Un solide dossier en poche, il s'est tourné vers l'ADIE et a emprunté 6 000 des 15 000 euros nécessaires à l'achat d'un bateau. Il l'équipera d'un taud, un abri de toile goudronnée « pour me mettre à l'ombre », précise cet homme qui ne compte pas cuire sous le soleil comme les anciens.

Les outils à disposition des entrepreneurs se multiplient sur l'île, pour qui les maîtrise : « J'ai aussi demandé des aides à la Boutique de gestion, au Cabinet mahorais de conseil, et au conseil départemental », affirme Issoufi qui voit loin. « Je ne vais pas rester avec cette petite barque », explique encore le pêcheur qui compte à terme demander d'autres financements pour structurer son activité de pêche. Il veut notamment ouvrir une poissonnerie au sein du village car « il n'y en a pas dans le centre », s'offusque ce Mahorais qui a à cœur de développer son île natale.

« Mon père était pêcheur, mon oncle est pêcheur…», énumère Issoufi qui, s'il envisage de poursuivre l'activité familiale et la traditionnelle pêche à la ligne, entend mener l'expérience plus loin et faire partie d'une génération qui modernise la pratique de cette activité vitale. Sur cette thématique de formation, l'agence AFD de Mayotte a renforcé son partenariat avec l'ADIE en décembre 2017, en cofinançant à hauteur de 100 000 euros l'ADIE MicroBusiness, un centre de formation gratuit à destination des micro-entrepreneurs mahorais. Cet outil permettra de professionnaliser les secteurs d'activité, notamment celui de la pêche.
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De nouveaux moteurs pour préserver l'environnement

Devenue département en 2011 puis région ultrapériphérique européenne en 2014, l'île de Mayotte bénéficie de multiples aides de l'État et de l'Europe. Ces fonds ont notamment pour but de valoriser et d'encourager les pratiques vertueuses en termes d'environnement. Désormais, les pêcheurs désirant équiper leurs embarcations de moteurs plus récents et moins polluants, tout en réalisant des économies de carburant, peuvent solliciter des financements étatiques et européens. L'achat de ces nouveaux moteurs est financé à 30 % par des aides publiques, le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) contribuant à la moitié de ces aides.

En 2017, neuf pêcheurs mahorais ont obtenu cette subvention et en 2018, une dizaine de dossiers seront à l'étude. En outre, le FEAMP participe à l'équipement de nouveaux pontons spécifiquement dédiés aux pêcheurs (sept au total, dont cinq à l’horizon 2019) ainsi qu'à l'équipement de poissonneries. L'Europe espère également rajeunir la profession à Mayotte en mettant à disposition des jeunes pêcheurs une aide à la création d'entreprise et à l'achat de matériel.

La micro-entreprise pour contrer un taux de chômage à 26 %
paysage urbain, enfant, rue, Mayotte
© AFD

 

L'INSEE l'a révélé courant janvier 2018 : le taux de chômage à Mayotte est parmi l'un des plus importants de France, de l'ordre de 26 % contre 9,2 % au national. Face à ce marché de l'emploi peu favorable bien qu'en pleine structuration, les Mahorais se tournent donc vers les organismes de microcrédit afin de créer eux-mêmes leur propre activité.

Plus jeune département de France, Mayotte se structure peu à peu. C'est pourquoi son marché de l'emploi, s'il se dynamise petit à petit, demeure encore assez restreint et fait encore la part belle aux activités informelles. En 2015, les 5 300 sociétés informelles de l'île représentaient ainsi deux tiers des entreprises du secteur marchand non agricole et non financier, selon l'Insee. L'institut de statistiques a également annoncé en début d'année un taux de chômage avoisinant les 26 % sur l'Île aux parfums, touchant plus particulièrement les femmes et les jeunes. 

Dans un contexte économique en plein développement, les Mahorais, entrepreneurs dans l'âme mais disposant de peu de ressources financières, s'orientent donc naturellement vers les organismes de microcrédit afin de démarrer de manière réglementaire leur propre activité. 

C'est dans ce cadre que s'inscrit l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE), structure allouant des microcrédits aux porteurs de projets et aux entrepreneurs. À Mayotte, l'activité de l'ADIE prend tout son sens puisqu'elle apporte des solutions d'emploi durables à un public en grande précarité. En moyenne, 25 % des Mahorais ayant sollicité l'appui de l'ADIE étaient bénéficiaires de minima sociaux au moment de la création de leur entreprise. 64 % (dont 25 % d'illettrés) ne disposaient d'aucun diplôme et 90 % de ces personnes vivaient sous le seuil de pauvreté. Pourtant, deux ans plus tard, 80 % des entreprises accompagnées se sont inscrites dans la durée, un chiffre bien plus important qu'en métropole. Les revenus moyens des foyers ont considérablement augmenté, avoisinant les 1 660 euros. Enfin, cette dynamique économique enclenche un cercle vertueux puisqu'en moyenne, 1,25 emploi est créé par entreprise financée par l'ADIE. 
 

Et après ?

L'AFD poursuivra son engagement aux côtés de l'ADIE pour le développement de l'activité économique par l'entreprenariat en accordant une nouvelle ligne de refinancement permettant de soutenir son activité. L'AFD s'engage aussi directement auprès des entrepreneurs en leur facilitant l’accès au crédit bancaire, grâce au FOGAP (Fonds de garantie agriculture-pêche), un outil de garantie publique délivrée aux banques, couvrant 80 % du montant du prêt. Enfin, nous préfinançons en 2018 une subvention État à destination de la communauté de communes de Petite-Terre dédiée à la construction et l'aménagement de points de vente des produits de la mer.