À l’occasion de la réunion de la CITES sur les plans nationaux pour l’ivoire à Maputo, du 1er au 4 mai 2018, Carlos Lopes Pereira, chef du département de Protection et de Surveillance de l’ANAC, l’institution chargée de la gestion des aires protégées mozambicaines, fait le point sur le braconnage et le commerce d’Ivoire dans le pays.
Le braconnage des éléphants et le commerce illégal d’ivoire en Afrique restent-ils préoccupants ?

Le continent africain comptait 1,3 million d’éléphants en 1970. Ils ne sont plus qu’environ 415 000 aujourd’hui et leur nombre continue de décliner... Depuis cinq ans on observe une baisse du commerce illégal d’ivoire, mais le braconnage reste cependant élevé dans certains pays et notamment au Mozambique.

Quel est l’objectif de la réunion de la CITES sur les Plans d’action nationaux pour l’ivoire qui se tient à Maputo du 1er au 4 mai ?

La réunion rassemble les représentants de 22 pays africains et asiatiques concernés par le commerce illégal d’ivoire (pays source, de transit et/ou de destination finale de l’ivoire) ainsi que des ONG et des bailleurs de fond. Elle a pour but d’évaluer le niveau de mise en œuvre des Plans d’action nationaux pour l’ivoire (National Ivory Action Plans ou NIAP)  des pays représentés. Elle permet également d’échanger les bonnes pratiques et de débattre sur les défis communs à relever par les différents pays pour lutter efficacement contre le braconnage et le commerce illégal d’ivoire. 

Quels sont les défis auxquels le Mozambique doit faire face ?

Le Mozambique est un pays présentant un niveau élevé de braconnage et de commerce illégal d’ivoire, mais il a pris des mesures fortes afin de les combattre telles que la formation des gardes dans les aires protégées, le renforcement du rôle de la police et la sensibilisation des autorités dans les ports et aéroports afin de faciliter la saisie de l’ivoire avant son départ pour l’Asie.

Le Mozambique a également renforcé la collaboration entre le système judiciaire et l’Administration Nationale des Aires de Conservation (ANAC), l’autorité responsable de la gestion des aires protégées mozambicaines dont le rôle dans les enquêtes liées au commerce illégal d’ivoire est reconnu par la loi depuis 2017. Dans ce cadre, l’ANAC et les services douaniers ont développé une relation forte qui a permis l’appréhension de plusieurs tonnes d’ivoire au cours des derniers mois.

Le 12 avril dernier ont par exemple été saisies 3,5 tonnes d'ivoire, provenant d’environ 434 éléphants, dans le port de Maputo. Cet ivoire était sur le point de partir pour le Cambodge. Il s’agit de l’une des plus importantes saisies d'ivoire de tous les temps.

En quoi consiste le travail du département de Protection et de Surveillance de l’ANAC ?

Notre rôle premier est de superviser les activités de lutte anti-braconnage des différentes unités situées dans l’ensemble du pays, d’identifier les manques et de les combler. Nous intervenons également dans le cadre d’opérations spécifiques fondées sur le renseignement, en collaboration avec la police environnementale, la police d’investigation et les procureurs.

Notre plus grande réussite à ce jour est l’arrestation en juillet 2017 dans la réserve nationale de Niassa d’un pilier du braconnage international sévissant principalement en Tanzanie et au Mozambique, après quatre années d’enquête et de poursuite. Cette arrestation a été possible grâce au dévouement des équipes impliquées ainsi que la très bonne coordination entre les différentes autorités du pays et avec les autorités tanzaniennes ! 

Comment l’AFD aide-t-elle le Mozambique à lutter contre le braconnage et le commerce illégal d’ivoire ?

Dans le cadre du projet Aires Protégées et Préservation des Éléphants au Mozambique (APEM), l’AFD participe au renforcement des capacités de lutte contre le braconnage des deux aires protégées les plus grandes du pays (parc national du Limpopo et réserve nationale de Niassa) via notamment la formation des gardes, l’achat d’équipement et le développement d’infrastructures. L’AFD appuie également le département de Protection et de Surveillance de l’ANAC au niveau central.

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Un projet emblématique

Le projet APEM (« Áreas Protegidas e Protecção dos Elefantes em Moçambique ») est emblématique des projets financés par l’AFD dans le pays.

L’AFD le finance via une subvention de 6 millions d’euros. La République du Mozambique a rétrocédé cette somme à l’ANAC et à BIOFUND, le fonds fiduciaire dédié au financement des aires protégées mozambicaines, qui sont les deux maîtres d’ouvrage du projet. Les partenaires du projet sont les ONG Peace Parks Foundation, qui cogère le parc national du Limpopo, et WCS, qui cogère la réserve nationale de Niassa.

Le projet, qui a débuté en mai 2017, prendra fin en 2021. Une des prochaines étapes clefs est la réalisation du recensement national des éléphants entre août et octobre prochain. Le but ? Disposer d’un état des lieux objectif de la situation des éléphants au Mozambique et analyser l’efficacité des efforts de lutte anti-braconnage du gouvernement.