Depuis 2001, l’AFD finance en République dominicaine un programme unique combinant reforestation, protection des sols et valorisation des ressources naturelles de la Cordillère centrale, la Sierra. Quinze ans après, la vie des habitants en est changée.

Dans les régions montagneuses du centre de la République dominicaine, l’exploitation forestière, la culture sur brûlis et l’élevage intensif ont fait des ravages au 20ème siècle : déforestation, sols érodés et ressources en eau de plus en plus rares.

D’inévitables corollaires s’en sont suivis : exode rural et perte de l’activité économique des territoires. Dans un contexte de révolutions agraires, les gouvernements ont pris des mesures à la fin des années 60. Les terres ont été envahies de façon informelle, sans aucun accompagnement effectif. Pour redonner vie et sens à ces territoires, il était plus que temps de réagir.

Des pins et des caféiers pour récupérer les sols 

Ainsi est né le Plan Sierra, un partenariat-public privé créé en 1979 dans la région du bassin versant du fleuve Yaque del Norte, au nord-ouest du pays. Initié par un groupe de Dominicains émigrés aux États-Unis et de notables locaux, il est soutenu depuis 2001 par l’AFD.

Avant, nous nous consacrions aux conacos (cultures familiales sur abattis-brûlis) et à la coupe illégale de bois. C'est pour ça que l'on trouvait d'immenses surfaces rasées, un paysage désolé.

Juan Rodríguez, sylviculteur

Mais l'état d’esprit a bien changé. Avec l’appui du Plan Sierra, les populations ont commencé par ensemencer des pins.

arbres, forêt, Plan Sierra, République dominicaine

 

Et désormais, la grande majorité des éleveurs plantent aussi d'autres variétés d'arbres. En plus d’être bénéfique sur le plan environnemental, c’est une activité commerciale qui apporte confort aux animaux et vie aux campagnes. Pins, caféiers, arbres fruitiers... Le but : couvrir les sols pour récupérer le territoire de façon écologique. 

Reforestation, République Dominicaine © Franck Galbrun pour l'AFD

Le renouveau économique et social de la Sierra 

Quinze ans plus tard, les résultats sont là : la production de lait est passée de 700 litres par jour à plus de 20 000 litres. Poussée par une forte demande, l’intensification durable par les systèmes sylvopastoraux est une grande réussite.

La Sierra dispose aujourd’hui de la pépinière la plus moderne du pays. À ce jour, le programme Plan Sierra II a permis la reforestation de plus de 7400 hectares. Et 89 systèmes sylvopastoraux ont été mis en place sur une surface totale de 329 hectares.

Après avoir connu un fort exode rural, notamment avec une importante émigration aux USA, la région vit un nouvel essor. 591 familles ont bénéficié de la création de systèmes d’adduction d'eau avec l’appui technique du plan. Et 3780 participants ont assisté à 183 activités de sensibilisation (ateliers, conférences et cours) dispensées par les équipes du Plan Sierra.

Une approche globale de préservation environnementale 

Le Plan Sierra ne se limite pas à un programme d’amélioration des pratiques agricoles. Assainissement, gestion des déchets, accès au crédit rural et même tourisme : tout est intégré. 

Faire rester et s'épanouir les populations

Dès le départ, l’idée a été de gérer l’écosystème mais aussi le socio-système. La force et l’originalité du Plan Sierra ? Être un vrai plan global de préservation d’un territoire rural. Pour garantir aux populations la possibilité de rester dans la région de façon durable, l’enjeu a été de créer des mécanismes de génération de richesse qui prennent en compte la préservation de l’environnement.
 

Grégory Villeneuve, directeur de l’AFD en République dominicaine

Un accès à une eau de qualité

Enfin, l’approvisionnement en eau est aussi une dimension importante du projet. Dans la Sierra, nombreuses étaient les familles à vivre à plus de 2 ou 3 kilomètres des points d’eau.. Et les anciennes pratiques agricoles nuisaient à la qualité et la disponibilité de cette ressource fondamentale.

Dans le cadre du plan, des organisation de gestion locales ont développé des systèmes d’adductions et d’irrigation. Avec un double objectif : faire en sorte qu'une canalisation arrive dans chaque foyer... Et que l'eau ainsi fournie soit de qualité.

Et pas question de s'arrêter en si bon chemin. Les équipes du Plan Sierra veulent étendre et améliorer cette expérience, non seulement avec le bassin versant Yaque, mais aussi avec les sept autres grands bassins versants qui composent le territoire dominicain.

Aller plus loin

De nombreuses réussites sont à mettre au crédit du plan Sierra. Il faut les consolider. Avec l’AFD, nous traçons les lignes directrices d’un possible Plan Sierra III qui pourrait associer encore davantage les collectivités locales, et nous discutons avec l’Etat dominicain.
 

Inmaculada Adames, présidente du Plan Sierra