Sénégal, Casamance, formation, Andrianjafy
La plateforme d’expertise en politiques éducatives du Pôle de Dakar, créée en 2001, a fait l’objet d’une évaluation externe. Décryptage d’un exercice de critique constructive et instructive sur dix années d’activité.

Intervenir pour rendre l’éducation accessible à tous et en améliorer la qualité, c’est bien. Disposer d’outils pour apprécier la pertinence et les effets de l’aide apportée, c’est mieux.  L’AFD promeut ainsi l’évaluation régulière de ses financements, dont ceux apportés au Pôle de Dakar, une plateforme d’expertise en politiques éducatives née de la coopération entre le ministère des Affaires étrangères français et l’IIEP-Unesco.


Mesurer la pertinence de l’engagement


Pour comprendre la genèse du Pôle de Dakar, il faut revenir dans les couloirs du Forum mondial sur l’éducation organisé dans la capitale sénégalaise en 2000. La communauté internationale s’engage alors à aider ses partenaires : « Aucun pays qui a pris un engagement sérieux en faveur de l’éducation de base ne verra ses efforts contrariés par le manque de ressources. » Pour honorer ce serment, les États contributeurs demandent à ces pays l’élaboration de « plans crédibles » à destination des partenaires financiers, afin que ces derniers puissent « justifier leurs financements ». En ligne de mire pour toutes les parties prenantes, le même objectif : travailler efficacement à une éducation de qualité, accessible à toutes et tous. 

Suite à ces engagements mutuels, le Pôle de Dakar voit le jour en 2001.  Sa mission : appuyer les pays africains dans l’analyse de la situation de leurs systèmes d’éducation et de formation, et dans l’élaboration de ces fameux « plans crédibles » de développement de l’éducation. Une obligation : estimer les besoins financiers sur le long terme. L’AFD est actuellement le principal soutien du Pôle de Dakar, qui s’adresse à l’ensemble des pays africains, avec un appui de 14 millions de dollars sur la période 2014-2017.


Un programme efficient 


En 2012, après dix ans d’existence, le Pôle de Dakar est passé au tamis d’une évaluation externe financée par l’AFD. Celle-ci met en évidence la complémentarité entre les trois types d’appuis proposés par le pôle : appui direct aux pays, renforcement de leurs capacités en analyse sectorielle par la formation et production statistique et analytique sur le suivi de l’objectif « Éducation pour tous ». Quatre points saillants ressortent de l’analyse :

  • Première constatation : les pays africains sollicitent l’appui du pôle. Ses analyses sectorielles ont facilité l’accès aux financements en lien avec le Partenariat mondial pour l’éducation d’au moins 13 pays : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Gambie, Guinée, Malawi, Mali, Mauritanie, Niger, Rwanda,  Sierra Leone et Togo.
     
  • On constate un renforcement des capacités nationales en matière de diagnostic du système éducatif (Resen) par la formation. Initiée en 2007, la formation mise en place est suivie essentiellement à distance, avec des périodes à Dakar. Après cinq années d’existence, cinq promotions de plus de 150 étudiants ont été formées. La grande majorité des étudiants travaillait dans leur ministère de l’Éducation avant leur formation et y travaillait encore au moment de l’évaluation.  
     
  • Le rapport met également en lumière des impacts forts et durables des appuis directs du pôle sur le renforcement des capacités nationales dans le domaine de l’analyse sectorielle,  comme par exemple en Mauritanie et au Bénin. C’est souvent l’appui direct aux pays via le Resen qui est privilégié, par rapport aux autres types d’activités du pôle. 
     
  • Enfin, l’évaluation montre qu’un engagement politique fort des pays et une synergie des appuis des différentes institutions sont nécessaires pour favoriser l’émergence des capacités nationales en analyse sectorielle. Celles-ci sont encore nettement insuffisantes pour assurer la relève sans assistance technique. Dans ce contexte, la mission de renforcement des capacités devrait primer sur les appuis directs. 

Une nouvelle évaluation du Pôle de Dakar sera lancée au début de l’année 2018. Elle appréciera les résultats atteints par le pôle sur la période 2014-2017, notamment sur la formation professionnelle, nouvelle corde à l’arc du pôle depuis 2015 via sa plateforme d’expertise en formation professionnelle.  Cette structure vise à appuyer l’opérationnalisation des politiques de formations professionnelles, la capitalisation et le partage des expériences ainsi que l’innovation. Une pierre de plus à l’édifice du continuum éducation, formation et insertion professionnelle et son rôle de pilier social d’un développement durable.