Éditorial de Philippe Orliange, directeur de la Stratégie,
des Partenariats et de la Communication de l'AFD

(suite de la page précédente )... L’AFD privilégie la mise en place de lignes de crédit auprès des banques publiques et commerciales locales avec un cahier des charges précis et des fonds fléchés vers les secteurs du développement durable comme l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables ou encore l’agriculture durable. Les banques partenaires peuvent utiliser les enveloppes jusqu'à un plafond fixé et pendant une période donnée, pour financer leurs clients, porteurs de petits et moyens projets qui répondent aux critères de la ligne de crédit (ex : transformation d’exploitations agricoles vers des modèles plus durables).

Sur certains territoires, les acteurs financiers ne sont pas ou peu présents. Dans ce cas, le groupe AFD peut contribuer à l'édification d'institutions financières plus solides par un apport au capital.

Financement direct des collectivités locales : envoyer un signal positif aux autres financeurs !


Dès lors que les décisions d’investissement sont prises par les gouvernements locaux, en charge de la planification financière et urbaine de leurs territoires, apporter un soutien financier et technique direct aux collectivités locales fait sens. Pour contribuer efficacement à l’élaboration et à la mise en œuvre des plans climat et de développement territoriaux, l’AFD peut dans certains cas fournir des prêts directs aux collectivités locales, sans la garantie du gouvernement central. A ce jour 13 prêts directs ont été octroyés à 10 villes dans 6 pays pour un montant total de 1 milliard €.

Dans les pays en développement, et même dans les Pays les Moins Avancés (PMA), le prêt direct d’un bailleur international à une collectivité locale crée un signal positif vis-à-vis du marché et rend possible un véritable effet de levier dans le temps. Le bailleur prend un risque que le marché n’est pas encore prêt à prendre et son financement peut susciter d’autres financements de bailleurs internationaux et de banques commerciales domestiques, voire permettre des accès directs aux marchés financiers.

Par exemple, l’AFD a accordé en 2009 un prêt de 10 M€ à la ville de Dakar à des conditions très concessionnelles pour financer le doublement de son parc d’éclairage public. Par la suite, la Banque Islamique du Sénégal a accordé deux prêts à la ville en 2011 (3 M€) et 2012 (5 M€), ce qui constituait une première pour une banque commerciale. Elle a été suivie par la Banque Ouest Africaine de Développement qui a financé, toujours sur prêt direct à la ville de Dakar (15 M€). Dakar a ensuite lancé l’idée d’une émission obligataire et a suscité l’intérêt de la Fondation Gates qui lui a apporté 5 millions $ pour l’aider à se préparer et à structurer cette éventuelle émission obligataire.

Combiner des dons et des prêts


Pour faciliter la mobilisation de financements vers les pays en développement, une pratique relativement innovante qui s’est beaucoup développée au cours de ces dernières années consiste à combiner, selon diverses modalités, des subventions et des prêts.

La subvention agit à plusieurs niveaux. Elle peut permettre de diminuer le taux d’intérêt de l’emprunt et de rendre ainsi l’opération possible financièrement, d’améliorer la qualité et la durabilité des projets en finançant un accompagnement technique et un renforcement de capacités du partenaire ou encore d’étendre le champ du bénéfice d’une opération, en finançant par exemple sur subvention le raccordement à un réseau électrique de foyers à faibles revenus.

Au sein de l’Union européenne, premier bailleur mondial, la Commission a annoncé qu’environ 8 milliards d’euros de subvention seront alloués aux mécanismes de mixage prêts-dons européens entre 2015 et 2020. C’est une excellente nouvelle pour les institutions financières européennes et les partenaires du mixage prêts-dons dans les pays en développement (gouvernements, banques publiques et privées, entreprises), convaincus de l’efficacité de cet outil qui permet de catalyser des ressources domestiques et privées et de renforcer la coordination et les cofinancements entre bailleurs.

 

Philippe Orliange



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Mise à jour en juillet 2015

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