« Formation professionnelle, accompagnement vers l’emploi et insertion » (2008)

Exemple d’un financement de l’AFD sur appel à propositions


© Magnum Photos

Un projet développé et conduit par le consortium d’ONG, CFSI-GRET-Essor, pour la « mise en place de dispositifs de proximité en Mauritanie et au Mozambique »

À l’instar de la plupart des pays en développement, la question de l’insertion professionnelle des jeunes en Mauritanie et au Mozambique constitue un enjeu économique et social majeur. La multiplicité des obstacles à la poursuite d’études après le cycle primaire, tout comme la faible adéquation des apprentissages et des formations aux besoins des marchés locaux du travail représentent autant de freins à l’employabilité des jeunes.

En Mauritanie, un jeune sur trois n’a pas d’activité et trois chômeurs sur quatre n’ont pas d’expérience professionnelle. Au Mozambique, la moitié des 15-29 ans est au chômage et autant n’ont aucune expérience professionnelle. Pourtant, les opportunités d’activité, d’emploi et de distribution de revenus décents existent.

Dans ce contexte, le CFSI, le GRET et Essor, réunis en consortium, ont développé une approche innovante sur la formation professionnelle, l’accompagnement et l’insertion vers l’emploi, adaptée aux réalités sociales et économiques et intégrant les contraintes et les besoins du secteur informel, principal pourvoyeur d’emploi en Mauritanie et au Mozambique. L’une des clefs de ce projet collectif réside dans la proximité des initiatives mises en place avec le public visé, mais aussi dans l’association d’acteurs multiples publics, privés et sociaux (centres de formation, institutions publiques, entreprises, artisans, structures d’accompagnement social et organisations de quartiers) –, et leur implication dans la mise en œuvre et le suivi des activités.

Destiné à 1 500 jeunes de 16 à 25 ans des quartiers défavorisés de Nouakchott, Maputo et Beira, ce projet sur 33 mois est financé à hauteur de 1,5 millions d’euros (88% du budget total) par l’AFD, dans le cadre de l’appel à propositions Fisong « formation professionnelle, accompagnement vers l’emploi et insertion » en 2008. Initialement prévues sur 33 mois, les activités du projet seront réalisées sur 48 mois de 2009 à 2012.

En Mauritanie, le GRET assure la mise en place d’un dispositif décentralisé de proximité (type mission locale pour l’insertion en France), qui offre une gamme de services adaptés aux besoins des jeunes de Nouakchott (sensibilisation, accueil, information  orientation, accompagnement vers la formation ou vers l’emploi, formations courtes « insérantes », placement en entreprise, suivi de l’insertion). Ce qui n’existe pas actuellement. Outre l’implication des institutions publiques chargées du secteur de la formation professionnelle et de l’insertion, l’aspect innovant de l’initiative tient notamment à la mobilisation et à l’implication d’un réseau d’entreprises formelles et informelles.

Au Mozambique, Essor s’appuie sur les acquis d’un dispositif similaire mis en œuvre depuis 2002,  pour élargir la gamme de services proposés aux jeunes de Maputo et de Beira (formation technique, stages, accompagnement, etc.). L’ONG soutient également l’auto-emploi par l’octroi de fonds à des IMF afin de permettre l’accès au micro-crédit (200 euros en moyenne) à 200 jeunes pour la création de leur activité.
En outre, grâce à la diffusion ex post d’un guide méthodologique de capitalisation des bonnes pratiques de ce projet auprès des acteurs institutionnels, Essor ambitionne une reprise des activités par l’Institut national pour l’emploi et la formation professionnelle (Inefp), qui pourrait faire de ce dispositif un nouvel élément de sa stratégie d’intervention.

De manière transversale, ce projet collectif entend permettre l’identification des conditions nécessaires à l’adaptation dans un autre contexte de l’expérience et la formalisation des pratiques communes pour faciliter une réplication des dispositifs et leur changement d’échelle.

Situation du projet à mi-parcours :

À la fin 2010 au Mozambique (depuis le début du projet)  :

  • 475 jeunes formés,
  • 222 jeunes ont été insérés en stage professionnel et 125 jeunes ont trouvé un emploi,soit 257 jeunes insérés au moins une fois par un stage ou un emploi.
  • 15 plans d'affaire approuvés pour de l'auto-emploi et dotés de kits de matériel.


Pour l’année 2010 en Mauritanie :

  • 1 855 jeunes nouvellement inscrits dans des antennes ;
  • 2 200 appuis apportés en matière de formation et/ou d'emploi, dont 993 pour la formation et 1 254 pour l’emploi ;
  • 122 jeunes sont entrés en stage en entreprise, 50 ont intégré des centres de formation et 29 ont été recrutés dans des entreprises.
Questions à Jacques Marchand, responsable du suivi du projet au sein de la division Education et formation professionne

Formation et insertion sont des champs d’intervention assez « classiques ». Quelles innovations concrètes porte ce projet ? En Mauritanie ? Au Mozambique ?

 

La principale innovation de ce projet porte sur l’ouverture de services d’aide à l’insertion des jeunes des quartiers urbains défavorisés à Maputo, Beira et Nouakchott. À l’instar des missions locales pour l’emploi, ces services proposent à des jeunes sortis du système éducatif un continuum d’accueil, d’information et d’orientation, des formations, des stages et une aide à l’insertion professionnelle.

Au Mozambique, ce sont des organisations communautaires de base, présentes dans les quartiers, qui sont formées à assurer cette mission. Et dans les deux pays, les agences publiques en charge de l’emploi sont étroitement associées à la démarche, qu’elles intègrent à leur politique nationale.

En quoi, le CFSI, le GRET et ESSOR sont-ils, sur ce projet, des« opérateurs » particulièrement habilités à la mise en œuvre de dispositifs de formation professionnelle et d’accompagnement vers l’emploi, plus que des structures publiques ou parapubliques locales ?

Ces ONG proposent un service public qui n’existe pas encore en Mauritanie et au Mozambique. Elles apportent une méthodologie adaptée, forment des animateurs d’insertion, mettent en synergie des acteurs... Ce faisant, elles démontrent aux pouvoirs publics locaux l’utilité et l’efficacité de ce type de service d’accompagnement des jeunes vers l’emploi, en particulier dans les quartiers défavorisés marqués par un taux élevé de chômage des jeunes.

Quel est votre sentiment sur la pertinence de ce partenariat entre l’AFD et les ONG, en termes d’efficacité et de pérennité du projet ?

L’efficacité du partenariat entre l’AFD et les ONG  réside dans le fait qu’un projet d’ONG permet de « rôder » un dispositif, qui peut être amplifié avec les moyens d’un bailleur public. Ce partenariat renforce le plaidoyer nécessaire à une meilleure prise en compte des problématiques de formation-insertion des jeunes par les pouvoirs publics locaux et prépare la pérennisation du dispositif sous les formes appropriées.
Ce projet Fisong a démontré l’utilité sociale de ce type de service d’aide à l’insertion des jeunes. Il a permis d’expérimenter une méthodologie et de mettre en synergie de nombreux acteurs (institutions publiques, municipalités, ONG communautaires, centres de formation, entreprises). Mais la question de la pérennité du service public ainsi créé n’est pas réglée à ce jour. Les municipalités ont des ressources trop limitées. Les ministères et agences publiques en charge de l’emploi dans ces deux pays n’ont pas encore  obtenu les ressources budgétaires nationales pour développer ce type de mission locale d’insertion professionnelle des jeunes. Ce type de projet novateur devrait être relayé par des programmes de coopération bi ou multilatérale en faveur de l’emploi, centrés à la fois sur le déploiement de ce type de service et sur le passage progressif de témoin d’un financement sur l’aide publique au développement vers un financement public sur le budget national du pays.

Pour prolonger ce partenariat AFD-ONG, des conventions de programmes multi-pays peuvent contribuer à consolider les acquis du projet et à renforcer ce passage de témoin vers l’Etat pour pérenniser les services créés.

L’AFD envisage également une capitalisation de plusieurs expériences dans ce domaine, qui sera l’occasion de sensibiliser les pouvoirs publics des pays respectifs sur les enjeux de la pérennisation de services dont l’utilité sociale est avérée.

Mise à jour en janvier 2012

En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez l’installation de cookies sur votre poste, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée. En savoir plus