L'AFD et les ONG

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En Algérie, les passerelles de Joussour

07/04/2017

Depuis 2007, le programme Joussour réunit autour de projets concrets dans les domaines de l'enfance et de la jeunesse plus de 130 membres, associations, collectivités locales, institutions algériennes et françaises. D’une rive à l’autre de la Méditerranée, cette approche concertée a fait les preuves de sa pertinence.

 

Joussour, un investissement sur l'humain

Un programme concerté pluri acteurs… Un PCPA. Derrière ce drôle de concept et son acronyme se cache l’un des projets de coopération les plus ambitieux qui soit. L’un de ceux dont l’ambition n’est rien de moins que de renforcer l’action de la société civile au service des plus vulnérables. L’un de ceux qui vise - aussi - à améliorer le dialogue et l’échange entre les citoyens de deux pays liés par l’histoire.

« Au milieu des années 2000, le tissu associatif algérien était peu structuré et insuffisamment connecté, explique Agnès Belaïd du Comité français pour la solidarité internationale (CFSI), une ONG de développement basée en France. Il était fragilisé comme tout le pays par la décennie noire des années 90. » Les associations algériennes sont pourtant convaincues qu’elles ont un rôle essentiel à jouer, notamment auprès des enfants et de jeunes, dans un pays où presque deux habitants sur trois ont moins de trente ans. Et elles rencontrent auprès d’associations françaises une volonté commune d’agir ensemble et de créer des synergies.

Le CFSI et le ministère des Affaires étrangères français, relayé à partir de 2009 par l’AFD, proposent alors aux associations algériennes un PCPA, c’est-à-dire un programme de renforcement simultané des associations. L’idée est d’initier une approche concertée en réunissant les organisations de la société civile (OSC) et les pouvoirs publics et de mobiliser les collectivités territoriales des deux pays. Joussour, la « passerelle » en arabe, est né.

On s’engage à mutualiser les ressources et à partager les expériences autour de projets concrets. « C’est un investissement sur l’humain, explique Martin Pericard, chef de projet à la division du partenariat avec les ONG à l’AFD. L’important est la dynamique… Le programme a certes un côté immatériel mais il suit une règle claire : faire communauté entre les deux rives de la Méditerranée afin de favoriser l’émergence d’acteurs mais aussi d’encourager le dialogue interculturel et la citoyenneté. On est en plein dans les Objectifs de développement durable ! »

 

 

 

Professionnalisation

Un peu moins de dix ans plus tard, Joussour s’est mué en une structure de coordination essentielle pour la société civile algérienne. « Un acteur clé et une référence » selon Abderrahmane Arar, président du réseau algérien pour la défense des droits de l'enfant (NADA). « Une structure transversale, ajoute Agnès Belaïd, qui place les jeunes en acteurs de leurs propres projets et non plus en bénéficiaires de dispositifs ».

Au total, sur tout le territoire, plus de 150 projets ont été soutenus via les fonds de soutien ou d’appui du programme. Les secteurs d’intervention, toujours à destination de la jeunesse et l’enfance, sont extrêmement variés : développement de conseils consultatifs de jeunes, prise en charge de l’autisme, aide à la scolarisation, découverte et préservation du patrimoine culturel par le biais de randonnées ou de chantier de réhabilitation ou encore formation aux techniques d'élevage et à l’apiculture des jeunes exclus du système scolaire … D’Oran à Bejaia, en passant par Constantine ou El Oued, ce sont plus de 80 OSC algériennes qui ont développé leurs capacités et leurs champs d’intervention. 

« Joussour est un investissement capital pour nous tous !, précise Abderrahmane Arar. Les associations se sont professionnalisées à tous les niveaux : elles sont désormais capables d’apporter des réponses fortes. L’écart est très grand avec la situation de départ. »

« Les OSC se sont affirmées dans toutes leurs dimensions, ajoute Martin Pericard, à la fois comme interlocutrices pour la définition et l’application des politiques publiques, comme promotrices de la citoyenneté et comme entrepreneurs de services d’intérêt général au bénéfice des populations. »

 

Des valeurs et une identité communes

Joussour compte aujourd’hui 133 membres : en Algérie, associations, assemblées populaires de Wilaya (l’équivalent des conseils généraux français)  et en France, associations et collectivités locales, dont les villes de Bordeaux, d’Aubervilliers ou de Nanterre. 

« Les acteurs algériens et français réfléchissent à la façon d’avancer ensemble à la fois dans la réflexion et dans l’action sur la prise en charge des enfants et des jeunes, explique Abderrahmane Arar. C’est un véritable réseau algéro-français qui est à l’œuvre. » « Les  associations ont appris à dialoguer et à construire ensemble, ajoute Agnès Belaïd. Des partenariats locaux et internationaux se sont formés et un véritable dialogue avec les pouvoirs publics s’est engagé. »

Pour favoriser les échanges et la participation des acteurs du programme, Joussour s’est doté d’une gouvernance originale. Ses 133 membres constituent une assemblée plénière qui se reconnaît dans des valeurs communes définies dans une charte, comme la concertation ou l’égalité des chances. Ils se réunissent tous les ans. Un comité de pilotage algéro-français élu par ses pairs veille à la mise en œuvre. 

 


Pérennisation

En 2016, Joussour est entré dans sa dernière phase. 80 associations algériennes vont développer des initiatives au bénéfice de 30 000 bénéficiaires directs : enfants et de jeunes, porteurs de handicaps ou victimes d’exclusion sociale  Mais l’enjeu de cette troisième phase du programme est d’accentuer le dialogue entre la société civile et les pouvoirs publics à travers des instances de concertation territoriales. « Le dialogue existe au niveau local et le dialogue avec les pouvoirs publics est déjà extrêmement prometteur, précise Agnès Belaïd. Des collectivités locales sont déjà associées à Joussour et ont pris le relai sur certaines des initiatives. C’est la preuve de leur pertinence et la garantie de leur pérennisation. »

« Comment passer d’une réussite locale à une réussite régionale ? s’interroge Martin Pericard. Joussour a pour ambition d’œuvrer maintenant à une mise à l’échelle en symbiose avec les politiques publiques. C’est un laboratoire pour les sociétés civiles algérienne et française. Beaucoup de choses ont déjà été accomplies : il s’agit maintenant de l’élargir à d’autres acteurs et à d’autres territoires. »

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