"Aujourd'hui, c'est la Corrèze et le Zambèze..."

 

 

Avec l'adoption des ODD et les engagements pris à la COP21, les crises et leurs conséquences, 2015 a vu s'entrelacer les enjeux mondiaux et les enjeux français. Année par ailleurs riche pour l'AFD, avec sa montée en puissance, ses nouvelles missions, sa participation active au sein de l'action collective des banques de développement... Philippe Orliange, directeur de la Stratégie, analyse cette année hors-normes pour l’AFD et le développement.

 ►Voir l'impact de nos financements accordés en 2015

L’AFD a-t-elle atteint ses objectifs en 2015 ?

Certes, l’Agence Française de Développement a atteint les objectifs qu’elle s’était fixés - 8,3 mds€ d’engagements en faveur du développement, plus de 50 % de ses financements pour des projets à co-bénéfice climat, la priorité donnée au continent africain…

Mais elle a fait bien plus. Elle a participé à la définition du nouvel agenda du développement : adoption des Objectifs de développement durables par l’ONU en septembre, signature de l’accord sur le Climat à la COP21 en décembre, toutes les deux précédées par la conférence d’Addis Abeba, en juillet, sur le financement du développement.

Comment ? De deux façons : d’une part, par son activité de financeur de solutions concrètes. Ainsi, l’agence fait la démonstration qu’on peut améliorer l’accès à l’énergie en Afrique ou les transports publics dans les grandes villes d’Asie ou d’Amérique latine en prenant en compte la lutte contre le dérèglement climatique ; qu’on peut contribuer à améliorer la qualité du service de l’eau là où il y a des besoins en Afrique, en Asie, en Amérique latine, et donc contribuer à l’adaptation au changement climatique. Et donc faire la preuve tangible du lien entre climat et développement. Par l’exemplarité des solutions qu’elle finance, l’AFD contribue à écrire le nouvel agenda.

Elle a également contribué à l’écriture de ce nouvel agenda en alimentant en propositions l’équipe France, lors des différentes discussions et négociations. Elle n’a pas négocié les textes mais a inspiré les négociateurs. C’était notre rôle.
 

"L’AFD est devenue un acteur mondial,
en taille et en crédibilité"
 

Vous parlez d’un nouvel agenda du développement. 2015 est-elle donc une année particulière ?

2015, c’est l’adoption d’un agenda universel. C’est un moment historique. Il faut remonter à 1992 pour retrouver une réécriture aussi fondamentale, avec le sommet de Rio et la prise de conscience qu’il était indispensable de concilier développement et préservation de l’environnement.

C’est très important pour l’AFD car c’est justement la direction qu’elle a prise depuis une dizaine d’années, sous l’impulsion du gouvernement français, en considérant que la problématique du climat est intrinsèquement liée aux questions de développement.

Dans les avancées de 2015, il y a également la reconnaissance explicite de ce que les banques de développement ont un plus grand rôle à jouer dans le financement de la lutte contre le changement climatique. 23 banques de développement (dont 20 banques de pays « du sud ») se sont rassemblées dans le International Development Finance Club (IDFC) et ont travaillé en commun sur l’intégration de la notion de co-bénéfice climat dans le financement du développement. Ce club de banques a un certain poids : ce sont 390 milliards de dollars d’engagements annuels en 2010, soit plus de 340 milliards d’euros. Il y a vingt ans, on parlait peu de ces banques-là. Aujourd’hui, en mettant en commun leurs pratiques, ces acteurs désormais reconnus ont développé une influence certaine sur la scène internationale.

L’AFD est devenue un acteur mondial, en taille et en crédibilité. Elle fait partie de la douzaine d’acteurs qui, par le volume des financements qu’ils mobilisent, sont visibles sur la scène mondiale et donc peuvent contribuer à dessiner ce nouvel agenda mondial.
 

"L'action sur les vulnérabilités
devient un élément structurant
de notre action
"

2015 fut aussi une année ponctuée par des drames humains au Proche-Orient et en Afrique et leurs conséquences tragiques en Europe. Dans quelle mesure l’AFD peut-elle apporter des réponses ?

On ne peut pas prétendre être un acteur de référence dans le domaine de l’aide au développement et ne pas être présent dans ces situations-là qui sont une des facettes de notre métier, a fortiori lorsqu’elles se déroulent dans des pays qui sont proches de nous par la géographie ou par l’histoire. Le nombre de conflits, leur ampleur et les drames humains qu’ils engendrent sont généralement liés, ou se conjuguent, à des fragilités structurelles, des vulnérabilités dont souffrent ces pays – pays soumis aux phénomènes météo extrêmes, avec des faiblesses structurelles de gouvernance et d’accès aux services publics de base : l’eau, l’assainissement, la santé, l’éducation…

Quand, par exemple, on est capable de mettre en place à Bangui très vite des travaux urbains à haute intensité de main d’œuvre pour créer de l’emploi et réinjecter de la liquidité dans les circuits économiques, on aide au redémarrage d’un pays.

Quand on est capable d’intervenir au Liban pour accompagner les Libanais, confrontés à un afflux massifs de réfugiés venus majoritairement de Syrie et de Palestine, on traite une fragilité qui, si elle n’est pas traitée, va générer une vulnérabilité, elle-même facteur de crise.

Nous avons obtenu que le traitement des vulnérabilités et l’action post-crise, sujets sur lesquels une équipe de l’AFD travaille depuis plusieurs années, devienne un élément structurant de notre stratégie pour les années à venir : dans notre doctrine d’intervention, dans les moyens humains alloués, dans l’adaptation de nos procédures et bien sûr dans l’accroissement des ressources que nous allons consacrer à la lutte contre les vulnérabilités, et notamment des dons.

 

Revenons aux Objectifs de développement durable (ODD), adoptés par l’ONU en septembre. En quoi l’AFD est-elle concernée ?

Tout le monde est concerné par les ODD.

Le consensus politique obtenu, cette vision partagée par l’ensemble de la planète sur la direction à prendre pour les quinze prochaines années est indispensable pour entraîner l’ensemble des acteurs.

Nous ne sommes plus dans une organisation Nord-Sud des relations, où l’enjeu majeur de la discussion tournait autour du montant de l’aide internationale à mobiliser pour résoudre les problèmes des pays du sud. Nous prenons à bras le corps la question : comment modifier collectivement nos modes de production et de consommation pour lutter contre les inégalités et la pauvreté, et lutter contre le dérèglement climatique ?

Aujourd’hui, l’effort collectif suppose une mobilisation des ressources domestiques de chaque pays, privées et publiques. Et de tous les acteurs : les ONG, les collectivités locales, du Nord comme du Sud. C’est la prise de conscience de l’interdépendance : que ce soit les vulnérabilités, les modes de développement durable, l’environnement, la diversité, les migrants, ce qui se passe au « Sud » concerne les Français.

L’AFD est une des réponses à une mondialisation plus juste et plus équilibrée au bénéfice de tous. Pour soutenir cette mobilisation collective, le monde a besoin d’un dénominateur commun et c’est la fonction de cet agenda partagé.

Les ODD aident considérablement l’action de l’AFD car ils donnent une nouvelle légitimité à notre rôle. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le Président de la République a choisi le sommet des ODD pour annoncer l’augmentation de 50% des activités de l’AFD d’ici 2020. Face à cette nouvelle ambition partagée, avec laquelle nous sommes complètement en phase, la France a décidé de ne pas rester inerte.
 

"Les questions de gouvernance
sont au cœur du problème"


Le gouvernement a également confié à l’AFD la mission de la gouvernance dans nos pays d’intervention…

En effet, le gouvernement nous a confié cette responsabilité. Il s’agit de travailler à l’amélioration des politiques publiques, le fonctionnement des institutions, etc. Cela ne se résume pas à la problématique financière mais celle-ci n’en est pas absente non plus.

La gouvernance est un très grand sujet pour nous. Il fait d’ailleurs partie des ODD, preuve s’il en était du lien explicite entre bonne gouvernance des institutions et développement. On efface ainsi une anomalie car il était étrange qu’un opérateur d’aide au développement n’intervienne pas sur les sujets de gouvernance alors qu’ils sont au cœur du problème. C’est aussi un aspect du rayonnement de la France, le transfert va permettre de changer d’échelle.

 

L’AFD a-t-elle un rôle à jouer dans la perception que les Français ont du monde ?

Ce que montre la dizième édition du sondage annuel « Les Français et la politique d’aide au développement de la France », sondage AFD - IFOP réalisé septembre 2015, c’est que la majorité des Français restent attachés à l’aide française au développement et à la solidarité. Cet attachement s’était effrité ces dernières années mais semble être remonté. C'est dans l’ADN des Français, ils ne sont pas indifférents à la solidarité internationale. Encore une fois, ils sont conscients des interdépendances de la France avec le reste du monde, en Europe et au-delà.
Pour reprendre une métaphore des années 60, « la Corrèze avant le Zambèze. Aujourd’hui c’est la Corrèze Et le Zambèze.

Face à cette inéluctabilité des interdépendances croissantes, le développement est un outil pour permettre à la France d’en sortir plus forte.

Pour bien montrer aux Français à quoi est utilisé cet argent et l’utilité de l’aide au développement, la meilleure manière est de parler concrets sur le terrain. Entre 2013 et 2015, grâce aux projets financés par l’AFD : ce sont 1,6 million de personnes qui utilisent les transports publics modernisés, ce sont 260 000 PME qui ont eu accès au crédit grâce à nos financements, ce sont 300 000 jeunes qui bénéficient de programmes de formation professionnelles adaptées à l’emploi, ce sont des solutions françaises promues à l’international.

La réussite d’une institution comme l’AFD est un motif de satisfaction, voire de fierté pour les Français : à travers elle, la France lutte contre les inégalités, la pauvreté et le changement climatique dans plus de quatre-vingt pays et contribue à ce que la vie des gens soit meilleure. La France est ainsi davantage appréciée. Elle est source d’inspiration.

Mise à jour en avril 2016

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