Tout Afrique, ou voir l'Afrique autrement

30 millions de kilomètres carrés. 1,2 milliard d’habitants. 2000 langues vivantes. 54 pays. 5 climats différents. Un continent. Et pourtant, l’Afrique est encore systématiquement appréhendée de façon duale : l’Afrique du Nord d’un côté et l’Afrique subsaharienne de l’autre. C’est en particulier la grille de lecture habituellement adoptée par les bailleurs de fonds dans la conception de leurs relations avec le continent.

 

Les enjeux communs entre les deux sous-ensembles se multiplient pourtant. Ceci tient d’abord à l’accentuation des flux qui les relient. La zone saharo-sahélienne concentre en outre des enjeux clés pour le continent, mal compris et traités. Une zone à la fois source de vulnérabilité - avancée désertique, gestion de l’eau et risque sécuritaire, etc. - mais aussi d’opportunités - meilleure gestion des espaces naturels, augmentation des échanges économiques.

 

Ces éléments plaident pour une approche continentale fondée sur une réflexion, des partenariats et des actions pensés à cette échelle.

 

 

L'interview du directeur général de l'AFD Rémy Rioux.

 

L’AFD a organisé le 12 avril dernier, à l’Institut du Monde Arabe, un colloque intitulé : « Tout Afrique : les enjeux d’une approche continentale ». Pourquoi avoir choisi ce thème et cet angle pour parler de l’Afrique ?
 
L’idée du colloque part d’une intuition simple. Si l’on cessait, dans nos têtes et dans nos organisations, de couper l’Afrique en deux, entre Afrique du nord d’un côté et Afrique subsaharienne de l’autre, que se passerait-il ? Si l’on sortait d’une vision duale du continent, quelles réalités et quelles dynamiques verrions-nous apparaître ? Une Afrique, des Afriques régionales, d'autres lignes de force ?

« Tout Afrique », c’est une invitation à renouveler le regard porté sur l'Afrique. Nous avons invité des entrepreneurs, des universitaires, français et africains, et aussi des bailleurs de fonds, régionaux, nationaux, panafricains, pour en débattre. Nous avons eu le très grand honneur d’accueillir Alpha Condé, président de la République de Guinée et président en exercice de l’Union africaine, ainsi que Pierre Gattaz, président du MEDEF . Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, a conclu nos travaux. Je les en remercie.

 

L’Afrique est la priorité de l’AFD (50% des engagements financiers annuels à l’international). Quelle est la stratégie actuelle de l’AFD pour l’Afrique ? Quels sont les enjeux de cette approche continentale ?

La stratégie de l’AFD est très claire : faire le maximum de ce qui est possible pour l'Afrique, compte tenu de nos capacités financières et conformément au mandat que nous a confié le gouvernement. L’Afrique, c’est évidemment le cœur de l’activité de notre Agence. Plus de 500 de nos collaborateurs y travaillent. Nous avons engagé 4 milliards d’euros en 2016 sur le continent, soit 50 % de notre activité dans les États étrangers. Nous allons passer progressivement à une cible de 5 milliards d’euros, afin de tenir l’engagement pris par le président de la République au Sommet de Bamako de consacrer 23 milliards d'euros à l’Afrique en 2021.
 
La priorité africaine se traduit aussi par un engagement fort sur la lutte contre le changement climatique. L’AFD va consacrer 6 milliards d’euros d’ici à 2020 sur l’accès à l’énergie, pour accélérer l’électrification du continent ; dont 3 milliards consacrés aux énergies renouvelables, à travers l’initiative AREI lancée lors de la COP21. L’adaptation au changement climatique sera un axe structurant de nos interventions en Afrique.
 
Lutter contre les crises est un impératif, car il n’y a pas de développement sans sécurité, ni de sécurité sans développement. Nous allons gagner en capacité d’action grâce à la nouvelle Facilité dédiée à la lutte contre les vulnérabilités, dotée de 100 millions d'euros par an, financée par la Taxe sur les transactions financières, et qui va nous permettre d’intervenir dans les zones de crises, notamment au Sahel, au Lac Tchad, au Proche et Moyen-Orient.

L’AFD veut encourager la recherche africaine. Nous le faisons en Côte d’Ivoire, en Ethiopie, en mobilisant les centres de recherche et les think tanks nationaux et en favorisant le dialogue stratégique sur les politiques publiques entre les experts académiques et les décideurs publics. Nous allons le faire davantage encore à l’avenir.

Nous allons travailler de manière encore plus serrée, encore plus opérationnelle, avec nos pairs, et en particulier le réseau des banques de développement africaines. Nous avons des relations fortes avec la Banque mondiale et avec la Banque africaine de développement . Nous avons aussi des partenariats avec nos homologues au sein de l’International Development Finance Club (IDFC) – en Afrique, ce sont la BOAD, la DBSA, la Trade and Development Bank, la Caisse des Dépôts et de Gestion marocaine. Nous partageons avec elles l’ancrage domestique, la projection au-delà de nos frontières, l’investissement de long terme au bénéfice des populations que nous servons.

Enfin grâce à notre alliance stratégique avec la Caisse des Dépôts et Consignations , l’AFD va financer les infrastructures sur tout le continent. Nous venons de lancer la semaine dernière à Ouagadougou avec Pierre-René Lemas, le directeur général de la CDC, l'un des plus grands fonds d'infrastructure en equity actif notamment en Afrique, doté de 600 millions d’euros.
 
La nouvelle stratégie pour l’Afrique va nous permettre d’accompagner les grandes transitions à l’œuvre sur le continent (démographique et sociale, énergétique et numérique, écologique et territoriale, politique et citoyenne), en renouvelant notre vision, nos instruments, nos organisations et nos contreparties ( voir l'infographie ). L’enjeu est de répondre à la demande de nos partenaires africains et d’accompagner, avec respect et ambition, leur développement durable.

 

Quels messages retenez-vous de ce colloque ?

Les débats ont été riches d’enseignements. Les intervenants ont confirmé notre intuition initiale. En appréhendant l’Afrique comme ses États le font, comme ses habitants la voient, nous serons en capacité de renouveler la façon dont nous y travaillons.

Il faut savoir zoomer et dézoomer, pour trouver la bonne maille d’analyse et d’action pour traiter les opportunités africaines et pour créer les liens avec l’Europe, avec la France.

Et nous avons constaté une nouvelle fois que l’Afrique est en marche. L’Afrique s’affirme. L’Afrique innove.  La politique de développement durable doit marcher « dans les deux sens » – les innovations sont nombreuses en Afrique : à nous de les déceler, de les faire connaître et de les ramener en France. C’est ce que nous disent nos partenaires.

J'observe également que les entreprises sont passées à une vision continentale. Les marchés sont encore souvent nationaux, mais les stratégies des entreprises se déploient à l’échelle du continent.

Enfin, les intervenants ont clairement dit que le développement est aussi affaire de représentations. La façon dont on dit, dont on pense nos réalités peut être plus ou moins favorable au développement. Saurons-nous, dans ce nouveau cadre « Tout Afrique », faire plus de développement, libérer plus d’énergies, les capter et les transformer en projets ? Je crois que le colloque a permis modestement de répondre par l’affirmative et d’identifier des premières pistes d’action.

 

En savoir plus sur le colloque « Tout Afrique » organisé à l'Institut du monde arabe le 12 avril 2017

Télécharger les actes du colloque Afrique

Télécharger la revue de presse du colloque

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Mise à jour en mai 2017

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