L’aide publique au développement est-elle néfaste pour l’Afrique ?

L’aide publique au développement est-elle néfaste pour l’Afrique ?

Non seulement l’aide publique au développement n’est pas néfaste à l’Afrique, comme tentent de le faire croire certains ouvrages récents, mais on constate, lorsqu’on la ramène aux politiques ciblées qui la constituent, qu’elle a connu d’authentiques réussites.

Si l’aide était néfaste, des « chouchous des bailleurs » (aid darlings) tels que le Ghana, le Botswana ou le Mozambique (pour ne citer qu’eux) seraient-ils aussi les pays africains ayant connu les meilleurs taux de croissance pendant les années ayant précédé la crise ?
 
L’aide ne peut pas à elle seule créer la croissance, toutefois elle peut la stimuler, l’accompagner ou compenser son caractère inégalitaire ; fournissant un filet de sécurité aux plus démunis. Plusieurs indicateurs sociaux du continent africain ont ainsi fortement progressé au cours des trois dernières décennies. L’analphabétisme a été réduit de 40%, de même que la mortalité infantile. Des progrès réalisés en dépit d’une croissance démographique sans précédent, porteuse de profonds bouleversements.
 
Pourquoi alors considère-t-on parfois que cette politique est inefficace ? Cela tient au fait que l’aide n’est analysée ni à l’aune des moyens qui lui furent alloués, ni à l’aune des objectifs qui lui furent assignés. Tour à tour mobilisée pour favoriser la stabilisation géopolitique (pendant la guerre froide), refinancer la dette, prévenir les crises ou catastrophes, réguler la mondialisation, l’aide n’a pas toujours eu pour seule mission de réduire la pauvreté.
 
Il est donc impossible, si l’on veut faire avancer le débat sur l’efficacité de l’aide de manière juste et objective, d’examiner cette politique comme un tout uniforme et intemporel.
 
Jean-Michel Severino, Directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD)
 
Paru dans le journal Les Afriques No 100, spécial « La parole à nos lecteurs »