La présence de l'AFD en Guinée

Le Groupe de l’AFD a repris ses activités en Guinée en 1979. L’activité et le suivi des opérations financées sont assurés à partir de l’agence de Conakry

À la une

Les trois premières Indications géographiques protégées (IGP) africaines

20/02/2013

Dégustations, rencontres de grands chefs et d'épiceries prestigieuses... Voici le menu de producteurs africains de trois produits, le miel d’Oku et le café Ziama Macenta du Cameroun, et le poivre de Penja en Guinée, au Salon de l'agriculture, du 23 février au 3 mars, à Paris. La reconnaissance officielle des indications géographiques est un enjeu important pour l’Afrique, et plus largement pour les Pays en voie de développement : à la fois pour la reconnaissance et la protection de leur patrimoine et en tant qu’outils de développement économique.

Quel est le point commun entre le poivre blanc de Penja (Cameroun), le miel d’Oku (Cameroun) et le café Ziama-Macenta (Guinée) ?
Ces trois produits d’exception vont être reconnus et enregistrés comme « Indications Géographiques Protégées » (IGP) dans 16 pays africains. La reconnaissance officielle des indications géographiques est un enjeu important pour l’Afrique, et plus largement pour les Pays en voie de développement (PED) : à la fois pour la reconnaissance et la protection de leur patrimoine et en tant qu’outils de développement économique.
 Le poivre du Penja n'a certes pas le même statut que ses deux compagnons de voyage. Il est déjà convoité par les plus fins gourmets et les chefs étoilés du monde entier alors que le café Ziama-Macenta fut exporté pour la première fois en 2003. Le miel d’Oku, quant à lui, n'est connu aujourd’hui que dans sa seule région d’origine. Pour ce produit, le défi est donc de pénétrer d’abord le marché national.

Le programme de dégustations au Salon de l'Agriculture :

►Lundi 25 février : Ateliers de dégustation au Salon

- Stand du Cirad, 3 ateliers : 10h – 11h45 – 13h30

- Stand du ministère de l’Agriculture : 14h45 – 17h15


Poivre blanc de Penja
 

Pourquoi protéger ces trois produits agricoles ?

Ces trois produits portent un nom géographique, ont une qualité particulière, liée au terroir et aux savoir-faire locaux. Ils ont une réputation, et sont payés plus cher que les produits ordinaires. Aussi sont-ils menacés par des usurpateurs qui utilisent le même nom pour des produits différents, ou simplement des mauvais joueurs qui ne respectent pas les bonnes méthodes.

L’enregistrement du nom permet sa protection dans les seize pays membres de l’ Organisation africaine de la propriété africaine (OAPI). Mais il y a des conditions, et elles sont difficiles : une organisation doit représenter tous les producteurs, elle doit se mettre d’accord sur la délimitation de la zone et les méthodes de production, mettre en oeuvre un système de contrôle…

Face à la mondialisation des échanges, à la concurrence accrue sur les grands marchés d’exportation et à l’instabilité des prix, la valorisation de productions locales, réputées et très spécifiques, représente une voie à explorer.

Ces IGP sont similaires aux IGP et Appellations d'origine protégées (AOP) européennes, et aux Appellations d'origine contrôlées (AOC) françaises. Enregistré IGP auprès de l’OAPI, un produit peut ensuite faire acte de candidature pour être enregistré et protégé dans l’Union européenne.

►►Lire l'interview de Jean-Luc François, responsable du Développement agricole à l'AFD :
« Les Indications géographiques protégées (IGP) rendent la mondialisation profitable à des terroirs africains et aux hommes qui les font vivre »



La démarche : soutenir les petits producteurs

Le projet a pour objectifs :
► Accompagner les pays producteurs dans un exercice d’identification et de reconnaissance de produits nationaux éligibles aux Indications Géographiques ;
► Contribuer au renforcement des capacités de l’OAPI et des partenaires nationaux publics et privés en vue d’assurer la promotion et la protection des Indications Géographiques.

Découvrez le périple de deux agriculteurs africains à Paris, venus promouvoir leurs produits labellisés IGP. Premier épisode d'une mini-série de cinq épisodes :

 

Retrouvez les autres épisodes ici

Comment l'AFD soutient cette démarche ?


Pour chacun de ces produits, le projet effectue un diagnostic de la filière et identifie les acteurs concernés. Il définit les étapes à franchir pour arriver à l’enregistrement en Indication Géographique.
Des consultants locaux et internationaux appuient les organisations de producteurs dans la préparation du dossier et en particulier : la définition de l’aire géographique, l'élaboration d'un cahier des charges, l’élaboration des modalités de contrôle et la stratégie marketing.


Torréfaction du café Ziama Macenta. Photo : Charlotte Paressant

 

Le soutien s'effectue à travers un outil que l'AFD développe depuis plusieurs années : le Programme de renforcement des capacités commerciales (PRCC), cofinancé par l’AFD sur une ressource du ministère des Affaires étrangères et par le ministère des finances. Ce soutien s'effectue auprès de deux catégories d'acteurs.

Il y a tout d'abord l'appui à l' Organisation africaine de la propriété africaine (OAPI), m aître d’ouvrage du Projet d’Appui à la Mise en Place d’Indications Géographiques (PAMPIG), par les chercheurs du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique (CIRAD).

"Afin de lui donner les moyens de mettre en place, dans plusieurs pays, un système commun de reconnaissance des IGP. L'OAPI est en effet un puissant levier pour mettre en place les Indications Géographiques Protégées, pour bâtir une politique commune et obtenir une reconnaissance mutuelle dans seize pays à la fois explique Jean-Claude Chesnais, responsable du programme à l'AFD. Il a donc fallu lui apporter un appui opérationnel, par la formation des hommes et la mise en place du processus d’inscription des IG, puis pour lui donner les moyens de garantir l'identification des zones et des produits, la définition des critères, l'accompagnement des producteurs, la protection légale, etc.
Parallèlement, "il y a tout un travail avec les producteurs pour les aider à se regrouper, à se structurer, à écrire le cahier des charges, éventuellement  se mettre en liens avec les exportateurs et les importateurs , les aider à la mise sur le marché de leurs produits, le conditionnement, le marketing..."


Le poivre de Penja (Cameroun)
De basses terres noires d’origine volcanique, un climat chaud et humide, de grandes plantations de bananes, et de ci de là, quelques parcelles où une liane monte à un arbre : le poivre de Penja !
Origines
L’origine des poivriers (Piper Nigrum L.) de la région de Penja est indéterminée, mais il est admis qu’ils provenaient de la Malaisie, et auraient transité par le Congo belge. Ce sont les descendants de ces divers cultivars qui, conduits en appliquant les normes et le savoir-faire local, produisent de nos jours le « Poivre de Penja ». Ce poivre peut être produit et mis en marché en vert, noir, blanc et rouge, mais le plus réputé est le blanc.

Spécificités de la zone géographique
Le poivre de Penja est cultivé dans une zone où le terroir et les méthodes culturales et de transformation se combinent pour produire la saveur hautement désirable, le piquant, le goût relevé et l’arôme particulier, attributs qui ont fait sa notoriété.
L’aire géographique du Poivre de Penja se situe sur les reliefs collinaires du sud du mont Koupé entre la région du Littoral et celle du Sud-Ouest du Cameroun. Elle est constituée des territoires des Communes de Manjo, Loum, Njombé/Penja, Mbanga, Mombo et Tombel, situés entre 100 et 500 m. d’altitude et sur sous-sol basaltique de l’ère quaternaire.
Les plantations de poivriers sont organisées sur les parcelles basaltiques plus ou moins pierreuses des flancs de ces collines ou à leur pied. Celles-ci bénéficient d’un climat chaud, humide d’avril à octobre mais très sec le restant de l’année.

Les opérations de transformations ont lieu non loin des plantations et se réalisent en plusieurs étapes : rouissage, lavage, séchage et conditionnement en gros.

Spécificités du poivre blanc de Penja
Le poivre de Penja doit sa renommée locale et internationale principalement à son poivre blanc avec ses baies de couleur crème. Il peut se présenter sous forme de petit grain ou de gros grain. Selon l'émission documentaire de France 5 « Fourchette et sac à dos : destination Cameroun » diffusé en septembre 2010 : « le poivre blanc de Penja a un fond animal velouté. Ces notes sont lourdes, boisées, ambrées et musquées. Doux et raffiné, son parfum délicat, plus que toute autre épice, s’allie à une saveur chaleureuse. Il commence par flatter élégamment les narines, puis apporte une présence chaude, ronde, insistante. » Son piquant lui confère une typicité que l’on ne retrouve chez nul autre poivre blanc.

Influence de l’aire géographique sur la qualité spécifique du poivre de Penja
Les conditions géo-climatiques de la région de Penja sont à l’origine de sa typicité. Ses sols basaltiques couplés au climat chaud et humide pendant la période de croissance végétative permettent une pleine croissance du poivrier, qui, arrivé à maturité en décembre, donne au moment de la récolte les baies destinées au poivre blanc. L’élaboration de ce poivre nécessite la présence d’eau de surface pour le rouissage et le lavage des baies, mais également un temps sec pour le séchage réalisé durant trois jours au soleil.
Ce sont ces étapes de rouissage, déterminante pour la fermentation des baies, et de séchage au soleil, qui confèrent au poivre de Penja sa typicité et sa renommée.


Le miel d'Oku (Cameroun)
Sur les sommets du mont Oku, entre 2000 et 3000 m d’altitude, la pluie et la brume sont fréquentes. La forêt cède brutalement la place à des champs de maïs, haricot, patate douce : une agriculture paysanne dense et intensive.

Le miel d’Oku est d’abord remarquable par sa couleur, blanc à crème, alors que les miels africains sont rouges à sombres. Sa valeur médicinale est réputée, et il est produit depuis des générations. Au XIXème siècle, il a servi de moyen d’échange contre l’huile de palme. La production du miel d’Oku est une activité traditionnellement individuelle et masculine. Il est principalement produit par des coopératives et des associations. Des actions de formation sont mises en place depuis vingt ans, y compris vers les femmes.

Spécificités de la zone géographique
Le miel d’Oku est produit au Cameroun dans la forêt de Kilum Ijim. La forêt de Kilum Ijim est une forêt de montagne de 3011m d’altitude qui couvre une superficie de 20 000 ha et, qui offre une exceptionnelle biodiversité : une richesse floristique, oiseaux endémiques. Dans cette forêt, les abeilles ne vivent pas spontanément : les apiculteurs y transportent et installent les ruches, après qu’elles aient été colonisées dans la plaine. Les qualités du miel sont liées à la forêt et surtout à deux espèces végétales dont les fleurs sont butinées par les abeilles, à savoir le Schefflera abyssinica et le Nuxia congesta.

La technique de production comprend cinq étapes :
- La fabrication des ruches
- La capture des essaims
- La colonisation des ruches entre septembre et avril. Les nouvelles ruches, placées dans la plaine, sont disposées dans la forêt entre novembre et mars. Les vieilles ruches sont déjà présentes dans la forêt du Kilum-Ijim.
- La récolte du miel
- Le filtrage par une méthode naturelle Spécificités du miel d’Oku
Le miel d’Oku est de couleur blanche variant de l’extra blanc à blanc. Le goût peut être décrit comme sucré, légèrement acide, un peu comme du jus de raisin, senteur florale, légère et citrique. Le miel d’Oku a une texture douce, crémeuse et légèrement granuleuse.

Influence de l’aire géographique sur la qualité spécifique du miel d’Oku
Le miel d’Oku est étroitement lié à la forêt de Kilum-Ijim, zone protégée pour sa remarquable biodiversité, où il est récolté. Celle-ci abrite des végétaux typiques de forêts tropicales d’altitude et a fait l’objet d’un programme de conservation et de gestion communautaire.
Les caractéristiques organoleptiques des miels sont la conséquence directe des fleurs butinées. En choisissant la forêt de Kilum-Ijim comme zone d’origine des miels, on précise un complexe de plantes, et donc un type de miels.

 


Le café Ziama-Macenta (Guinée)
En Guinée forestière, aux confins du Liberia et de la Côte d’Ivoire, le Mont Ziama domine une campagne arborée.
Le Coffea canephora (désigné sous le terme commercial « Robusta ») est ici chez lui.


© Photo de Didier Chabrol, CIRAD

Selon de nombreux témoignages des anciens, « au temps des colons, les collecteurs passaient longtemps à Macenta pour augmenter la qualité de leur mélange ». Le café de Macenta a ainsi acquis une notoriété auprès des importateurs et des torréfacteurs durant cette période.
Encore aujourd’hui, selon les opérateurs de la filière en Guinée, le café dit « de Macenta » est utilisé pour relever la base des cafés de plus mauvaise qualité (en provenance d’autres régions du pays et de Côte d’Ivoire).

Spécificités de la zone géographique
Les zones d’influence du mont Ziama sont situées dans le sud-est de la Guinée, dans la Préfecture de Macenta et couvrent les sous-préfectures de Orémaï, Sengbédou, Sérédou, Fassankoni, Kouankan et Zébéla. Elles sont situées entre les 9° et 9°5’ de longitude Ouest et les 8° et 8°5’ de latitude Nord.
C’est une zone de forêt tropicale humide, d’une altitude moyenne de 570 m, caractérisée par l’alternance d’une saison sèche de trois mois et d’une saison pluvieuse de neuf mois. La température moyenne est de 25°C. Le café occupe une superficie moyenne de 160 000 ha desquels, 6 000 ha sont occupés par du matériel végétal amélioré dont, 2 000 ha dans la zone du mont Ziama. La superficie moyenne par producteur est d’1 ha.

La café Ziama Macenta est produit au flanc des montagnes, sous ombrage léger. Les caféiers sont plantés traditionnellement à une distance de 4m x 4m (625 pieds/hectare), alors que les plantations modernes peuvent être plantées avec une plus forte densité de 3m x 2m (1660 pieds/hectare).
La qualité du café dépend fortement des opérations de récolte et de post récolte. Les cerises doivent être récoltées de manière sélective à maturité (rouges) en 3 passages. Elles sont triées par trempage puis séchées au soleil avec des remuages réguliers (trois fois par jour). Le séchage se fait essentiellement au soleil sur claies pour une durée de 21 jours. Les cerises sèches sont décortiquées mécaniquement en évitant les brisures.

Spécificités du café Ziama Macenta
Le café Ziama Macenta est un robusta particulier plus proche de l’arabica par sa saveur acidulé et peu amer. Il se distingue par ses arômes persistants, à la fois forts et fins.
Influence de l’aire géographique sur la qualité spécifique du café Ziama Macenta
Le terroir de la Guinée Forestière en général, et la zone du mont Ziama en particulier, bénéficie d’un climat et de sols caractéristiques qui font du café récolté sur cette zone un Robusta supérieur. Des clones de Robusta introduits et cultivés dans cette région ont donné des qualités organoleptiques supérieures, semblables à celle d’un café Arabica.



Les relations Chine - Afrique : impacts pour le continent africain et perspectives Conférence le 8 février à 16h Retransmise en DIRECT

08/02/2013

Lors de la 5e conférence ministérielle Chine-Afrique en juillet 2012, la Chine a annoncé qu’elle allait doubler ses crédits au continent africain au cours des trois prochaines années. Pékin va investir 20 milliards de dollars en Afrique dans des projets visant le développement de son agriculture, son industrie, ses infrastructures…

Suivez cette conférence EN STREAMING et EN DIRECT
vendredi 8 février à partir de 16h
08 fev. 2013
de 16h00 à 18h00
 
 inscrivez-vous 
Les relations
Chine - Afrique :
impacts pour le continent africain et perspectives
Conférence-débat, animée par Alain Henry, directeur des études
et recherches de l’AFD
 
 
À l’agence française de développement / salle Jacques Alliot
Lors de la 5e conférence ministérielle Chine-Afrique en juillet 2012, la Chine a annoncé qu’elle allait doubler ses crédits au continent africain au cours des trois prochaines années. Pékin va investir 20 milliards de dollars en Afrique dans des projets visant le développement de son agriculture, son industrie, ses infrastructures… Cette attention de la Chine se traduit également par des échanges commerciaux et des investissements directs en forte croissance. Quel est l’impact de cette présence chinoise sur le continent africain ? Quel apport réel pour le développement du continent ? Quels défis ? Et ceux-ci sont-ils différents selon les pays africains ? Cette conférence sera l’occasion de débattre sur ces questions en présence de quatre experts qui apporteront leurs regards et partageront leur expérience avec le public.
 avec 
Henri-Bernard Solignac-Lecomte
Économiste au Centre de développement de l’Organisation de coopération
et de développement économiques (OCDE)
Jean-Jacques Gabas
Économiste, maître de conférences à l’université Paris 11
et chercheur détaché au CIRAD
Dr. Roland Amoussou-Guenou
Enseignant de droit à Asian Institute of Technology, co-fondateur et président
de la fondation Asiafricafoundation
Thierry Paulais
Directeur adjoint du département Afrique de l’AFD
 3 présentations suivies de questions/discussions 
Etats des lieux des relations Chine-Afrique
Henri-Bernard Solignac-Lecomte
La stratégie des entreprises chinoises en Afrique
Dr. Roland Amoussou-Guenou
Les coopérations agricoles chinoises en Afrique
Jean-Jacques Gabas
INSCRIPTION OBLIGATOIRE SUR AFD.fr
Retrouvez dès le 1er février une tribune de 
Jean-Bernard Véron, expert en 
Prévention des crises 
et sortie de conflit, sur 
le   blog ID4D
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Agence Française de Développement / 5 Rue Roland Barthes - 75012 PARIS
Transports en commun : Arrêt Gare de Lyon / Sortie 9


Education : miser sur les partenariats entre les ONG et les secteurs public et privé

13/09/2012

À l’occasion des trente ans de l'ONG "Aide et Action", la conférence "Tous acteurs de l'éducation. Un partenariat multi-acteurs pour l'Éducation" a été l'occasion de découvrir, à travers des retours d'expériences de terrain, les bénéfices des partenariats associant société civile, secteurs public et privé. Les échanges ont également mis au jour des pistes d’amélioration pour une plus grande efficacité de ces partenariats. 

"Aide et Action" et l'AFD : le bilan d'une décennie de travail en commun avec pour objectif la scolarisation pour tous

Afin de mutualiser leurs moyens et d'offrir un accès accru et équitable à une éducation de base de qualité dans les régions les plus défavorisées, l'ONG Aide et Action et l'AFD ont signé en 2001 un accord de partenariat dans le contexte de la mise en place du programme "Éducation pour tous", convenu lors du forum de Dakar en 2000 et visant à atteindre la scolarisation primaire universelle en 2015.

Dans une première phase, les deux partenaires ont soutenu conjointement plusieurs projets dans différentes régions du Sénégal, du Niger, de la Guinée et du Togo.
Aide et Action est principalement intervenu dans la mobilisation des collectivités et des parents d’élèves ainsi que dans l’accompagnement des services éducatifs locaux. Par la suite Aide et Action  et l’AFD ont inscrit leurs interventions dans le cadre des programmes nationaux d’éducation.

 

Classe d'école à Djourbel (Sénégal) / Crédit photo : AFD

 

Renforcer le dialogue entre bailleur de fonds et ONG

L’AFD est attachée au renforcement du dialogue avec la société civile. Son partenariat avec Aide et Action (A&A) permet de développer de fortes synergies en faveur de l’éducation. A&A possède une bonne connaissance des réalités du terrain, en particulier dans les zones où l'accès à la scolarisation reste difficile.

Pour illustrer cette collaboration, deux projets ont été présentés lors de la conférence :
Le premier projet, "Éducation pour tous au Togo" (EPTT), a été, comme l'indique sa dénomination, mis en oeuvre au Togo où l’AFD s’est occupée du volet institutionnel (renforcement des capacités des ministères au niveau national) tandis qu’A&A a pris en charge le volet social via la mobilisation des familles et le renforcement des capacités des acteurs locaux (encadrement des écoles).

Ce projet a permis une nette amélioration des taux de scolarisation de la région des Savanes, au Nord du Togo, région la plus pauvre et la moins scolarisée du pays.
Le second projet, d’appui à la décentralisation dans sept pays d’Afrique de l’Ouest où, là aussi, A&A a apporté son expertise aux acteurs locaux (élus, collectivités, communautés, responsables d’écoles) afin de permettre une meilleure mise en œuvre des politiques nationales au niveau local.

 

Promouvoir le partage des expertises entre le Sud et le Nord

A&A a également présenté au cours de la conférence deux nouvelles formes de partenariats :
D'une part, les partenariats entre les secteurs public et privé et les bénéfices associés dans le domaine de l’éducation, en termes de financement, d'expertise et d'innovation ; d'autre part, les partenariats Sud/Nord, illustrés par la collaboration entre A&A Afrique et la ville d’Argenteuil sur un projet d’accompagnement du parcours scolaire d’enfants en difficulté.

Ces différentes interventions ont mis en lumière les avantages de partenariats tissés entre la société civile, le secteur public et le secteur privé. Elles ont rappelé la nécessité de définir les rôles, les responsabilités et les attentes de chacun pour que le dialogue et la collaboration se déroulent dans les meilleures conditions. Au cours des débats a été également souligné le fait que des leçons peuvent être tirées d’initiatives développées au Sud par les acteurs du Nord, même dans des contextes très différents.

Forts de ses échanges et de ses collaborations, Dov Zerah, directeur général de l’AFD, et Claire Calosci, directrice d'Aide et Action, sont convenus d’approfondir le dialogue dans le domaine de la formation et de l’insertion des jeunes, problématiques sur lesquelles A&A travaille déjà en Inde.



Éducation et formation en Afrique : quels enjeux ? Quels nouveaux outils ?

06/09/2012

Où en est aujourd'hui l'Afrique subsaharienne en matière d'éducation et de formation professionnelle ? Est-elle en mesure d'accompagner ses futures générations vers l'emploi ? De quels atouts et outils dispose t-elle? Quatre experts de la division éducation (EDU) nous apportent dans une interview vidéo des éléments de réponse à travers un panorama de la problématique éducative et formative en Afrique subsaharienne.

 

  Crédit photo : 2iE, AFD

 

En Afrique, les deux tiers de la population ont moins de 24 ans

L’éducation est à la fois un droit fondamental et l’une des clés du progrès social et du développement économique, essentiel à la lutte contre les inégalités. En Afrique , 2/3 de la population a moins de 24 ans. Cette jeunesse est l’avenir du continent, son plus grand espoir mais constitue aussi un énorme défi pour le développement puisque 20% des jeunes sont actuellement au chômage. 
Cette croissance doit à tout prix rester un atout pour bâtir une Afrique innovante, productive, économiquement solide et socialement solidaire, et non devenir un obstacle à ses chantiers de développement. Pour y parvenir, il lui faut miser en priorité sur l'éducation et la formation professionnelle.  

 

Éducation de base mais aussi formation professionnelle

Avec cette tendance démographique et la montée du chômage, il est nécessaire d'intégrer dans notre approche non seulement les préoccupations relatives à l'éducation de base mais également à l'enseignement secondaire, supérieur, la formation professionnelle, avec un accent mis sur  l’insertion et l’emploi des jeunes . Face à ces défis, l'AFD au cours des dix dernières années a investi plus d'un milliard d'euros dans le secteur de l'éducation/formation, dont 2/3 sur le continent africain. Et dans les trois prochaines années, ses financements dans l'éducation devraient s'élever à plus de 500 millions d'euros, toujours majoritairement sur le continent africain.
(Synthèse de l'intervention de Virginie Bleitrach).

 

L’effectif scolarisé a augmenté de 31% en dix ans

Depuis une dizaine d’années, des progrès considérables ont été faits en termes d’accès à l’école primaire. L’Afrique subsaharienne a enregistré les résultats les plus importants ces dix dernières années.

Entre 1998 et 2009, l’effectif scolarisé a augmenté de 31% (soit 58 millions d'élèves supplémentaires).

En dépit de ces résultats, 1/4 des enfants qui devraient être à l’école n'est toujours pas scolarisé. C’est désormais aux autres cycles d’enseignement qu’il faut améliorer l'accès, notamment le cycle secondaire. Seuls 34% des enfants y accèdent à l'heure actuelle.

 

 

Le défi de la qualité de l'enseignement

 

Actuellement, 47 millions de jeunes en Afrique subsaharienne ne disposent pas des compétences de base pour lire et écrire. L’AFD s’est attachée ces dernières années à soutenir les réformes nationales éducatives en appui avec les autres partenaires techniques et financiers.

(Synthèse de l'intervention de Marion Butigieg)

 

 

 

 

La formation professionnelle devient enfin une priorité des politiques publiques

 

La formation professionnelle est un secteur en pleine expansion dans la majorité des pays d'Afrique subsaharienne. Leurs dirigeants ont placé parmi leurs priorités la formation professionnelle et l'insertion des jeunes. 

Cela dit, l'on part de loin, car beaucoup de pays ont des dispositifs de formation sous-dimensionnés, des équipements obsolètes, des formateurs n'ayant pas bénéficié de recyclage de formation continue depuis très longtemps. 

 

 

Faire correspondre l'offre et la demande sur le marché du travail 

 

Il résulte des éléments précédemment énoncés qu'un grand nombre de jeunes en fin de cursus, bien qu'effectivement formés, ont un profil en inadéquation avec les besoins du marché du travail qu'il faut, par ailleurs, identifier et anticiper. La situation est difficile, mais reste cependant encourageante puisque de nombreux pays ont mis ce point leur agenda politique. 

L'AFD reçoit de plus en plus de demandes visant à réunir les conditions d'un rapprochement de la formation professionnelle et du marché de l'emploi. Cela passe par une mise en relation entre les centres professionnels et les entreprises (par le biais de partenariats publics-privés), de façon que les secondes puissent indiquer aux dispositifs de formation et d'apprentissage quels sont exactement leurs besoins de compétences actuels et les emplois à venir. 

 

 

Revaloriser la formation aux métiers 

 

Cette volonté se traduit par la mise en place de dispositifs de formations plus souples, courtes, orientées vers le métier, certifiées et reconnues et qui, de facto, vont bénéficier d'une image plus positive qu'elle ne l'est actuellement. En effet, dans ces pays, l'apprentissage ou la formation aux métiers est encore considéré comme peu valorisant par les parents et par les jeunes eux-mêmes.

 

 

Fédérer les compétences pour faire de la formation un outil complet

 

Dans la plupart des pays, on peut constater que seulement 5% du budget de l'Éducation nationale est alloué à la formation professionnelle. Ce qui est totalement insuffisant. Pour relever ces défis, nous essayons de travailler en synergie avec d'autres types de compétences que les nôtres - la formation professionnelle n'étant qu'un outil dans le paysage de l'aide au développement. Il faut des synergies avec, par exemple, les départements et les divisions qui s'occupent de l'appui au secteur privé et de la microfinance, ou encore les départements spécialisés dans l'appui au développement agricole et aux métiers en milieu rural.

L'AFD a appuyé un peu plus de 60 projets dans une quinzaine de pays pour un montant d'environ 280 millions d'euros et la demande est de plus en plus forte.

(Synthèse de l'intervention de Christian Fusillier)

 


 

Les NTIC, une solution pour améliorer l'accès et la qualité de l'éducation et de la formation ?

De manière générale, les problèmes identifiés ont trait à la qualité de l'éducation, au delà de l'accès proprement dit, et à l'adéquation des formations avec les besoins des secteurs productifs. À l'AFD, nous sommes convaincus que les outils numériques sont tout à fait adaptés au développement et à l'amélioration de la qualité de l'éducation et de la formation en Afrique. Aujourd'hui, beaucoup de freins sont levés. Le taux de pénétration du téléphone mobile en dix ans est considérable. On était au début des années 2000 à 10% de taux de couverture géographique en Afrique subsaharienne. Aujourd'hui, nous sommes à 80%. Cela représente par ailleurs 30 % de la population.

 

L'investissement dans les NTIC, un indicateur de performance des systèmes éducatifs ?

L'OCDE élabore des études et tests de performances des élèves, le PISA (acronyme de "Programme for International Student Assessment "), en français, "Programme international pour le suivi des acquis des élèves". Celui-ci montre que les pays qui utilisent de manière poussée les outils numériques sont les plus performants. Les jeunes Finlandais qui bénéficient d'un ordinateur pour deux élèves au collège sont les premiers en maths au test PISA, les Sud-Coréens, très bien équipés également, sont seconds alors que les français arrivent au 17ème rang parmi la soixantaine de pays évalués.

L'investissement dans les technologies joue un rôle déterminant dans les performances des élèves et donc des systèmes éducatifs. En Corée du sud, pays qui a fortement investi pour ses technologies en éducation dès le début des années 90, les enseignants utilisent les TIC pour enseigner. Avec l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), nous mettons en place des programmes et des dispositifs pour accompagner et sensibiliser les enseignants à la prise des nouvelles technologies de l'information
 

Trop de projets isolés, pas assez de coordination

Il existe aujourd'hui beaucoup de projets pilotes sans suite, sans écho du fait d'un manque de coordination entre les bailleurs de fonds et les programmes sectoriels de l'éducation mis en oeuvre par les gouvernements. Cette coordination est pourtant une condition pour que ces projets puissent être déployés à l'échelle d'un pays ou d'un système éducatif.

L'AFD a donc réuni un groupe de travail avec des bailleurs de fonds, des utilisateurs du sud, des universitaires et des chercheurs pour essayer de formuler des propositions qui aideront à passer du stade de l'expérimentation des projets à leur mise en oeuvre effective dans les systèmes éducatifs africains.    
(Synthèse de l'intervention de Jean-Christophe Maurin)



"Paris, Ouagadougou, même combat?" Promenade vidéo

06/08/2012

Dans cette interview vidéo itinérante dans Paris, Guillaume Josse, urbaniste à l'AFD, nous livre, à partir de quelques objets urbains de notre quotidien, quelques clés de compréhension des enjeux des villes, du "Sud" comme du "Nord". Une manière de comprendre que villes du nord et du Sud ont des problématiques communes.

 

 

 

 

Penser avant tout les villes comme des réseaux

Chaque ville , quel que soit son degré de modernité, ressemble à un maillage, une superposition de réseaux, pour la plupart visibles dans le paysage urbain. Qu'il s'agisse des réseaux d'électricité, de gaz, de télécommunication, de drainage des eaux usées ou des eaux pluviales , toutes ces fonctions sont tendues vers un but commun : garantir la sécurité, le bien-être et le mieux-vivre des populations citadines.

 

Première caractéristique d’une ville du Sud : une gestion publique lacunaire

Les éléments les plus banals d'une ville d'un pays du "Nord", perçus comme "allant de soi" - car ancrés depuis très longtemps dans le quotidien de sa population - sont encore inexistants ou alors extrêmement rares dans les villes du "Sud". L’on pense, entre autres, à des objets urbains ordinaires tels que les plaques de rues, d’égouts, les lampadaires, les routes goudronnées qui contribuent respectivement à la fois à l’adressage et l'identification des lieux et de leurs résidents, à la préservation de l’hygiène et de la santé publique , à la circulation des personnes et des biens de consommation ; comme autant de missions dont sont en charge les collectivités.

Les villes du Sud se signalent en général par l'absence de tels réseaux consolidés et dotés d'un fonctionnement optimal. Au mieux va-t-on trouver quelques éléments communs, comme des réseaux téléphoniques, des routes, des rues, mais sans revêtement, sans pavés et inondables à cause de canalisations peu fonctionnelles ou saturées, des quartiers et habitations sans panneaux de signalisation, un déficit d’éclairage public etc.

 

Cadastres et signalisations : des prérequis pour la gestion urbaine

A Paris, la présence de plaques de rue nous paraît normale. Pourtant, celles-ci sont inexistantes dans la plupart des villes et capitales des pays en développement. Or, en l'absence de telles indications, il n'est pas possible d'adresser des courriers, d'envoyer des avis d’imposition, de collecter correctement les taxes qu'en définitive, aucun dispositif n'oblige à payer. Cet état de fait est l'un des symptômes de l'absence de systèmes cadastraux véritablement opérationnels dans ces pays, s'agissant de la gestion, entre autres, des unités foncières et de l'historique des parcelles. 

Dans ces conditions, il est difficile voire impossible de savoir avec exactitude qui habite à tel ou tel endroit, ni combien de ménages, d'enfants, de personnes âgées ou ayant un handicap y résident. Pas plus qu'il n'est possible de déterminer qui est le propriétaire ou le locataire du lieu concerné, et ainsi d'être en mesure, par exemple, de collecter les taxes de vente.

 

Parvenir à une combinaison efficace du politique, de l'administratif et du technique

Si l'adressage est important, il ne suffit pas de peindre un numéro sur une porte comme on le voit dans beaucoup de pays africains, en espérant que cela suffise à résoudre le problème. Pour pouvoir organiser la vie de la cité, sa gestion, son développement, le processus est plus complexe et long à mettre en œuvre. C’est toute la gestion dans l’administration publique qu'il faut organiser et réformer, car c'est par cet instrument que l'Etat est en mesure de recencer, de savoir en temps réel ce qui se passe, et de gérer la ville dans le long terme. La plaque de rue est en quelque sorte le symbole de la gestion urbaine, laquelle englobe la plupart des services dont les citadins bénéficient au quotidien.

Le grand enjeu pour ces Etats et les institutions d'aide au développement, dont l’AFD, est de savoir comment créer tous ces réseaux urbains essentiels, les mettre en place, financer à la fois l’investissement dans ces infrastructures et mettre en œuvre les services adéquats pour les entretenir.
Sans réseaux d’assainissement, par exemple, dans les villes du sud, toutes les eaux usées se déversent dans les rues, les parcs, les cours d'eau naturels. Le défi n'est peut-être pas de parvenir à un résultat se rapprochant au plus près de Paris, ville particulièrement moderne, mais a minima, de disposer des services essentiels pour éviter que les déchets et eaux usées restent dans les maisons ou souillent les rivieres, garder les rues praticables et permettre aux citadins d'avoir accès à l’eau potable.

 

L'îlot Chalon : un exemple de reprise en main urbaine réussie

La transformation de ce quartier parisien, longtemps abandonné à sa paupérisation atteste qu'il n'existe pas de technique ou de modèle prédéfini à même de créer une ville moderne, agréable et bien gérée. Il faut penser à la fois aux équipements, aux logements, aux réseaux susdécrits, à la nature des activités que l'on veut y développer (des bureaux, un centre d'affaires, ou un espace vert par exemple) et notamment reconnecter cet ensemble avec les axes de transports. Tous ces projets nécessitent une réflexion globale, politique au sens de "gestion de la cité", qui doit se traduire par des politiques puliques qui doivent être cohérentes et complémentaires dans un même espace donné. L’autre élément est la manière dont ces opérations sont menées, en tenant compte d’abord de la durée : l'on parle en effet de projets dont le financement et les travaux s'échelonnent sur 20 ou 25 ans. Il faut, à cet égard, s'assurer de tenir la distance grâce à des institutions solides, politiquement, techniquement, financièrement pour porter de grands chantiers.

"La ville finance la ville" car l’opération se finance au fur et à mesure par la plus-value que la collectivité obtient en revendant les terrains qu’elle a achetés à bas prix dans les quartiers pauvres, après les avoir réaménagés. Cette plus-value permet de financer les équipements et, au bout du compte, l’opération urbaine s’autofinance sur une durée de 20 ans ou plus. Ce principe de l’aménagement n’existe pas en général dans les pays où l’AFD intervient. Il s'agit d'une véritable lacune qui va bien au-delà de la contrainte financière stricto sensu – puisqu' une petite avance de trésorerie suffirait pour acheter des terrains. Plus fondamentale est la question du fonctionnement et de la capacité des autorités locales à porter ces projets, et d'un point de vue technique, de disposer des ressources humaines suffisantes pour élaborer et mettre en œuvre une politique d’aménagement du type de l’îlot Chalon.

 

La procédure à suivre, selon le principe "La ville finance la ville"

Comment les choses se font concrètement ? La puissance publique commence par prendre possession des quartiers en déshérence via des expropriations, des préemptions voire des achats simples. Une fois que la puissance publique s'est rendue maître des terrains, elle peut détruire, reconstruire, aménager et réaménager à sa guise pour créer des nouveaux quartiers qui vont continuer à évoluer plus ou moins positivement, en fonction des choix qui auront été faits.

Si les villes sont constituées partout des mêmes choses, elle ne fonctionnent pas de la même manière. La raison est en partie liée au financement. Le maire de Paris dispose de 4000 euros par an et par habitant pour entretenir et investir. Le maire de Ouagadougou (commune de 1.300 000 habitants) dispose de 20 euros par an et par habitant. A titre de comparaison, le budget de cette ville, capitale du Burkina Faso, est inférieur de moitié au budget de la ville de Rodez, qui compte 25 000 habitants. Le maire de Lomé va disposer d’environ 8 à 10 euros par an et par habitant, le maire d’une petite ville du Bénin d’un demi-euro par an et par habitant... L’enjeu est donc évidemment d’augmenter les financements, les capacités pour une collectivité locale d’avoir à sa disposition suffisamment de financement pour investir dans le territoire sous sa juridiction, et l'entretenir. L’écart entre villes du Nord et villes du Sud est aujourd’hui abyssal, et notre défi est de parvenir à le combler.
 



Sahel : comment éviter un nouvel Afghanistan ?

29/06/2012

Partition, islamisation, miliciarisation, contrebande... A bien des égards, les récents événements qui secouent le Mali et la région sahélienne, semblent faire écho à l'imbroglio afghan. Le scénario d'une "afghanisation" est-il une tendance vouée à se durcir ou une vue de l'esprit ? Des personnalités, dont Erik Orsenna et Jean Michel Severino, ancien directeur de l'AFD, ont apporté un éclairage sur cet enjeu central pour la stabilité et le développement de la région, lors d'une conférence organisée par la FERDI le 29 juin dernier.

 

Le Mali en point de mire 

 

Le sujet sahélien inquiète, à l’heure où, au Mali, les villes de Tombouctou, Gao et Kidal sont aux mains des groupes rebelles. Dans ce contexte, huit conférenciers présents ont croisé leurs points de vue et expertises pour proposer un panorama le plus vaste possible :

Patrick Guillaumont, président de la FERDI, Philippe Perdrix, rédacteur en chef adjoint de « Jeune Afrique », Serge Michailof, consultant pour la Banque Mondiale et d’autres institutions d’aide, l’écrivain et académicien Erik Orsenna, Tertius Zongo, ancien premier ministre du Burkina Faso, Jean-Marc Châtaigner, directeur général adjoint de la Mondialisation, du Développement et des Partenariats au ministère des Affaires étrangères et européennes, Jean-Michel Severino, ancien directeur général de l’AFD et Gilles Yabi, directeur du projet Afrique de l'Ouest au sein de l'International crisis group (ICG).

 

 L'islamisme, un « cheval de Troie » dans le mouvement indépendentiste touareg

 

Le cas malien a évidemment fait l’objet d'un traitement appronfondi, tant celui-ci s’impose, avec fracas, à nos consciences comme un condensé des maux réguliers dont souffre l’Afrique subsaharienne. 

Une spécificité qui ne doit pas faire perdre de vue que certains maux sont parfaitement exogènes et constituent une donnée nouvelle ; l'on pense principalement à l'arrivée massive d'islamistes d'obédience wahhabite éloignés, tant dans leur conception de l'Islam que dans sa pratique, de la tradition soufie locale, pour grossir les rangs des rebelles touaregs dans le nord du pays avant de les en évincer. Un islamisme qui s'apparente à un cheval de Troie au sein du mouvement indépendentiste touareg et, à plus forte raison, au sein d'un territoire duquel cette sensibilité intégriste n'a pas naturellement émergé.

 

 

Des politiques publiques inefficientes à repenser en amont

 

Plus structurellement, le problème malien peut, à juste titre, être considéré comme la conséquence indirecte d’une accumulation de politiques publiques fondées sur des choix erronés ou à courte vue, et parfois totalement déconnectées des réalités vécues par les populations.

Ces manquements créent les conditions de retournements qui minent les efforts de démocratisation et de développement, favorisent la montée de la colère sociale, la fixation d’une économie souterraine, un climat d’instabilité politique et, en l’occurrence, renforcent les velléités putschistes et sécessionnistes.

Le constat général est alarmant, mais le propos de la conférence s'est néanmoins défendu de tout afro-pessimisme. En effet, bien que le Mali - pays paisible aux acquis démocratiques indéniables - soit fondé à craindre, à terme, une déferlante des logiques tribales, ethnicistes, religieuses, et leur prévalence sur les principes démocratiques; il existe, selon les intervenants, de nombreuses options à même d'inverser le cours des événements. Des risques de balkanisation du Mali et d'internationalisation du conflit découle un certain nombre d'interrogations sur la nature des moyens à mobiliser pour résoudre la situation à très haut risque que connaît le pays, et à travers lui toute la région sahélienne. De quoi exhorter les responsables à réfléchir avec précaution sur le(s) type(s) d’intervention(s) que les Maliens, la CEDEAO et leurs partenaires français et européens doivent envisager sans que cela n'expose davantage les populations civiles.

Agir pour contenir les effets catastrophiques de la progression des miliciens islamistes et du climat d'anarchie, sans pour autant accroître les lignes de fracture qui se font déjà sentir au sein de la nation malienne ; telle est l'équation - et l'un des défis majeurs - qui attend les principaux Etats et les acteurs civils de cette région. 

 

 

 

Abandon du secteur rural : la mauvaise orientation de l'aide publique au développement sur le banc des accusés

Le Mali intéresse, en outre, les acteurs français de l’aide publique au développement  (APD) qui fait l'objet de controverses quant à sa capacité à répondre efficacement aux besoins de ses partenaires et bénéficiaires. Le Mali et le Sahel paient le désintérêt des grands donateurs et de l'Etat pour le développement rural. Le même décalage entre la réalité et les programmations stratégiques a été constaté en Afghanistan où seulement 5% de l’aide internationale a été placée dans ce secteur, dans un pays pourtant rural à 75% !

Quand le Mali éternue, le Sahel s'enrhume. De là naît la nécessité de penser les moyens d'un retour au statu quo ante, afin d'éviter un "pourrissement" et un effet de contagion qui entraîneraient les pays sahéliens dans un cycle de réveils et de divisions identitaires, accompagnés d'une radicalisation et d'une régression socio-culturelle qui, à leur tour, les feraient irrémédiablement sortir de leur trajectoire de croissance, amorcée au début des années 2000.

Le Sahel est une véritable poudrière. Une conflagration risquerait de compromettre durablement les progrès économiques (une croissance entre 4 et 5%) constatés, malgré des épisodes de sécheresse, dans les pays comme le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger.

Pour Erik Orsenna, "le Mali paie le prix de l’inaction" [politique et économique] de son gouvernement et des partenaires français et européens face à la somalisation rampante de la bande sahelo-saharienne. Aux difficultés économiques des populations s’est greffé ce que ce dernier a nommé "le service après-vente désastreux de l’ingérence en Libye [qui a favorisé le reflux massif de touaregs et autres mercenaires armés]". Une conjonction de facteurs internes et externes qui pose le Mali en "victime collatérale".

 

Combiner enfin sécurité et développement

 

"Sécurité" et "développement" ont été les deux principaux axes complémentaires abordés lors de cette conférence, avec en creux, la critique des décideurs qui envisagent l’articulation de l'un sans l’autre dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques intégrées. Un impératif de sécurité dont le volet préventif gagnerait à être renforcé, afin d'anticiper les actions subversives et le déclenchement de conflits. L'appui en question doit être à la fois financier, matériel et logistique.

Entre mauvais procès infâmants et critiques relativement justifiées portant sur la planification stratégique et opérationnelle, l’APD n’a d’autre choix que de se réinventer en permanence, de revoir ses priorités, sans, bien entendu, que ne soient surestimées son importance et ses répercussions réelles. Car, comme l’a rappelé Serge Michailof, « une aide bien gérée peut faciliter la mise en œuvre d’un accord politique [comme cela serait souhaitable dans le cas du Mali], mais ne peut en aucune manière se substituer à la volonté d’agir des gouvernements africains ».

Le fonctionnement de l'APD n’est, bien entendu, pas exempt de critiques, et tous les intervenants, Jean-Michel Severino en tête, ont regretté voire condamné avec virulence le fait que l’aide soit davantage présentée (et perçue) comme un enjeu d’affichage type "communication politique", avec chiffres gonflés à l'appui, qu’un enjeu d’efficacité et de résultats réalistes et concrets : "Oui, l'APD est inefficace quand elle est gérée idiotement, a tonné Jean Michel Severino, et ne doit plus se limiter à des promesses et à des habillages statistiques"

 

 

La faiblesse de l'État, autre facteur de désordre

Le Sahel a besoin d’une aide conséquente pour assurer durablement son développement. Il lui faudrait recevoir, selon les estimations des intervenants, de 1,5 à 2 milliards de dollars additionnels d’aide par an pendant 10 ans pour espérer approcher de cette objectif. La France quant à elle devrait dégager 300 millions d’euros  par an de subventions, soit 3% de son aide globale, à cette fin. Or, elle n’a consacré que 14 millions d’euros par an au Sahel au cours des trois dernières années (soit 1,4 millième de l'aide globale s'élevant à 10 milliards d'euros) [1].

Sans la présence d’États forts et responsables, dotés d'institutions solides, résolus à entreprendre des réformes profondes, toute aide financière et matérielle s'avère coûteuse et inefficace puisque mal absorbée. Tersus Zongo estime que la faiblesse structurelle de l’État constitue un problème fondamental en Afrique et  le fait le plus saillant dans la crise malienne. Une défaillance combinée à la négligence dont a souffert le secteur rural,  grand oublié des réformes nationales et de l’aide internationale.

La nature a horreur du vide. L’État, a ajouté Tersus Zongo, a laissé se développer en marge de son autorité des zones de contrebande (de drogue, de cigarette, d’alcool et d’armes) où les touaregs de l'Azawad et les islamistes font office de courroies de transmission : "Dans cette partie du territoire, il y a des individus immensément riches, bien plus que l’État lui-même et qui contrôlent plus de structures locales que celui-ci. C’est la volonté politique qui conditionne le succès des réformes de la décentralisation, c'est à l'État de savoir où l’argent de l’aide doit être placé et de veiller à conserver le monopole de ses fonctions régaliennes, dont la sécurité nationale. Par ailleurs, il nous faut cesser [Africains et Européens] de penser uniquement 'l'aide au développement', mais commencer à penser aussi 'l'aide à la sécurité" et agir dans ce sens."

 

Une stratégie d’action globale reposant sur trois piliers : économie, sécurité et renforcement de l'État 

Les responsables politiques et les acteur de l'APD doivent convenir des points suivants : primo, s'appliquer avec grande contention à la redynamisation des zones rurales laissées à l'abandon, et qui, à cause de la désertification et faute de perspectives économiques pour leurs populations, se transforment en zones de non-droit et en plaques tournantes de traffics en tous genres. Secundo, la priorisation des objectifs et missions par l’APD : autrement dit, dans le cas du Mali et de tous les « États fragiles », axer l'aide future sur les besoins élémentaires ( l'autosuffisance alimentaire et l'accès à l'eau potable pour tous). Tertio - et ce point concerne uniquement les gouvernants africains -, la préexistence d'une vision et d'une volonté de planification rigoureuse du développement, dont l'amorce passe par un dialogue inclusif avec toutes les communautés et collectivités.

Dans l’urgence malienne, les experts réunis ont considéré qu’il reste des canaux diplomatiques à explorer et des missions à mener, en appui aux efforts, unanimement salués, de la CEDEAO depuis le renversement du président Amadou Toumani Touré. L'idée d'une intervention militaire directe étrangère qui pourrait effectivement créer un "bourbier dans la région" n'emporte guère l'adhésion même si chacun pressent la confrontation inéluctable.

Gilles Yabi a souhaité mettre l'accent sur les risques de guerre civile à caractère ethnique et de "morcellement du pays" que comporterait une intervention militaire (interne et a fortiori extérieure), tout en soulignant que l'ensemble des Touaregs ne se reconnait pas dans l'action du MNLA et encore moins dans celle des jihadistes d'Ansar el dine et du Mujoa, et que cette communauté pourrait compter parmi les premières victimes d'une guerre interethnique. 

Par ailleurs, même en le voulant, le Mali est actuellement dépourvu d’un leadership et l’armée régulière n’a pas assez de ressorts à faire jouer pour mener seule un combat de longue haleine contre les rebelles sur un territoire aussi immense. L’incertitude pèse cruellement sur cette armée, psychologiquement et matériellement mal préparée. L'option de la négociation reste ouverte, mais à condition que les autorités maliennes légitimes se dotent d'une capacité de dissuasion leur assurant autorité et crédibilité. Un besoin impérieux auquel seule l'aide internationale peut pourvoir.
"Il faut accélérer le temps de la décision et de l'action, car chaque jour voit augmenter un peu plus le risque que les populations se solidarisent avec l’ennemi et que les modes de vie inspirés de la cha'aria s'installent progressivement dans les esprits", a prévenu Tersus Zongo.

 

 

Quel rôle pour la France ?

De toute évidence, le Mali semble éloigné des priorités de l’agenda international. L’État français, bien que suivant de très près son évolution et exprimant de très vives inquiétudes, ne souhaite pas engager ses forces sur ce nouveau terrain incertain, échaudé par l'expérience récente en Afghanistan. Au meilleur des cas, il serait possible d'envisager le déploiement d'une «task force » internationale combinant les axes « politique », « sécurité » et « développement » pour agir dans la durée sur les points de vulnérabilité susdécrits. Dans l’immédiat, l'urgence de la situation exige des moyens politique, diplomatique et logistico-militaire via l'apport d'une assistance et d'une formation accrues aux forces de sécurité maliennes (avec l'accord, il va sans dire, de l'État malien), mais dans le moyen terme, c’est une contribution active à un développement économique ciblé et au renforcement des États malien et sahéliens qui doit devenir l'une des priorités de l'aide internationale.

Le Mali est une crise au temps long qui fait également figure de "procès du bilan de 50 ans d’aide au développement" aux résultats contrastés. Une période durant laquelle les limites criantes de l'aide confiée aux organisations multilatérales et des arbitrages privilégiant une multitude d'autres engagements moins prioritaires ont été éprouvées. Avant un "grand plan Marshall" pour l’Afrique subsaharienne qui financerait, entre autres, les réformes agraires et la décentralisation , il faudrait convenir au préalable de programmes nationaux viables que l’aide étrangère appuierait ensuite par le biais de subventions.

Il est pour l’heure possible de tirer des enseignements préliminaires des éléments qui ont concouru à l'aggravation de la situation malienne, de l'inertie générale et du "laisser-faire" qui ont permis la montée en puissance des milices armées au détriment de l'État. Cette attitude attentiste persiste hélas, tandis que des violations et régressions sont recensées, jour après jour, tant sur le plan humanitaire (exactions contre les civils, pillages, destruction de points d'eau, crise alimentaire et déplacement massif de populations vers le sud du pays[2] ) que des libertés (l'application stricte de la cha'aria, la destruction des mausolées de Tombouctou et l'apparition de crimes d'honneur).

Une nécessaire convergence de vues entre les Africains devra être obtenue pour arriver à une décision commune, et lourde d'implications, qui engagera, en tout état de cause, l'avenir de toute la région.

 

[1] chiffres énoncés dans l'article de Serge Michailof " Le nord du Sahel a besoin d'un plan Marshall pour sortir de la violence " dans lequel celui-ci pointe du doigt notamment le caractère fictif des 10 milliards d'euros d'aide publique dont 4 milliards transitent par les organisations multilatérales, dont l'action est jugée inefficace par l'auteur.

[2] 270 000 personnes déplacées depuis le début de la crise en janvier (estimation du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires - OCHA)



 



 
 
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