Un plan de relance plus juste

Un plan de relance plus juste

La crise gagne du terrain. Contractée dans nos pays, ayant contaminé les grands pays émergents, l’infection n’épargnera pas l’Afrique. Ainsi la Banque Mondiale a-t-elle ramené sa prévision de croissance pour ce continent à 3,3% pour 2009, contre 5,4% en 2008. Dans ces pays la transmission se fait peu par les marchés financiers, mais par la volatilité du prix des produits de base, la chute des volumes d’exportation et des envois de fonds des migrants- qui pour certains représentaient jusqu’à 30% du PIB. Enfin la prégnance de la crise dans nos pays fait craindre une baisse des flux d’aide publique comme des flux de capitaux privés vers le monde en développement : un scénario qui s’est déjà produit par le passé. Pourtant le maintien de la croissance dans les pays en développement – les seuls où les feux de la croissance, même fébriles, resteront allumés en 2009 - est l’une des conditions de la relance dans les nôtres.

 
C’est pourquoi il importe que la relance soit pensée de manière globale. Cette dimension s’impose à nous au double motif d’aider les pays en développement touchés à leur tour par les dérèglements actuels et de contribuer au retour de la croissance économique dans nos pays. Pour être efficace, le remède devra traiter simultanément l’ensemble des symptômes.
 
La relance devra aussi être verte. Car chacune de nos actions doit dorénavant être pensée en cohérence avec l’enjeu climatique et avec la raréfaction de l’ensemble des ressources naturelles. Or il est possible de tirer parti de la relance pour orienter les fonds vers les sujets les plus utiles pour le développement à long terme, comme l’efficacité énergétique ou le développement des énergies renouvelables. Notre monde a besoin de nouveaux grands défis, qui lient le sort du Nord et du Sud. Le pari de la "croissance verte"- que font déjà nombre de gouvernements, notamment la nouvelle administration américaine - remplit ce dessein et peut être le moteur d’une nouvelle révolution technologique.
 
Enfin, pour être durable, la relance devra être solidaire. Il est urgent de penser la gestion des conséquences sociales de la crise sur les sociétés en développement ; notamment parce que la réduction des inégalités est la condition d’une plus grande prospérité à l’échelle globale. Il nous faudra ainsi trouver les "courroies de transmission sociales" permettant d’assurer la protection des populations vulnérables face aux effets immédiats de la crise. Ceci suppose de faire remonter l’agenda alimentaire dans la hiérarchie de nos préoccupations, et de renforcer les secteurs, tels que la santé ou encore la microfinance, qui protègent les plus démunis des conséquences de la dégradation de leur situation socioéconomique.
 
Les conclusions du G-20 de Londres, décidées au plus haut niveau, vont dans le sens d’une relance globale, verte et solidaire. Il nous revient, acteurs du développement, de transformer rapidement cette résolution sans précédent en actions concrètes. Nous en avons les outils. Nous en avons maintenant le mandat. L’Agence Française de Développement, mobilisant toute la force de son bilan, la gamme de ses instruments et les compétences de ses collaborateurs, apportera sa pierre à cet effort de relance globale et juste.  
 
 
Jean-Michel Severino, Directeur Général de l’Agence Française de Développement (AFD)