Une précédente note publiée en 2006 analysait la place de l’Europe dans le monde et concluait à la nécessité de créer, par étapes, un véritable système européen de coopération. Près de trois ans plus tard, les nouveaux enjeux de l’aide au développement – tels que la place croissante occupée par les nouveaux acteurs de l’aide, notamment les pays émergents – et les récentes avancées de la coopération européenne sur la voie d’une plus grande efficacité de son action nous invitent à poursuivre cette réflexion. La présente étude propose un nouveau tour d’horizon des finalités et des particularités de la coopération européenne, faisant le point tant sur les progrès réalisés ces dernières années que sur les perspectives d’avenir, dans le contexte actuel de crise de la mondialisation.
À l’heure des crises internationales – alimentaire, énergétique, climatique et financière –, le monde en développement a plus que jamais besoin d’un partenariat solide avec l’Europe. Mais l’Europe – qui s’interroge aujourd’hui sur son devenir dans la mondialisation – a aussi plus que jamais besoin de partenaires qui se développent. C’est pour elle une condition de son adaptation aux défis contemporains. Il est donc aujourd’hui plus que jamais nécessaire pour l’Europe de prendre la pleine mesure du « sens de l’urgence ».
Le propre des périodes de crise est d’engendrer les réformes nécessaires à leur résolution. Celles-ci peuvent alors enclencher des cercles vertueux – d’ouverture – comme des cercles vicieux – de repli sur soi. La crise financière actuelle interpelle l’Europe dans sa relation au reste du monde, et en particulier à son espace régional le plus proche. Pour faire face aux crises auxquelles elle est actuellement confrontée, l’Europe devra faire – vis-à-vis de ses partenaires – le choix de l’ouverture, c’est-à-dire de l’investissement dans le Sud et dans l’Est.
Premier bailleur de par son effort financier, l’Union européenne – Commission et États membres confondus – fournit près de 60 % de l’aide publique au développement (APD) mondiale, soit l’équivalent de 93 euros par citoyen européen en 2007. Toutefois, malgré son poids financier, la politique européenne de développement est confrontée à un défi stratégique majeur. En effet, pour pouvoir peser dans les débats globaux, l’Europe doit aussi gérer au mieux ses intérêts régionaux. Car, en dépit de l’ampleur de l’aide européenne, les écarts de développement économique et humain qui persistent à l’intérieur des différents espaces proches de l’Union se révèlent insoutenables.
L’Europe se voit aujourd’hui dans la nécessité de répondre au défi de construire une capacité d’intervention politique et opérationnelle à la mesure de son ambition régionale et globale.
à cet égard, 2009 constitue une année charnière pour la politique européenne de développement : au lendemain de l’élection du nouveau Parlement Européen, dans la perspective du renouvellement de la Commission et dans l’optique de la mise en œuvre du traité de Lisbonne, le moment est propice à une réflexion, afin de nourrir ce débat et de définir un mandat pour la Commission en matière de développement.
Jean-Michel DEBRAT
Fondation pour l’innovation politique
Juin 2009
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