Santé

Contexte
La situation sanitaire au Niger présente des défis majeurs à relever. L’espérance de vie moyenne à la naissance ne dépasse pas 59 ans  et 65% de la population nigérienne vit aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté, notamment en milieu rural (63,3% contre 36,7% en milieu urbain), pour une population majoritairement rurale (79% ). Par ailleurs, l’indice synthétique de fécondité du pays, égal à 7,6 enfants par femme  et le plus élevé au monde, contribue à freiner l’amélioration durable des conditions de vie de la population. Enfin, les conditions climatiques (alternance de sècheresse et d’inondations, températures extrêmes), les crises alimentaires récurrentes et les épidémies (rougeole, méningite) aggravent la situation sanitaire, économique et sociale.

Philippe Guionie AFD Niamey Santé
Philippe Guionie AFD Niamey Santé

Les principaux indicateurs sanitaires traduisent la vulnérabilité  des populations nigériennes. Le taux de mortalité infanto-juvénile s’élève aujourd’hui à 127 naissances pour 1.000 naissances vivantes . Ainsi, en 2012, 143.000 enfants de moins de 5 ans sont morts aux Niger, conférant au pays le douzième plus fort taux de mortalité des moins de 5 ans au monde . A l’instar des autres pays de la zone sahélienne, les pathologies à l’origine de ces décès sont principalement le paludisme, la malnutrition (avec un taux de malnutrition aiguë de 14,8% et un taux de malnutrition chronique de 42% en 2012  , qui constituent un problème majeur de santé publique), les affections diarrhéiques et les infections respiratoires aiguës (pneumonie, etc.). Le taux de couverture vaccinale à 52% en 2012, bien qu’en progression constante depuis 10 ans, demeure insuffisant pour offrir une protection efficace. Le taux de mortalité maternelle se situe quant à lui à 554 décès pour 100.000 naissances vivantes , et témoigne lui aussi de l’état de fragilité de la population nigérienne. Concernant le VIH/SIDA, on constate une baisse de la séroprévalence de 0,7 à 0,4% entre 2006 et 2012.
 
De ce fait, les objectifs du millénaires pour le développement (OMD) ne seront pas atteints d’ici 2015.
Cette situation s’explique en partie par un système de santé affaibli qui ne dispose pas des moyens nécessaires pour faire face aux besoins sanitaires de la population. L’accessibilité physique limitée des structures sanitaires, la forte disparité de l’offre entre zones urbaines et rurales, les difficultés d’approvisionnement en médicaments, la pénurie aigüe de ressources humaines et leur déploiement inégal sur le territoire fragilisent fortement l’offre de soins, et constituent les principaux obstacles rencontrés par les populations dans l’accès aux services de santé. A celles-ci s’ajoutent les barrières financières qui limitent considérablement l’accès du plus grand nombre aux services de santé de base.

Le système sanitaire se caractérise par une insuffisance et une répartition très inégale des ressources humaines en santé. En effet, les ratios personnel de santé/population en 2013 sont les suivants  : i) 2,5 médecins pour 44.607 habitants, ii) 2,5 infirmiers pour 9.801 habitants, iii) 2,5 sages-femmes pour 9.555 habitants.

En termes de financement, malgré une évolution significative des dépenses de santé par habitant qui sont passées 18$ par habitant en 2009 à 26$ en 2012. La part de budget de l'état a diminué en 10 ans et se situe à 6,7% du PIB (Comptes Nationaux de Santé 2011).

Le Niger a inscrit le droit à la protection sociale dans la Constitution de 2010 et a adopté en septembre 2011 une Politique Nationale de Protection Sociale (PNPS), dont l’objectif général est d’atténuer la vulnérabilité des groupes défavorisés et d’aider les populations à faire face aux risques les plus significatifs. Le forum sur la protection sociale tenu en novembre 2011 a abouti à une proposition d’architecture et de cadre législatif du système de Couverture Universelle en Santé (CUS), en cours de validation.

 

Photo AFD Niamey - Santé carnet gratuité

Le Ministère de la Santé Publique (MSP) a décidé dès 2005, en accord avec ses partenaires, de développer une approche sectorielle santé au Niger. Cette volonté s’est traduite par la signature en septembre 2005 d’un cadre de partenariat, ainsi que par l’élaboration du Plan de Développement Sanitaire (PDS) 2005-2009 (étendu ensuite à 2010), document de politique sectorielle et cadre stratégique du secteur de la santé, et d’un Cadre de Dépenses Sectorielles à Moyen Terme (CDSMT) pour la santé. Avec la volonté de poursuivre l’approche sectorielle,  le MSP a élaboré un nouveau Plan stratégique national de développement sanitaire (PDS 2011-2015) qui englobe l’ensemble des stratégies et politiques de santé et fixe les priorités d’intervention, assorties d’indicateurs de mesure périodique. Il est décliné en plans d’actions annuels (PAA), assortis de budgets annuels, constituant pour chaque exercice le cadre d’intervention des différentes structures, centrales et périphériques, du MSP.

Le PDS 2011-2015 a retenu huit axes prioritaires :

  • L’extension de la couverture sanitaire avec la réalisation d’investissements (infrastructures et équipements) et la mise en place de stratégies fixes, foraines et mobiles pour accroître l’accessibilité des populations aux services et soins de santé ;
  • Le développement des services de la santé de la reproduction à travers quatre paquets d’interventions axés sur l’amélioration de la Planification familiale (PF), des services de la Santé des Adolescents et des Jeunes (SAJ), de la prise en charge de la santé de l’enfant, de la mère et du nouveau-né. D’autre part, un plan PF 2012-2020 a été élaboré ;
  • La dotation des structures sanitaires en ressources humaines compétentes et motivées selon les besoins : mise en œuvre de la Politique Nationale de Développement des Ressources Humaines et du Plan de Développement des Ressources Humaines 2011 – 2020 ;
  • L’approvisionnement permanent des structures de santé en médicaments, vaccins, consommables, intrants alimentaires et thérapeutiques, réactifs, sang et dérivés ;
  • L’intensification de la lutte contre les maladies faisant l’objet de surveillance intégrée par le renforcement des interventions existantes et le développement de stratégies opérationnelles dans des domaines non encore couverts (hypertension artérielle, diabète, drépanocytose, cancers, etc.), la poursuite de l’intégration de la médecine traditionnelle dans le système de santé et la promotion de la santé ; 
  • Le renforcement de la gouvernance et du leadership à tous les niveaux du système de santé à travers la consolidation de la décentralisation/déconcentration, le renforcement de l’approche qualité, l’amélioration de la gestion des ressources financières et du système de suivi et évaluation ;
  • Le développement des mécanismes de financement du secteur de la santé, en particulier la promotion de mutuelles de santé, d’un système de prise en charge des personnes âgées et des démunies et de l’assurance maladie, et la mobilisation des fonds mondiaux de financement de la santé. Un Fonds Social de santé sera créé (FSSN) ;
  • La promotion de la recherche en santé.

Ces axes prioritaires sont traduits en stratégies et interventions prioritaires/à haut impact (IHI). Sur la base de ces éléments, les structures opérationnelles (districts, régions sanitaires, Maternités de Référence, Centres Hospitaliers Régionaux, EPA et EPIC) élaborent leur plan de travail quinquennal (PTQ) de développement, sur lequel s’appuie l’élaboration des Plan Annuels d’Activités (PAA).

Le MSP prépare les plans nationaux en concertation avec les Partenaires Techniques et Financiers (PTF). Les plans font l’objet d’une approbation par les PTF, avant d’être soumis à l’adoption du Conseil National de Santé (CNS).

Les projets 

Appuis au Fonds Commun santé

Un fonds commun de donateurs, destiné à appuyer la mise en œuvre du PDS, a été créé en 2006, afin de favoriser l’alignement des actions sur les priorités nationales, l’harmonisation des interventions des partenaires, ainsi que la prévisibilité et la stabilité de l’aide internationale disponible.
L’Agence Française de Développement, dans un premier temps en partenariat avec la Banque Mondiale (BM), a contribué à la mise en œuvre du PDS 2006-2010 à travers ce Fonds Commun (FC) Santé extrabudgétaire (CNE 3006 : 15 M d’€ dont 2 M d’€ destinés au financement d’expertise technique au niveau des directions centrales).

Une deuxième contribution au Fonds Commun destinée à appuyer la mise en œuvre du PDS 2011-2015 a été octroyée en 2011 (CNE 1127) pour un montant de 14M€.  Ce concours a été décaissé entre 2012 et 2014 et s’achèvera fin 2014.

Le fonds commun, qui, de 2006 à 2009, a contribué à hauteur de 8% au financement du PDS, était alimenté depuis sa création par deux partenaires : l’AFD et la Banque Mondiale. Ils ont été rejoints par l’AECID en mars 2010, puis  l’UNICEF et GAVI en mars 2011. Le financement de la Banque Mondiale est arrivé à son terme en 2012. L’UNFPA a rejoint le FCS en février 2014.

Le soutien de l’AFD à la politique sectorielle en santé du Niger est en parfaite cohérence avec la stratégie de renforcement des systèmes de santé, et répond à l’engagement fort et renouvelé du gouvernement nigérien en faveur du système de santé depuis 2005. Cette approche a permis, non seulement une harmonisation et une meilleure prévisibilité de l’aide, mais aussi une amélioration des indicateurs de santé maternelle et infantile ; il est donc plus que jamais pertinent de confirmer cet appui, afin d’accompagner le pays vers l’atteinte des objectifs des OMD, et au-delà de 2015, notamment dans l’objectif de CSU.

L’AFD envisage d’apporter un nouvel appui à la politique de santé à travers une contribution au Fonds Commun qui pourrait être octroyée en 2014. Ce projet interviendrait conformément à la stratégie de coopération française dans le domaine de la santé qui cible en priorité, dans ses interventions bilatérales, les pays d’Afrique subsaharienne, et notamment les pays du Sahel et poursuit l’objectif de contribuer à l’amélioration de la santé maternelle et infantile. Il permettrait également de s’inscrire dans les engagements pris lors du G8 en 2010 à MUSKOKA, où la France s’est engagée à contribuer aux OMD 4 et 5 à hauteur de 100 M€ par an à horizon 2015. 

Appuis budgétaires

L’AFD contribue également au financement de la gratuité des soins aux jeunes enfants et aux femmes au titre de fonds d’affectation des différents appuis budgétaires de la France apportés depuis 2006.
L’AFD a octroyé un appui budgétaire en 2012 d’un montant de 50 M€  (10 M€ sur subvention et 40 M€ sur prêt budgétaire) partiellement ciblé sur le secteur de la santé. Au sein de l’enveloppe de don de 10 M€, 5,42 M€ ont été affectés à l’apurement des arriérés à l’égard des formations sanitaires publiques, au titre de la gratuité des soins. Au sein du prêt budgétaire de 40 M€, un montant de 5,49 M€ est consacré au financement de la construction et de l’équipement de Centres de Soins Intégrés.

Une ABG complémentaire octroyée en 2013, d’un montant total de 10 M€ (dont 7M€ pour la réduction des arriérés de l’Etat en priorité dans les secteurs de l’eau, de l’électricité et de la santé) doit permettre de poursuivre l’apurement partiel de la dette de l’Etat envers les formations sanitaires.

Initiative Santé Solidarité Sahel (I3S)

Le gouvernement a instauré la gratuité de la prise en charge des soins préventifs et curatifs des enfants de moins de 5 ans en 2006. Ce mécanisme, pour lequel l’Etat s’est constitué en tiers payant, a permis d’augmenter de manière significative l’utilisation des services de santé des enfants de moins de 5 ans et d’améliorer notablement les indicateurs de mortalité infanto-juvénile. Malgré ces résultats encourageants, des défaillances organisationnelles et financières (circuit complexe et centralisé de remboursement aux formations sanitaires, insuffisance des crédits alloués, outils de gestion inadaptés, importants retards de remboursement des factures par l’Etat) ont eu des conséquences négatives sur la disponibilité des médicaments essentiels et la viabilité des formations sanitaires.

Conscient de la fragilisation des formations sanitaires et de l’enjeu que constitue la pérennisation de cet acquis social majeur, le gouvernement a récemment initié un processus de révision du dispositif d’exemption de paiement des soins, basé sur les recommandations de la Conférence nationale sur la gratuité des soins (mars 2012), dont la création d’une agence autonome de gestion (Fonds Social de Santé Niger - FSSN) et la déconcentration du circuit de contrôle et de remboursement des factures de la gratuité constituent les éléments majeurs.

Le projet I3S financé par l’AFD à hauteur de 6 M€ sur subvention a pour finalité d’améliorer l’accès aux soins des enfants de 0 à 5 ans au Niger. L’objectif est de renforcer et de pérenniser le mécanisme d’exemption de paiement des soins pour les enfants de 0 à 5 ans, à travers l’appui à la mise en œuvre du FSSN.

Les objectifs spécifiques du projet sont : i) d’améliorer le suivi, le contrôle et la gouvernance du mécanisme d’exemption de paiement à tous les échelons ; ii) de simplifier et de sécuriser le circuit des factures, et iii) d’appuyer la mise en place de mécanismes de financement innovants et pérennes.

► Télécharger la fiche projet

 

Autres financements santé

Concernant le volet ONG, l’AFD finance dans le cadre de la FISONG, plusieurs projets régionaux interviennent sur le Niger comme le projet de l’ONG Equilibre et population (CZZ 1567 : 0,8 M EUR sur 3 ans) qui promeut la demande des adolescentes en services de santé sexuelle et de la procréation au Burkina Faso, au Bénin et au Niger. L’Agence finance également un projet du GIP ESTHER (CZZ 1384 : 1,3 M EUR sur 3 ans) en Côte d’Ivoire et au Niger qui vise à renforcer les capacités du personnel paramédical à la prise en charge de l’infection au VIH.

 

Mise à jour en octobre 2015

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