Gestion intégrée des déchets dans les villes des Gonaïves et du Cap-Haïtien

Bien que les villes du Cap-Haïtien et des Gonaïves n’aient pas été directement touchées par le séisme du 12 janvier 2010, elles en subissent d’importantes conséquences indirectes. En effet, 850 000 personnes ont quitté la capitale et se sont réfugiées dans les villes de province dont 350 000 dans la région Nord selon l’Agence de Protection Civile haïtienne. Ce mouvement migratoire accroît encore un peu plus la pression sur ces deux villes. Dans le secteur urbain, les documents élaborés par l’État suite au séisme mettent le rééquilibrage Port-au-Prince par rapport à la Province au cœur de l’agenda politique. La décentralisation politique et le développement d’une économie dans les villes secondaires sont présentés comme indispensables à la croissance du pays. La reconstruction de l’État haïtien prendra des années et les collectivités locales peuvent ainsi constituer une échelle pertinente pour la reconstruction d’institutions publiques efficaces à moyen terme.

Pays historiquement rural, la paysannerie haïtienne représentant l’essence même de la nation, Haïti devient peu à peu un pays de citadins. De grandes villes émergent, contribuant à structurer le territoire national. Mais cette urbanisation s’est faite sans contrôle ni aménagement, la bidonvilisation étant largement perçue comme un tropisme local contre lequel on ne peut rien. L’arrivée de déplacés du séisme accentue la pression foncière et la précarité dans les villes de Gonaïves et de Cap Haïtien. Les récentes lois de décentralisation ont transféré de nombreuses compétences aux communes et les maires sont aujourd’hui élus au suffrage universel. Mais cette décentralisation est largement virtuelle, le transfert de charges ne s’étant pas accompagné de transfert financier. Ainsi les communes se trouvent sans moyen pour gérer leur territoire, maîtriser leur développement et fournir les services publics essentiels. Pour autant, l’apparition d’élus locaux a changé la donne localement, puisque ces édiles doivent aujourd’hui rendre des comptes aux citoyens sur des projets locaux et concrets. L’échelon communal peut ainsi jouer le rôle de porteur de projets et de fédérateur d’initiatives locales. C’est particulièrement le cas pour la collecte des déchets, filière qui repose essentiellement sur l’activité d’entreprises ou d’ONG de quartiers.

Dans son Plan d’Action post-séisme, le gouvernement formule la nécessité de s’appuyer sur les provinces pour structurer le développement socioéconomique national. Le Cap-Haïtien est la métropole du nord, tournée largement vers les États-Unis. La ville dispose d’un réel potentiel de développement touristique et économique. Le département du Nord est d’ailleurs considéré comme prioritaire en termes d’investissements économiques suite au séisme du 12 janvier. La municipalité y est certainement la mieux structurée d’Haïti, même si ses moyens restent très faibles. La question des déchets y est prioritaire, notamment dans une optique de développement touristique à moyen terme et d’amorce d’un « cercle vertueux de développement ». De ce point de vue, la situation est catastrophique, puisque la majeure partie des déchets collectés est revendue et déversée dans la mangrove qui borde la ville, contribuant à créer des « polders » de déchets. Les Gonaïves, ville de l’Indépendance, est très fréquemment soumise aux risques d’inondation. À deux reprises, en 2004 et 2008, la ville a été submergée par un torrent de boue, la laissant anémique, faisant des milliers de victimes et obligeant à sa quasi reconstruction. La question des déchets est prioritaire, les cyclones ayant détruit le peu d’équipements existants.

Objectifs et contenu du projet

Au Cap Haïtien, la révision de l’ensemble du système de collecte et traitement des déchets constituera la principale composante du projet. Cette refonte de la filière s’accompagnera d’actions de renforcement de capacités, en partenariat avec la ville de Suresnes qui a développé une coopération décentralisée avec le Cap-Haïtien. Le projet s’inscrit dans les mesures à court terme du plan de redressement national visant à renforcer l’administration territoriale.  Enfin, il est proposé d’amorcer une politique de mise en valeur du patrimoine urbain du Cap-Haïtien, le plus important d’Haïti.
Aux Gonaïves, le projet financera la réorganisation de la filière et l’aménagement d’un centre d’enfouissement technique (CET). Outre cette composante centrale, un important dispositif d’assistance technique est envisagé. Enfin, la problématique clef de la ville étant la question de la protection contre les inondations, il est proposé d’appuyer la municipalité pour l’urbanisation du plateau du Morne Blanc, vaste zone située à la périphérie de la ville. Cet espace pourrait accueillir le développement futur de la ville (qui est accéléré par l’arrivée des sinistrés du séisme), car situé à proximité d’importantes voies de communication et sur des terrains non inondables. L’ensemble du projet d’appui aux Gonaïves a été élaboré et sera mis en œuvre en partenariat avec les acteurs de la coopération décentralisée : Région Île-de-France, SIAAP (Syndicat d’assainissement de Paris), Suez-environnement et ARENE (Agence régionale pour les énergies nouvelles). L’AFD et ces partenaires sont regroupés dans un « comité Gonaïves », qui permet une mutualisation des moyens et un dialogue stratégique constant et durable.

Les composantes du projet sont donc les suivantes :

Aux Gonaïves et au Cap Haïtien :

  • gestion des déchets, tant les investissements que l’appui à la gestion (formation, équipement, règlementation, exploitation, études…) ;
  • renforcement des capacités municipales (fiscalité, formation, assistance technique…) ;

Aux Gonaïves :

  • aménagement du plateau du Morne Blanc (plan d’aménagement, aménagement de parcelles, voirie primaire, équipements…) dans une optique de projet pilote.

Au Cap-Haïtien :

  • valorisation du patrimoine (inventaire, règlementation, sensibilisation, études, projets pilote de réhabilitation / valorisation) dans une optique de classement du site.

Coût et financement

L’AFD a approuvé l’octroi d’une subvention de 6 millions d’euros pour ce projet.

Mise à jour en janvier 2012