Financer des biodigesteurs : réduire les émissions de gaz à effet de serre en améliorant les conditions de vie des populations

L'AFD a accordé un prêt de 500 000 euros à la Fondation Good Planet, en association avec l'ONG indienne SKG Sangha, pour l'installation de biodigesteurs dans les villages de la région de Bangalore. L'objectif de ce projet est d'accélérer et de réaliser à plus grande échelle les programmes des ONG qui contribuent à l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en améliorant le quotidien des populations qui devraient trouver dans l'accès au marché des crédits carbone une source supplémentaire de revenus.

 

Des solutions pertinentes qui concilient le droit au développement et la lutte contre le changement climatique

Les négociations internationales sur le climat entreprises depuis le Protocole de Kyoto, butent sur des écarts et des déséquilibres que dénoncent les pays du Sud.  Celles-ci sont tendues, compte tenu des enjeux économiques très importants (plusieurs centaines de milliards de dollars seront nécessaires pour l’adaptation au changement climatique et pour l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre - GES).

Les pays du Sud défendent leur droit au développement et reprochent aux pays du Nord leur contribution historique à l’accroissement du stock de GES. Il est donc très important, pour faciliter le bon aboutissement des négociations à venir, que de nombreux projets concrets puissent démontrer d'une part qu’il est possible de concilier droit au développement et lutte contre le changement climatique, et d'autre part, que les pays du Nord s’engagent dans un soutien additionnel aux pays du Sud.

 

 
Photo © GoodPlanet

 

Le développement du biogaz : une réponse concrète à la problématique "développement et environnement" 

La politique publique initiée par l'État indien depuis 1981 dans le cadre du "National Project on Biogas Development", a permis de développer 4 millions de biodigesteurs. À ce jour, le ministère des Sources d'énergie non conventionnelles (MNES) estime le potentiel pour les digesteurs familiaux à 12 millions d'unités (dont 700 000 au Karnataka) et maintient des objectifs de construction d'environ 100 000 unités supplémentaires par an (dont 4000 au Karnataka). Le potentiel pour le développement des biodigesteurs est donc très important dans ce pays (pour mémoire, on compte 30 millions de foyers équipés d’un biodigesteur en Chine).

Un mécanisme financier pour aider les foyers à s'équiper en biodigesteurs

En pratique, le niveau des subventions mises en place par le gouvernement ne permet pas de répondre à la demande des foyers ruraux. La subvention pour l’investissement dans un biodigesteur, de l’ordre de 2800 Rp (40 euros), représente 15% du coût de construction du biodigesteur. Cette aide est très insuffisante surtout si l’on considère que le coût d’un biodigesteur équivaut au revenu annuel moyen d’une famille rurale. Les ONG viennent ainsi compléter l’effort de l’État indien. L’idée d’un mécanisme financier permettant de mobiliser d’importantes ressources extérieures a été émise afin de les aider et de renforcer leurs actions, a été émise. Celle-ci devrait permettre de valoriser sur le marché carbone les économies de CO2 réalisées par la substitution du biogaz aux énergies fossiles, malgré une tendance baissière du prix de la tonne de carbone constatée ces dernières années. Le projet a été enregistré le 30 janvier 2012 par le Gold Standard (label internationalement reconnu qui vise à s’assurer de la réalité et du caractère mesurable des crédits carbone mis sur le marché volontaire), ce qui devrait permettre prochainement la mise sur le marché volontaire de crédits carbone pour les années 2010 et 2011).

Un grand nombre de retombées positives directes et indirectes 

Les effets économiques, sociaux, environnementaux et sanitaires de ce projet sont nombreux et ne sont pas tous facilement mesurables. D'un point de vue économique, La génération attendue de crédits carbone par la réduction des émissions de GES devrait constituer une source de revenus pour les foyers. Par ailleurs, les femmes disposeront de sources financières supplémentaires grâce à la vente du vermicompost [produit fertilisant issu de la transformation des fumiers].

Enfin, des études démontrent que le temps libéré pour les femmes et les filles, grâce à la suppression de la corvée de ramassage du bois est généralement employé à des activités ayant une forte valeur économique telle que l'école pour les filles, une meilleure éducation des enfants par les mères etc.

photo : biodigesteur (afd) 

Une déforestation et une pollution domestique moindres

Du point de vue environnemental, ce projet contribue à la préservation de la biodiversité dont les forêts constituent la principale source. En l'absence de dispositifs tels que les biodigesteurs, les déchets animaux sont stockés dans des fosses et leur fermentation produit du méthane et du CO2 qui se diffusent dans l’atmosphère. Les biodigesteurs permettent de maximiser la production de méthane et de l’utiliser comme source d’énergie pour cuire les aliments. 

Un tel procédé de recyclage évite aux familles d'avoir recours au bois comme source d’énergie, ce qui, compte tenu de l’absence de gestion durable des forêts, se traduit par une déforestation (avec des effets induits négatifs sur la biodiversité). Action Carbone estime que la combinaison de ces deux effets entraîne une réduction des émissions de GES supérieure à 5 tCO2eq par an et par biodigesteur. Au total, les 1 900 biodigesteurs de la phase 2 permettront de réduire les émissions de GES de 10 000 tonnes CO2eq chaque année. 

Portée sociale du projet : les femmes aux avant-postes

Le projet permettra une amélioration de la santé des populations grâce à la réduction de la pollution domestique qui provenait des fumées de combustion du bois. Par ailleurs, l’appropriation par les femmes des revenus de la vente d’engrais tiré des biodigesteurs renforce, selon SKG Sangha, leur positionnement au sein des familles.

Ce projet doit servir de pilote pour démontrer à une échelle unitaire que le montage financier est pertinent et pourrait être étendu à d’autres ONG ou être mis en œuvre à une échelle plus importante.  

 

Dates et montants

Date de signature : 15 octobre 2009

Durée : 12 ans dont 4 de différé

Catégorie : prêt concessionnel non souverain

Montant du prêt AFD : 500 000 Euros

Investissement total : 1,6 millions d’Euros

Montant décaissé : 100% du prêt AFD

 



 

 

Mise à jour en avril 2013

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