L’AFD est fière de son action ancrée dans le développement économique et social au quotidien

À l’occasion des 20 ans de présence de l’AFD au Laos,
3 questions à André Pouillès-Duplaix, directeur de l’AFD à Vientiane de 2011 à 2015.

Le Laos est un des pays mal connus d’Asie du Sud-est. Vous qui aimez ce pays, pouvez-vous nous le présenter ?

Le Laos est un pays enclavé, inséré entre trois dragons asiatiques que sont la Chine, le Vietnam et la Thaïlande. Constitué aux trois quarts de sa surface de reliefs montagneux, le Laos est aussi traversé du Nord au Sud, dans sa partie occidentale, par la Mère des Fleuves, le Mékong. Son bassin hydrographique ainsi que ses principaux affluents confèrent au pays un statut particulier en lui donnant une puissance indéniable dans le cadre du potentiel hydro-énergétique à développer (23 000 MW), ce qui pourrait faire du Laos la « pile » de l’Asie du Sud-est, avec qui plus est une énergie renouvelable.

D’autres richesses viennent compléter le tableau : une biodiversité faunistique et floristique rare qui place le Laos au premier plan du hot spot de la péninsule indo-birmane, des ressources minières importantes encore très peu exploitées (étain, charbon, minerai de fer à haute teneur, saphirs, zinc, plomb, cuivre, or, etc.), un patrimoine historique, architectural et bâti de grande ampleur et très diversifié : deux sites sont déjà inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (Luang Prabang en 1995 et Vat Phu - Champassak en 2001) et deux autres sites sont en lice (la Plaine des Jarres et le massif karstique de Hin Namno).

S’ouvrant doucement depuis la fin des années 80 à l’économie de marché, le Laos reste encore marqué par une politique à régime unique communiste d’obédience marxiste-léniniste, entraînant une défiance vis-à-vis de l’extérieur ainsi qu’un certain nombre de rigidités et de lourdeurs administratives, mais véhiculant aussi certaines valeurs en termes de solidarité, d’équilibre dans l’aménagement du territoire et de reconnaissance du patrimoine immatériel du pays (tant culturel que religieux).

A la différence de ses voisins, le Laos est encore peu densément peuplé : 6,7 M d’habitants en 2012, soit une densité de moins de 30 habitants au km2. La jeunesse de sa population mériterait des efforts d’accompagnement plus soutenus en matière d’éducation et de formation professionnelle – notamment au regard des défis que le pays va devoir relever dans le cadre de la création du marché commun de l’ASEAN (fin 2015 ou début 2016).

Ces dernières années, le Laos devient une destination de plus en plus fréquentée par les touristes occidentaux, mais aussi asiatiques (près de 4 millions de visiteurs en 2013) et une place où les investisseurs commencent à se presser (notamment grâce aux avantages comparatifs que sont le prix de l’électricité, la position de « carrefour » du pays et sa stabilité).

Et une fois que vous y allez, comment ne pas tomber sous son charme ?


Que fait l’AFD au Laos ? Quels sont ses secteurs d’intervention ? Les projets phares ?

L’AFD a été autorisée par le Président François Mitterrand à intervenir au Laos dès 1993, avec pour mandat unique de travailler dans le secteur de l’agriculture et le développement rural. Elle y a financé des projets de développement rural intégré dans trois régions assez contrastées du pays : le district de Phongsaly dans la partie septentrionale à la frontière du Yunnan, le plateau des Bolovens dans la partie méridionale, où la caféiculture était déjà implantée et la province de Sayaboury, à l’ouest du pays et frontalière de la Thaïlande. De ces trois expériences régionales est né un projet qui faisait le lien entre politiques publiques et mise en œuvre sur le terrain.

L’AFD est également intervenue dans l’irrigation, auprès de la Faculté d’Agriculture de Nabong pour une meilleure employabilité de ses diplômés, pour la promotion d’une agriculture de conservation et la valorisation des indications géographiques.

Forte de ces expériences, et ayant gagné une grande légitimité tant vis-à-vis des autorités lao qu’à l’égard des partenaires au développement, l’AFD est devenue, au début des années 2000, chef de file sur le secteur et à ce titre elle copréside, avec le ministère de l’Agriculture et des Forêts lao, le groupe de travail sur l’agriculture et le développement ainsi que le groupe sur les régions montagneuses « Uplands ».

Au sein de ces instances, l’Agence peut témoigner des résultats obtenus dans le cadre des projets qu’elle finance, dont voici quelques exemples :

Tout d’abord, le NUDP (Northern Uplands Development Programme), qui intervient dans trois districts de trois provinces du nord du pays : Hua Phanh, Luang Prabang et Phongsaly. Il s’agit d’une tentative noble d’« approche programme » (avec convergence des points de vue des bailleurs de fonds qui le financent : Union européenne, coopérations allemande, française et suisse). Le projet est sans doute très (trop ?) ambitieux. Il se propose néanmoins de faire la démonstration que l’agriculture est un secteur productif durable, que les exploitants agricoles connectés au marché peuvent tirer leur épingle du jeu et que leur force réside dans leur organisation. Cela ne vaut-il pas le coup d’être tenté ?

On peut également citer le projet de renforcement des capacités commerciales du café des Bolovens, qui aide l’AGPC (Association des groupements de producteurs de café, qui défend une production biologique et équitable, en partenariat avec l’entreprise Malongo) à poursuivre sa structuration, et à promouvoir l’émergence d’une Interprofession. Cet appui, modèle du genre aux yeux des autorités lao, permet la construction de « contre-pouvoirs » à la base et de défendre les intérêts d’une agriculture familiale, seule à même de permettre la captation de la valeur ajoutée au Laos et la pérennisation de la croissance du secteur avec une forte inclusion sociale. Le café des Bolovens s’est invité à Paris au Salon international de l'agriculture de Paris 2014 et sera demain une indication géographique promouvant son terroir et ses valeurs.

Enfin, si l’AFD a beaucoup œuvré dans le cadre de l’agriculture et du développement rural, et va pour les prochaines années se concentrer sur ce secteur (dans le cadre de ses financements en subventions), elle est également intervenue de manière continue, depuis 1998, sur le développement urbain dans un contexte de protection patrimoniale. Les dernières interventions en cours (PADUL I et II : projets de développement urbain de Luang Prabang et de Vat Phu - Champassak) permettent de mettre en valeur différents éléments patrimoniaux remarquables et d’avancer sur l’adaptation de la stratégie tourisme aux contextes locaux, en évitant les écueils de la muséification et le caractère intrusif de certains touristes.

L’AFD, visible au cœur de la vie de quartier, est fière de son action ancrée dans le développement économique et social au quotidien.


L’AFD fête ses vingt ans de présence au Laos, quel bilan tirez-vous de la coopération franco-lao ? Et quelles sont les perspectives pour les années à venir ?

Vingt ans déjà ! Et que de bonheurs partagés, même si tout n’a pas été simple et qu’il reste encore du chemin à parcourir ensemble. Cette coopération demande un effort de continuité, parce qu’elle doit s’ancrer dans la confiance mutuelle, au-delà des barrières culturelle, linguistique, voire idéologique. J’en veux pour preuve le travail mené de conserve avec la Régie des eaux de Vientiane (Nam Papa Nakhone Luang), avec deux projets d’extension des réseaux d’eau potable de la ville et la création d’un centre de formation professionnelle aux métiers de l’eau. Le tout couronné récemment par la remise à l’AFD d’une médaille de travail de première classe accordée par le Président du Laos et d’un tableau d’honneur par le directeur général de la Nam Papa Nakhone Luang ! Et maintenant que les efforts commencent à porter leurs fruits, il est question de s’engager sur la voie du financement non souverain pour une concrétisation à moyen terme.

Car au-delà des financements en subventions que l’AFD pourra continuer à octroyer pour le secteur agricole et le développement rural, un des enjeux est bien le financement, à une échelle plus large (le montant des projets étant sans commune mesure avec celui des subventions), des infrastructures des entreprises et banques publiques (voire privées) de ce pays. Même s’il ne faut pas se masquer le fait que cela risque d’être difficile et de nécessiter un accompagnement dans la durée.

Sans compter que demain (ou après-demain), le FMI pourrait améliorer sa cotation du risque de surendettement du Laos en le faisant passer de risque modéré à faible, ce qui autoriserait l’AFD à octroyer des prêts souverains.

Inséré au cœur de l’ASEAN, à la frontière chinoise, le Laos est un acteur de la dynamique régionale à l’œuvre depuis bientôt quinze ans et pourrait en tirer des bénéfices réels, tant pour son économie que pour les populations qui y résident. Il eût été dommage que l’AFD ne fît pas partie de cette aventure asiatique.

Mise à jour en décembre 2015

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