Paroles d'experts

« Les Maliens sont conscients de la responsabilité qui leur incombe d’être à la hauteur de la solidarité internationale »

29/05/2013

A l’issue de la conférence « Ensemble pour le renouveau du Mali », qui s’est tenue à Bruxelles le 15 mai dernier et qui a permis de recueillir plus de 3,2 milliards d’euros de promesses d’aide de la communauté internationale, Yves Boudot, le directeur du département Afrique de l’AFD, et Bruno Deprince, directeur de l’agence de l’AFD à Bamako, apportent un éclairage sur les perspectives de relance des projets de développement du pays.

Que dire de la situation actuelle au Mali ?
YB : Tout d’abord il convient de préciser que l’économie du Mali ne s’est pas effondrée du fait des événements. Son effondrement militaire et son effritement politique ont été certes rapides mais l’économie a été relativement épargnée.
Le Mali n’a donc pas à être reconstruit sur un plan économique. Très peu d’actifs de production ont été détruits. En effet, le nord du Mali, zone du conflit, représente un poids plutôt faible en termes d’activité économique. Les experts tablent même sur un rebond important de la croissance en 2013.
Mais le pays reste le cinquième pays le plus pauvre du monde et ses besoins sont immenses.

L’AFD a-t-elle continué de travailler au Mali pendant la période des événements (du coup d’Etat à l’intervention militaire Serval) ?
Yves Boudot : La « coopération civile et militaire » avait été en effet suspendue en mars 2012, et nos expatriés avaient été rapatriés, mais l’agence a continué de travailler.
La présence des trois chargés de projets maliens et le pilotage par le siège ont permis aux projets antérieurs à la crise de progresser. Cela dit, aucune instruction de nouveau projet n’était possible, sauf pour les projets d’ONG.

Quelles sont les plus grandes difficultés actuellement que vous rencontrez pour mener à bien tous les projets de financement ? Des problèmes de sécurité ?
Bruno Deprince : Le plus dur aujourd’hui, ce ne sont pas les questions de sécurité, qui sont bien intégrées, mais plutôt la succession de gouvernements de transition : trois depuis avril 2012. Nos interlocuteurs changent, l’administration est encore « en chantier » si vous me permettez l’expression et est faiblement équipée pour répondre aux besoins de la population, d’une part, et aux demandes croissantes des bailleurs de fonds, d’autre part.

YB : Cette situation était déjà un problème majeur pour un pays comme le Mali avant les événements : un pays pauvre avec une administration manquant cruellement de ressources et de compétences pour bien gérer un pays aux multiples besoins…

BD : Cette instabilité va se prolonger avec la période d’élections dans laquelle le pays entre : l’élection présidentielle débutera le 28 juillet, et sera suivie d’élections législatives. Le retour à une vie démocratique « normale » devrait, si tout va bien, se mettre en place pendant le second semestre 2013 et permettre une stabilisation politique du pays.

© Crédits : CIA

 

Que change pour l’AFD la présence de l’armée française dans le pays ?
BD : Rappelons d’abord que l’intervention française a été très appréciée par les Maliens : une présence militaire française n’a jamais été aussi favorablement accueillie dans un pays africain.
En ce qui concerne l’AFD, nous avons une très bonne collaboration avec les forces de l’opération Serval. Cela rend le métier de développeur un peu particulier. Nous sommes en contact permanent ! Ils nous apportent un soutien logistique en cas de déplacement dans les zones à risque dans le nord du pays. Ils nous transportent en avion, par exemple, ou  assurent la sécurité des agents de l’AFD (expatriés comme Maliens) en visite sur le terrain.

Mais notre collaboration va au-delà de la logistique. Nous sommes également en contact pour appuyer les administrations et les établissements financiers maliens qui ont besoin de rebâtir et se réinstaller dans les villes du nord.
Par ailleurs, les membres de Serval nous appellent pour solliciter notre avis lorsqu’il s’agit d’intervenir sur la réparation d’infrastructures détruites par les forces djihadistes.
 
Qu’a apporté la conférence des « Amis du Mali » à Bruxelles le 15 mai ?
BD : Les promesses de dons des bailleurs sont très importantes : plus de 3,2 milliards d’euros sur deux ans. On ne s’attendait pas à un tel succès, les premières estimations tablaient sur environ deux milliards.

YB : Oui, une telle marque de solidarité de la part des donateurs est une excellente surprise pour les Maliens. Mais ces donateurs ont fait part de leurs exigences en matière d’allocation des fonds et les Maliens sont conscients que nombre de ces promesses d’engagement sont conditionnées à la tenue d’élections qui permettraient de stabiliser le pays. Il faut donc un agenda politique réussi, sur lequel viendra se greffer un calendrier de déblocage de fonds de la part des bailleurs. Les attentes des bailleurs sont également fortes en termes d’amélioration de la gouvernance, afin notamment d’améliorer le climat des affaires pour favoriser le développement du secteur privé.

BD : Les Maliens se rendent compte du vrai challenge que ces montants représentent ; il y a une fenêtre d’opportunité pour bénéficier de ces financements des partenaires étrangers mais il y aussi une interrogation : comment absorber cette manne, avec une administration en chantier ? La réponse est difficile à donner tant qu’on n’a pas de gouvernement stable au pouvoir.

La France, et plus particulièrement l’AFD, peut-elle accompagner le Mali dans ce défi ?
YB : Les promesses françaises, avec 280 M€, représentent environ 8% des annonces totales. Donc, même si nous sommes des partenaires de longue date du Mali, il convient de rester modestes sur le rôle que joue la France, et ce même si nous sommes les chefs de file sur certains dossiers comme celui de l’eau potable à Bamako. Les principaux partenaires du plan de relance durable du Mali sont l’Union européenne, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale. La France ne pourra accomplir seule, en termes de développement, ce qu’elle a réalisé au niveau militaire. En outre, rappelons qu’il existe très peu d’entreprises françaises implantées au Mali ; le niveau des investissements directs étrangers (IDE) français y est assez faible.

BD : Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de relance de l’ensemble de nos activités. Notre équipe s’étoffe progressivement, mais nous devons nous adapter à ces contraintes de ressources humaines. Et les Maliens apprécient beaucoup notre action auprès d’eux, qu’elle soit civile ou militaire.

Ce que vient de connaître le pays – le coup d’Etat, l’envahissement partiel par les groupes armés islamistes et indépendantistes, l’intervention militaire pour rétablir l’intégrité territoriale du pays – a-t-il agi comme un « électrochoc » en termes de développement du pays ou, au contraire, remet-il en cause les efforts déployés jusqu’ici ?
YB : Disons que l’électrochoc de la situation politique et militaire renforce le besoin de développement territorial et particulièrement dans le nord du pays. C’est un moment propice pour relancer des projets dormants dans le Nord, des infrastructures, des routes pour rejoindre cette zone isolée.

BD : La conférence de Bruxelles envoie tout de même un vrai message de la part des donateurs, qui a fait du bien aux Maliens. Ils ont compris qu’ils doivent se saisir de cette opportunité et le fait que l’AFD entende participer à son modeste niveau au renouveau du Mali est très apprécié .

Quelles sont les priorités du pays d’une part et des bailleurs de fonds tels que l’AFD d’autre part aujourd’hui ?
BD : Sur le long terme, selon nous, le vrai moteur de développement du Mali sera le secteur privé. En effet, le climat des affaires du pays ne bénéficie pas de bons indicateurs auprès de la communauté internationale. Mais cela prendra du temps.
Plus généralement, tout est à faire au Mali.
L’AFD y a trois axes d’intervention : l’agriculture et le développement territorial, en accompagnement de la décentralisation, dont la nécessité est apparue davantage évidente avec les événements ; le développement humain qui regroupe l’éducation, la formation professionnelle et la santé ; et enfin les infrastructures, indispensables, et notamment en milieux urbains, les développement des villes devant être davantage harmonieux et répondre aux besoins de tous.
Cependant, parallèlement à ces trois axes, nous intervenons dans de nombreux autres domaines, notamment le secteur privé, et nous soutenons massivement le travail des ONG.
Le domaine dans lequel nous comptons appuyer davantage  le Mali est celui de l’énergie. Le pays a besoin d’une énergie propre et bon marché, pour permettre le développement de ses activités économiques. Pour cela, le secteur de l’énergie doit être restructuré et les importations d’énergie facilitées au niveau régional.

YB : Les problèmes énergétiques sont une constante dans tout le Sahel et ce, depuis des décennies. Les événements au Mali n’ont fait qu’accentuer la situation déjà dégradée d’un pays enclavé, sans ressource pétrolière connue à ce jour.

Comment peut-on aider le secteur privé à se développer et à tirer la croissance du pays vers le haut ?

BD : Parallèlement à l’amélioration des infrastructures, de l’accès à l’énergie et à une plus grande qualification des ressources humaines par l’éducation, nous tentons d’améliorer l’accès au financement pour les entreprises maliennes, petites et grandes.
Dans le secteur de la micro finance, le ministre des Finances nous a demandé de l’appuyer dans la démarche de restructuration qu’il souhaite engager car ce secteur se porte mal . Nous avons répondu favorablement à sa demande au travers  du lancement d’une étude qui facilitera la prise de décisions dont certaines seront douloureuses mais aussi l’accompagnement du développement des structures saines. Pour accompagner le développement des entreprises plus grosses, nous proposons aux banques maliennes de « partager les risques » pour qu’elles puissent emprunter et investir. Ce système de garantie dénommé ARIZ est efficace et très apprécié par les Maliens.
En outre, Proparco, la filiale du groupe AFD qui s’adresse spécifiquement aux entreprises privées, a relancé ses activités au Mali dès le mois de mars dernier. Cette posture volontariste permet d’envoyer un signal de confiance au monde des affaires présent au Mali qui en avait bien besoin ces derniers temps.



Interview inédite de Stéphane Hessel - Conférence "Contre la faim, soyons cohérents"

27/02/2013

Stéphane Hessel, Président d’honneur du CFSI, Ambassadeur de France, co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, a été interviewé dans le cadre de la conférence "Contre la faim, soyons cohérents", organisée à Paris par l'AFD et le CFSI le 4 octobre 2012.

L'interview est à découvrir ici :

 



Éducation et formation en Afrique : quels enjeux ? Quels nouveaux outils ?

06/09/2012

Où en est aujourd'hui l'Afrique subsaharienne en matière d'éducation et de formation professionnelle ? Est-elle en mesure d'accompagner ses futures générations vers l'emploi ? De quels atouts et outils dispose t-elle? Quatre experts de la division éducation (EDU) nous apportent dans une interview vidéo des éléments de réponse à travers un panorama de la problématique éducative et formative en Afrique subsaharienne.

 

  Crédit photo : 2iE, AFD

 

En Afrique, les deux tiers de la population ont moins de 24 ans

L’éducation est à la fois un droit fondamental et l’une des clés du progrès social et du développement économique, essentiel à la lutte contre les inégalités. En Afrique , 2/3 de la population a moins de 24 ans. Cette jeunesse est l’avenir du continent, son plus grand espoir mais constitue aussi un énorme défi pour le développement puisque 20% des jeunes sont actuellement au chômage. 
Cette croissance doit à tout prix rester un atout pour bâtir une Afrique innovante, productive, économiquement solide et socialement solidaire, et non devenir un obstacle à ses chantiers de développement. Pour y parvenir, il lui faut miser en priorité sur l'éducation et la formation professionnelle.  

 

Éducation de base mais aussi formation professionnelle

Avec cette tendance démographique et la montée du chômage, il est nécessaire d'intégrer dans notre approche non seulement les préoccupations relatives à l'éducation de base mais également à l'enseignement secondaire, supérieur, la formation professionnelle, avec un accent mis sur  l’insertion et l’emploi des jeunes . Face à ces défis, l'AFD au cours des dix dernières années a investi plus d'un milliard d'euros dans le secteur de l'éducation/formation, dont 2/3 sur le continent africain. Et dans les trois prochaines années, ses financements dans l'éducation devraient s'élever à plus de 500 millions d'euros, toujours majoritairement sur le continent africain.
(Synthèse de l'intervention de Virginie Bleitrach).

 

L’effectif scolarisé a augmenté de 31% en dix ans

Depuis une dizaine d’années, des progrès considérables ont été faits en termes d’accès à l’école primaire. L’Afrique subsaharienne a enregistré les résultats les plus importants ces dix dernières années.

Entre 1998 et 2009, l’effectif scolarisé a augmenté de 31% (soit 58 millions d'élèves supplémentaires).

En dépit de ces résultats, 1/4 des enfants qui devraient être à l’école n'est toujours pas scolarisé. C’est désormais aux autres cycles d’enseignement qu’il faut améliorer l'accès, notamment le cycle secondaire. Seuls 34% des enfants y accèdent à l'heure actuelle.

 

 

Le défi de la qualité de l'enseignement

 

Actuellement, 47 millions de jeunes en Afrique subsaharienne ne disposent pas des compétences de base pour lire et écrire. L’AFD s’est attachée ces dernières années à soutenir les réformes nationales éducatives en appui avec les autres partenaires techniques et financiers.

(Synthèse de l'intervention de Marion Butigieg)

 

 

 

 

La formation professionnelle devient enfin une priorité des politiques publiques

 

La formation professionnelle est un secteur en pleine expansion dans la majorité des pays d'Afrique subsaharienne. Leurs dirigeants ont placé parmi leurs priorités la formation professionnelle et l'insertion des jeunes. 

Cela dit, l'on part de loin, car beaucoup de pays ont des dispositifs de formation sous-dimensionnés, des équipements obsolètes, des formateurs n'ayant pas bénéficié de recyclage de formation continue depuis très longtemps. 

 

 

Faire correspondre l'offre et la demande sur le marché du travail 

 

Il résulte des éléments précédemment énoncés qu'un grand nombre de jeunes en fin de cursus, bien qu'effectivement formés, ont un profil en inadéquation avec les besoins du marché du travail qu'il faut, par ailleurs, identifier et anticiper. La situation est difficile, mais reste cependant encourageante puisque de nombreux pays ont mis ce point leur agenda politique. 

L'AFD reçoit de plus en plus de demandes visant à réunir les conditions d'un rapprochement de la formation professionnelle et du marché de l'emploi. Cela passe par une mise en relation entre les centres professionnels et les entreprises (par le biais de partenariats publics-privés), de façon que les secondes puissent indiquer aux dispositifs de formation et d'apprentissage quels sont exactement leurs besoins de compétences actuels et les emplois à venir. 

 

 

Revaloriser la formation aux métiers 

 

Cette volonté se traduit par la mise en place de dispositifs de formations plus souples, courtes, orientées vers le métier, certifiées et reconnues et qui, de facto, vont bénéficier d'une image plus positive qu'elle ne l'est actuellement. En effet, dans ces pays, l'apprentissage ou la formation aux métiers est encore considéré comme peu valorisant par les parents et par les jeunes eux-mêmes.

 

 

Fédérer les compétences pour faire de la formation un outil complet

 

Dans la plupart des pays, on peut constater que seulement 5% du budget de l'Éducation nationale est alloué à la formation professionnelle. Ce qui est totalement insuffisant. Pour relever ces défis, nous essayons de travailler en synergie avec d'autres types de compétences que les nôtres - la formation professionnelle n'étant qu'un outil dans le paysage de l'aide au développement. Il faut des synergies avec, par exemple, les départements et les divisions qui s'occupent de l'appui au secteur privé et de la microfinance, ou encore les départements spécialisés dans l'appui au développement agricole et aux métiers en milieu rural.

L'AFD a appuyé un peu plus de 60 projets dans une quinzaine de pays pour un montant d'environ 280 millions d'euros et la demande est de plus en plus forte.

(Synthèse de l'intervention de Christian Fusillier)

 


 

Les NTIC, une solution pour améliorer l'accès et la qualité de l'éducation et de la formation ?

De manière générale, les problèmes identifiés ont trait à la qualité de l'éducation, au delà de l'accès proprement dit, et à l'adéquation des formations avec les besoins des secteurs productifs. À l'AFD, nous sommes convaincus que les outils numériques sont tout à fait adaptés au développement et à l'amélioration de la qualité de l'éducation et de la formation en Afrique. Aujourd'hui, beaucoup de freins sont levés. Le taux de pénétration du téléphone mobile en dix ans est considérable. On était au début des années 2000 à 10% de taux de couverture géographique en Afrique subsaharienne. Aujourd'hui, nous sommes à 80%. Cela représente par ailleurs 30 % de la population.

 

L'investissement dans les NTIC, un indicateur de performance des systèmes éducatifs ?

L'OCDE élabore des études et tests de performances des élèves, le PISA (acronyme de "Programme for International Student Assessment "), en français, "Programme international pour le suivi des acquis des élèves". Celui-ci montre que les pays qui utilisent de manière poussée les outils numériques sont les plus performants. Les jeunes Finlandais qui bénéficient d'un ordinateur pour deux élèves au collège sont les premiers en maths au test PISA, les Sud-Coréens, très bien équipés également, sont seconds alors que les français arrivent au 17ème rang parmi la soixantaine de pays évalués.

L'investissement dans les technologies joue un rôle déterminant dans les performances des élèves et donc des systèmes éducatifs. En Corée du sud, pays qui a fortement investi pour ses technologies en éducation dès le début des années 90, les enseignants utilisent les TIC pour enseigner. Avec l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), nous mettons en place des programmes et des dispositifs pour accompagner et sensibiliser les enseignants à la prise des nouvelles technologies de l'information
 

Trop de projets isolés, pas assez de coordination

Il existe aujourd'hui beaucoup de projets pilotes sans suite, sans écho du fait d'un manque de coordination entre les bailleurs de fonds et les programmes sectoriels de l'éducation mis en oeuvre par les gouvernements. Cette coordination est pourtant une condition pour que ces projets puissent être déployés à l'échelle d'un pays ou d'un système éducatif.

L'AFD a donc réuni un groupe de travail avec des bailleurs de fonds, des utilisateurs du sud, des universitaires et des chercheurs pour essayer de formuler des propositions qui aideront à passer du stade de l'expérimentation des projets à leur mise en oeuvre effective dans les systèmes éducatifs africains.    
(Synthèse de l'intervention de Jean-Christophe Maurin)



"Paris, Ouagadougou, même combat?" Promenade vidéo

06/08/2012

Dans cette interview vidéo itinérante dans Paris, Guillaume Josse, urbaniste à l'AFD, nous livre, à partir de quelques objets urbains de notre quotidien, quelques clés de compréhension des enjeux des villes, du "Sud" comme du "Nord". Une manière de comprendre que villes du nord et du Sud ont des problématiques communes.

 

 

 

 

Penser avant tout les villes comme des réseaux

Chaque ville , quel que soit son degré de modernité, ressemble à un maillage, une superposition de réseaux, pour la plupart visibles dans le paysage urbain. Qu'il s'agisse des réseaux d'électricité, de gaz, de télécommunication, de drainage des eaux usées ou des eaux pluviales , toutes ces fonctions sont tendues vers un but commun : garantir la sécurité, le bien-être et le mieux-vivre des populations citadines.

 

Première caractéristique d’une ville du Sud : une gestion publique lacunaire

Les éléments les plus banals d'une ville d'un pays du "Nord", perçus comme "allant de soi" - car ancrés depuis très longtemps dans le quotidien de sa population - sont encore inexistants ou alors extrêmement rares dans les villes du "Sud". L’on pense, entre autres, à des objets urbains ordinaires tels que les plaques de rues, d’égouts, les lampadaires, les routes goudronnées qui contribuent respectivement à la fois à l’adressage et l'identification des lieux et de leurs résidents, à la préservation de l’hygiène et de la santé publique , à la circulation des personnes et des biens de consommation ; comme autant de missions dont sont en charge les collectivités.

Les villes du Sud se signalent en général par l'absence de tels réseaux consolidés et dotés d'un fonctionnement optimal. Au mieux va-t-on trouver quelques éléments communs, comme des réseaux téléphoniques, des routes, des rues, mais sans revêtement, sans pavés et inondables à cause de canalisations peu fonctionnelles ou saturées, des quartiers et habitations sans panneaux de signalisation, un déficit d’éclairage public etc.

 

Cadastres et signalisations : des prérequis pour la gestion urbaine

A Paris, la présence de plaques de rue nous paraît normale. Pourtant, celles-ci sont inexistantes dans la plupart des villes et capitales des pays en développement. Or, en l'absence de telles indications, il n'est pas possible d'adresser des courriers, d'envoyer des avis d’imposition, de collecter correctement les taxes qu'en définitive, aucun dispositif n'oblige à payer. Cet état de fait est l'un des symptômes de l'absence de systèmes cadastraux véritablement opérationnels dans ces pays, s'agissant de la gestion, entre autres, des unités foncières et de l'historique des parcelles. 

Dans ces conditions, il est difficile voire impossible de savoir avec exactitude qui habite à tel ou tel endroit, ni combien de ménages, d'enfants, de personnes âgées ou ayant un handicap y résident. Pas plus qu'il n'est possible de déterminer qui est le propriétaire ou le locataire du lieu concerné, et ainsi d'être en mesure, par exemple, de collecter les taxes de vente.

 

Parvenir à une combinaison efficace du politique, de l'administratif et du technique

Si l'adressage est important, il ne suffit pas de peindre un numéro sur une porte comme on le voit dans beaucoup de pays africains, en espérant que cela suffise à résoudre le problème. Pour pouvoir organiser la vie de la cité, sa gestion, son développement, le processus est plus complexe et long à mettre en œuvre. C’est toute la gestion dans l’administration publique qu'il faut organiser et réformer, car c'est par cet instrument que l'Etat est en mesure de recencer, de savoir en temps réel ce qui se passe, et de gérer la ville dans le long terme. La plaque de rue est en quelque sorte le symbole de la gestion urbaine, laquelle englobe la plupart des services dont les citadins bénéficient au quotidien.

Le grand enjeu pour ces Etats et les institutions d'aide au développement, dont l’AFD, est de savoir comment créer tous ces réseaux urbains essentiels, les mettre en place, financer à la fois l’investissement dans ces infrastructures et mettre en œuvre les services adéquats pour les entretenir.
Sans réseaux d’assainissement, par exemple, dans les villes du sud, toutes les eaux usées se déversent dans les rues, les parcs, les cours d'eau naturels. Le défi n'est peut-être pas de parvenir à un résultat se rapprochant au plus près de Paris, ville particulièrement moderne, mais a minima, de disposer des services essentiels pour éviter que les déchets et eaux usées restent dans les maisons ou souillent les rivieres, garder les rues praticables et permettre aux citadins d'avoir accès à l’eau potable.

 

L'îlot Chalon : un exemple de reprise en main urbaine réussie

La transformation de ce quartier parisien, longtemps abandonné à sa paupérisation atteste qu'il n'existe pas de technique ou de modèle prédéfini à même de créer une ville moderne, agréable et bien gérée. Il faut penser à la fois aux équipements, aux logements, aux réseaux susdécrits, à la nature des activités que l'on veut y développer (des bureaux, un centre d'affaires, ou un espace vert par exemple) et notamment reconnecter cet ensemble avec les axes de transports. Tous ces projets nécessitent une réflexion globale, politique au sens de "gestion de la cité", qui doit se traduire par des politiques puliques qui doivent être cohérentes et complémentaires dans un même espace donné. L’autre élément est la manière dont ces opérations sont menées, en tenant compte d’abord de la durée : l'on parle en effet de projets dont le financement et les travaux s'échelonnent sur 20 ou 25 ans. Il faut, à cet égard, s'assurer de tenir la distance grâce à des institutions solides, politiquement, techniquement, financièrement pour porter de grands chantiers.

"La ville finance la ville" car l’opération se finance au fur et à mesure par la plus-value que la collectivité obtient en revendant les terrains qu’elle a achetés à bas prix dans les quartiers pauvres, après les avoir réaménagés. Cette plus-value permet de financer les équipements et, au bout du compte, l’opération urbaine s’autofinance sur une durée de 20 ans ou plus. Ce principe de l’aménagement n’existe pas en général dans les pays où l’AFD intervient. Il s'agit d'une véritable lacune qui va bien au-delà de la contrainte financière stricto sensu – puisqu' une petite avance de trésorerie suffirait pour acheter des terrains. Plus fondamentale est la question du fonctionnement et de la capacité des autorités locales à porter ces projets, et d'un point de vue technique, de disposer des ressources humaines suffisantes pour élaborer et mettre en œuvre une politique d’aménagement du type de l’îlot Chalon.

 

La procédure à suivre, selon le principe "La ville finance la ville"

Comment les choses se font concrètement ? La puissance publique commence par prendre possession des quartiers en déshérence via des expropriations, des préemptions voire des achats simples. Une fois que la puissance publique s'est rendue maître des terrains, elle peut détruire, reconstruire, aménager et réaménager à sa guise pour créer des nouveaux quartiers qui vont continuer à évoluer plus ou moins positivement, en fonction des choix qui auront été faits.

Si les villes sont constituées partout des mêmes choses, elle ne fonctionnent pas de la même manière. La raison est en partie liée au financement. Le maire de Paris dispose de 4000 euros par an et par habitant pour entretenir et investir. Le maire de Ouagadougou (commune de 1.300 000 habitants) dispose de 20 euros par an et par habitant. A titre de comparaison, le budget de cette ville, capitale du Burkina Faso, est inférieur de moitié au budget de la ville de Rodez, qui compte 25 000 habitants. Le maire de Lomé va disposer d’environ 8 à 10 euros par an et par habitant, le maire d’une petite ville du Bénin d’un demi-euro par an et par habitant... L’enjeu est donc évidemment d’augmenter les financements, les capacités pour une collectivité locale d’avoir à sa disposition suffisamment de financement pour investir dans le territoire sous sa juridiction, et l'entretenir. L’écart entre villes du Nord et villes du Sud est aujourd’hui abyssal, et notre défi est de parvenir à le combler.
 



Le défi forestier en Afrique : les aspects sociaux deviennent prioritaires

27/06/2012

Le rôle moteur de l'AFD dans l'appui au secteur forestier et l'élaboration de modèles durables

 

Au cœur des négociations de Rio + 20, le développement durable guide depuis 20 ans les actions de l’AFD dans le secteur forestier des pays du bassin du Congo. Les 23 et 24 dernier à Brazzaville, l’étude d’évaluation indépendante de vingt ans d’intervention a été présentée. Décryptage par les experts Jean-Luc François (ARB) et Constance Corbier-Barthaux (EVA) :

 

 

 

L. P :  Que retenir de ces vingt ans d’intervention ?

 

Constance Corbier-Barthaux : Le but de l’étude était de mesurer l’influence des actions de l’AFD  dans le passage d’une exploitation des forêts de type minière à une gestion durable. Il s’avère qu’elle a été importante. Les grands concessionnaires forestiers s’appuient désormais sur la mise en place d’un plan d’aménagement forestier en vue d’obtenir une éco-certification du bois exporté.

 

L . P : S’agit-il d’un travail de longue haleine ?

C. C. : Oui, il a fallu 20 ans d’efforts pour passer d’un système d’exploitation de court terme à une gestion à horizon de 30 à 60 ans. Une avancée permise par la qualité du dialogue entre les différents acteurs : bailleurs, ONG, opérateurs privés et Etat.

Jean-Luc François  : Nous ne devons pas oublier que dans ces pays, il est très difficile pour les pouvoirs publics de protéger leurs forêts. Seuls, des services des eaux et des forêts sans grands moyens ne sont pas à même de garantir une exploitation durable de forêts particulièrement vastes. L’AFD a proposé un changement de paradigme : réconcilier la durabilité d’une entreprise avec celle des ressources, dans un contexte de faible gouvernance.  

 

L.P. : Ce projet a t-il aussi fait travailler un grand nombre de structures de l’AFD ?

C. C. : L’Evaluation, la Recherche et la Stratégie sont souvent considérées comme des « inspecteurs des travaux finis », déconnectées des soucis opérationnels et de la réalité du terrain. Sur ce projet, les opérationnels étaient très demandeurs de cette évaluation. C’est une très bonne chose, car il y avait un fort enjeu de transmission de savoir-faire. Le travail a été confié à un cabinet de consultants, avec constitution d’un comité de pilotage auquel participaient les équipes opérationnelles mais aussi des personnalités extérieures (recherche, ONG, privés), et présidé par le professeur Willy Delvingt , de l’Université de Liège.

Par ailleurs, une réunion a été organisée récemment avec l’AES à la suite de notre rapport, avec EVA, ARB, et AFR, autour d’un projet de guide opérationnel pour la construction les pistes forestières à faible impact dans les forêts du bassin du Congo.

 

L. P. : Des regrets ? Des points de vigilance ?

J-L F. : Une question demeure : comment faire pour que les petites entreprises privées s’engagent dans des plans d’aménagement forestier ? Cela demande d’explorer les forêts, compter et mesurer les arbres… Cela a un coût. Si les grandes entreprises se sont engagées sans trop de difficultés, les opérateurs locaux disposant  de plus petites concessions, avec de plus faibles ressources  n’y arrivent pas. L’AFD doit accompagner davantage ce type d’investisseurs, qui exploitent, au total, des dizaines de milliers d’hectares de concessions.

C. C. : La prise en compte de la biodiversité reste un point faible. Les concessionnaires ne sont d’ailleurs pas directement intéressés par la biodiversité, et il ne faut pas oublier que sur ce point comme sur les aspects sociaux, ils se substituent à des services en principe à la charge de l’Etat, peu présents dans ces zones reculées.

Des projets FFEM se mettent en place en faveur de la biodiversité, notamment sur la viande de brousse. Le développement de villages ou de petites villes autour des concessions constitue une menace pour la petite faune provenant de la forêt. Articuler social et biodiversité dans une optique d’aménagement du territoire reste notre priorité.

 

L.P. : Ce modèle est-il  pérenne?

J-L F. : Rien n’est jamais acquis pour les entreprises forestières qui s’engagent dans des démarches d’aménagements forestiers et de certification environnementale. Il n’est pas certain que ce modèle économique sur lequel pèsent des exigences sociales et environnementales croissantes résistera si les marchés ne rémunèrent pas ces efforts. C’est pourquoi les Etats forestiers doivent imposer les meilleures pratiques à tous les opérateurs, quelles que soient les exigences des marchés de destination.

C. C. : Il serait aussi important de sensibiliser les consommateurs à ce que signifie l’éco-certification des bois tropicaux, qui constitue une source de croissance économique non négligeable pour ces pays.

J-L F. : Il y a encore un long chemin à faire entre exporter des billes de bois et exporter des fenêtres et des parquets. La valeur-ajoutée des filières bois en Afrique doit faire l’objet d’une attention plus grande.

 

L. P. : En définitive, quel est le secret de ce que l’on peut quand même qualifier de réussite ?

C. C. : Je pense que la force de l’outil reste l’approche contractuelle. Tout le monde doit respecter les règles du jeu, et elles servent de connexion entre les services de l’Etat, les concessionnaires, les bailleurs de fonds et les autres acteurs.

J-F L. : Et c’est la moins mauvaise des solutions. Il n’y a pas d’alternative à une contractualisation entre l’Etat, les entreprises, les communautés locales et les ONG. Séparément, aucun de ces acteurs ne détient la solution.  La gestion des forêts par des services de l’Etat ne marche pas. Rares sont les forêts communales bien gérées et l’on ne peut demander à des ONG qu’elles se substituent complètement à l’autorité publique..

C. C. : Cela reste fragile dans la mesure où chaque acteur a l’obligation de jouer son rôle. L’Etat n’est pas en mesure d’assumer pleinement ses fonctions dans un certain nombre de régions soumises à un braconnage éhonté. Or le forestier qui, pour obtenir son éco-certification, doit garantir que la faune est en sécurité dans sa concession, peut perdre son éco-certification si les braconniers, généralement bien armés, continuent leur activité. Il s’agit donc d’un enjeu collectif. Articuler social et biodiversité dans une optique d’aménagement du territoire reste notre priorité.

 

L. P. : Une dernière question plus large pour faire le lien avec Rio + 20. Ce projet est-il lié à la négociation pour le Fonds Climat et l’Agenda Climat ?

J-F L. : Lorsqu’elle intervient dans des pays sur la gestion durable des forêts, l’AFD les accompagne dans la formulation de leur stratégie REDD +. Nous savons que le bassin du Congo est le deuxième poumon forestier du monde.  Et nous savons que la mise en œuvre d’une stratégie REDD+ contribue grandement à la gouvernance du secteur forestier. C’est pourquoi l’AFD soutient la formation d’experts nationaux REDD+ et au niveau régional, facilite l’accès des acteurs REDD+ du Bassin du Congo aux images satellites indispensables à l’évaluation et au suivi des dynamiques de déforestation.

C. C. : Malgré l’ambiance de Rio + 20 qui s’annonce assez « technocrate », ce pourrait être l’occasion de communiquer un résultat encourageant : les pays du bassin du Congo n’ont pas à avoir honte de la manière dont ils ont géré leurs forêts. Comparé au taux de déforestation en Amazonie ou en Asie, celui du bassin du Congo est beaucoup moins important pour diverses raisons. Les démarches d’éco-certification et d’engagement dans des plans d’aménagement durable se sont largement répandues ; c’est un message fort pour Rio + 20. Le fait que le président du Congo y soit le porte-parole des pays africains au sommet, représente une occasion idéale pour parler des forêts africaines avec espoir.

 

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Retrouvez les interviews des principaux intervenants AFD sur la préservation du bassin du Congo dans la lettre de l’AFD : « Réconcilier développement et environnement » : http://www.afd.fr/home/projets_afd/AFD-et-environnement?actuCtnId=75126

 

 



« Un continent que l'on regarde autrement »

22/09/2011

Une croissance économique forte, une explosion démographique inédite dans son histoire... L'Afrique subsaharienne, au centre des regards, fait face à des défis considérables, nous dit Yves Boudot, directeur du département Afrique subsaharienne de l’AFD.

Yves Boudot a passé 27 ans de sa vie professionnelle dans une dizaine de pays  d’Afrique. Il a été nommé depuis quelques semaines directeur du département Afrique subsaharienne de l’AFD.

Peut-on dire que l’Afrique est le continent prioritaire pour l’AFD ?
L’Afrique est la première priorité de la politique française de coopération*. L’AFD est chargée de la mise en œuvre de cette vision. Cette priorité donnée au financement du développement en Afrique subsaharienne répond à l’importance des enjeux et des défis posés par l’émergence du continent.
Cette priorité est également le fruit de l’histoire même de l’aide publique au développement française et de notre maison.
C’est en Afrique subsaharienne que plongent les racines opérationnelles, financières et affectives de l’AFD. Cette spécificité dans le paysage des bailleurs de fonds en fait d’ailleurs sa principale expertise et sa première valeur. L’Afrique au sud du Sahara concentre près de 40% de l’activité globale de l’AFD, et 60% de l’effort budgétaire de l’Etat.

Quel regard peut-on porter sur le contexte africain aujourd’hui ?
Il faut se méfier de la tendance que nous avons à généraliser dès que l’on parle de ce continent. Les généralités sur l’état et l’avenir de l’Afrique font osciller sans nuance et depuis trop longtemps entre une vision pessimiste ou résignée et un optimisme béat. L’Afrique au sud du Sahara est diverse, complexe et inégale.
Ce qui ne fait en revanche plus aucun doute aujourd’hui, c’est que l’Afrique subsaharienne est au centre des enjeux et des défis globaux d’aujourd’hui et des décennies à venir.
Tel est peut être le véritable contexte africain.
La dynamique démographique inédite, la croissance économique forte et résiliente depuis quelques années, le potentiel des ressources naturelles, toujours rappelé mais encore peu mis en valeur, et la progression continue de la paix et de la démocratie en font effectivement un continent que l’on regarde autrement.
L’Afrique du Sud en est une illustration saisissante. Qui aurait pu prévoir en 1990, lorsque Nelson Mandela est sorti de prison, que ce pays serait vingt ans plus tard la puissance économique qu’il est en train de devenir ?

Quels sont pour les pays au sud du Sahara les principaux défis à relever ?
Ils sont considérables. L’Afrique devra nourrir près d’un milliard de personnes supplémentaires d’ici 2050. Le rythme d’accroissement de sa population est estimé à près de 15 millions de personnes supplémentaires par an. Son agriculture devra alimenter les villes qui vont rester en forte croissance et faire vivre les campagnes.
En 2050, deux milliards d’Africains devront avoir accès à l’eau, à l’énergie, à l’éducation ou à la santé, alors que les capacités de production et de distribution ne suffisent aujourd’hui pas à satisfaire les besoins.
Enfin, la croissance économique africaine, bien supérieure à la croissance actuelle de nos économies, devra d’abord être synonyme de création massive d’emplois pour la jeunesse du continent, et de ressources fiscales pour les Etats. L’émergence d’un secteur privé formel est un enjeu majeur pour l’Afrique au sud du Sahara.

Quels sont les grandes orientations stratégiques de l’AFD en Afrique subsaharienne ?
Encore une fois, elles dépendent de la situation économique et sociale des pays que l’on accompagne. Elles dépendent donc d’abord de la demande et des besoins des bénéficiaires de nos financements mais également de la capacité des Etats à s’endetter pour financer leurs investissements.
Trois grands axes, définis par le gouvernement français, guident aujourd’hui l’activité de l’AFD en Afrique subsaharienne : le financement des grandes infrastructures, le développement d’une agriculture plus productive et l’accompagnement d’une croissance plus inclusive.
Le premier consiste donc à accompagner le développement des grandes infrastructures et de rendre accessibles les services essentiels aux populations des villes et des campagnes. Ils concernent l’accès à l’énergie, aux transports, à l’eau, à l’irrigation, à l’éducation et à la santé.
Une étude récente de la Banque mondiale a mis en lumière le déficit de ces infrastructures, le prix élevé de leur accès et les montants additionnels considérables nécessaires à un rattrapage de la situation actuelle sur dix ans.
L’énergie et les transports en sont objectivement les deux premières priorités. Ces deux secteurs nécessitent des investissements lourds, Il faut, pour les mettre en œuvre, faire converger les efforts des bailleurs, des partenaires privés et des Etats. Par exemple, le potentiel hydroélectrique est considérable et les projets, nécessairement régionaux, s’inscrivent dans un temps long. Il nous faut dès à présent concentrer nos efforts dans ce secteur.
Le transport ferroviaire, quant à lui, a été abandonné au profit de la route depuis la fin des années 1970. Sur les corridors commerciaux principaux et pour le transport des matières premières issues de l’activité minière, il est pourtant le mode de transport adapté aux besoins.

Le développement de l’agriculture vivrière et des filières agro-alimentaires sont le second axe prioritaire pour les années à venir. Le secteur représente 13% du PIB d’Afrique subsaharienne et concerne près de 70% de la population active. Il favorise la création de valeurs, la stabilisation des populations en milieu rural et la lutte contre la désertification. L’agriculture africaine doit être plus productive pour assurer la sécurité alimentaire des villes et des campagnes, et générer des surplus d’exportation. Ces enjeux sont au cœur du rapport des mouvements entre les villes africaines en expansion et les campagnes

Enfin,  il n’a échappé à personne que les taux de croissance économique du continent sont, depuis maintenant près de dix ans, bien supérieurs à ceux de nos propres économies.
Cette croissance régulière est notamment tirée par l’évolution favorable des cours des matières premières, notamment minières et pétrolières. Elle est d’ailleurs souvent inégale d’un pays à l’autre.
Il est indispensable de favoriser le développement d’une croissance plus inclusive, portée par un secteur privé formel dans des secteurs fortement créateurs d’emplois.
L’AFD poursuit donc son effort pour favoriser le développement d’un système bancaire et financier tourné vers le développement de ce secteur privé.


A-t-on des priorités géographiques ?
En termes de répartition de l’effort budgétaire de l’Etat français, l’activité de l’AFD est fortement concentrée sur les 14 pays prioritaires de la coopération française .
Mais l’AFD est aujourd’hui présente dans tous les pays d’Afrique subsaharienne et y adapte son action et décline ses outils en fonction des besoins exprimés et de notre capacité à y répondre.
La véritable priorité consisterait à penser autrement l’approche géographique du continent au sud du Sahara. Il nous faut d’abord penser régionalement, pour les grands projets d’infrastructures notamment, tout en conservant une action nationale dans d’autres secteurs.
La dimension des défis que nous venons d’évoquer et la taille critique des ensembles économiques sont telles qu’une approche régionale est inévitablement indispensable.
Cela est vrai pour le financement des grands projets d’infrastructures d’énergie ou de transports, mais également pour le développement d’espaces économiques cohérents et intégrés générateurs de dynamisme et d’émulation, en synergie avec les Unions régionales qui émergent progressivement.


* Cette priorité a effectivement été rappelée dans le document cadre de la Coopération au Développement du Ministère des affaires étrangères et européennes pour 2011.


** Les 14 pays prioritaires en Afrique subsaharienne : Bénin, Burkina Faso, Comores, Ghana, Guinée Conakry, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo




 
 
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