Paroles d'experts

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« Un continent que l'on regarde autrement »

22/09/2011

Une croissance économique forte, une explosion démographique inédite dans son histoire... L'Afrique subsaharienne, au centre des regards, fait face à des défis considérables, nous dit Yves Boudot, directeur du département Afrique subsaharienne de l’AFD.

Yves Boudot a passé 27 ans de sa vie professionnelle dans une dizaine de pays  d’Afrique. Il a été nommé depuis quelques semaines directeur du département Afrique subsaharienne de l’AFD.

Peut-on dire que l’Afrique est le continent prioritaire pour l’AFD ?
L’Afrique est la première priorité de la politique française de coopération*. L’AFD est chargée de la mise en œuvre de cette vision. Cette priorité donnée au financement du développement en Afrique subsaharienne répond à l’importance des enjeux et des défis posés par l’émergence du continent.
Cette priorité est également le fruit de l’histoire même de l’aide publique au développement française et de notre maison.
C’est en Afrique subsaharienne que plongent les racines opérationnelles, financières et affectives de l’AFD. Cette spécificité dans le paysage des bailleurs de fonds en fait d’ailleurs sa principale expertise et sa première valeur. L’Afrique au sud du Sahara concentre près de 40% de l’activité globale de l’AFD, et 60% de l’effort budgétaire de l’Etat.

Quel regard peut-on porter sur le contexte africain aujourd’hui ?
Il faut se méfier de la tendance que nous avons à généraliser dès que l’on parle de ce continent. Les généralités sur l’état et l’avenir de l’Afrique font osciller sans nuance et depuis trop longtemps entre une vision pessimiste ou résignée et un optimisme béat. L’Afrique au sud du Sahara est diverse, complexe et inégale.
Ce qui ne fait en revanche plus aucun doute aujourd’hui, c’est que l’Afrique subsaharienne est au centre des enjeux et des défis globaux d’aujourd’hui et des décennies à venir.
Tel est peut être le véritable contexte africain.
La dynamique démographique inédite, la croissance économique forte et résiliente depuis quelques années, le potentiel des ressources naturelles, toujours rappelé mais encore peu mis en valeur, et la progression continue de la paix et de la démocratie en font effectivement un continent que l’on regarde autrement.
L’Afrique du Sud en est une illustration saisissante. Qui aurait pu prévoir en 1990, lorsque Nelson Mandela est sorti de prison, que ce pays serait vingt ans plus tard la puissance économique qu’il est en train de devenir ?

Quels sont pour les pays au sud du Sahara les principaux défis à relever ?
Ils sont considérables. L’Afrique devra nourrir près d’un milliard de personnes supplémentaires d’ici 2050. Le rythme d’accroissement de sa population est estimé à près de 15 millions de personnes supplémentaires par an. Son agriculture devra alimenter les villes qui vont rester en forte croissance et faire vivre les campagnes.
En 2050, deux milliards d’Africains devront avoir accès à l’eau, à l’énergie, à l’éducation ou à la santé, alors que les capacités de production et de distribution ne suffisent aujourd’hui pas à satisfaire les besoins.
Enfin, la croissance économique africaine, bien supérieure à la croissance actuelle de nos économies, devra d’abord être synonyme de création massive d’emplois pour la jeunesse du continent, et de ressources fiscales pour les Etats. L’émergence d’un secteur privé formel est un enjeu majeur pour l’Afrique au sud du Sahara.

Quels sont les grandes orientations stratégiques de l’AFD en Afrique subsaharienne ?
Encore une fois, elles dépendent de la situation économique et sociale des pays que l’on accompagne. Elles dépendent donc d’abord de la demande et des besoins des bénéficiaires de nos financements mais également de la capacité des Etats à s’endetter pour financer leurs investissements.
Trois grands axes, définis par le gouvernement français, guident aujourd’hui l’activité de l’AFD en Afrique subsaharienne : le financement des grandes infrastructures, le développement d’une agriculture plus productive et l’accompagnement d’une croissance plus inclusive.
Le premier consiste donc à accompagner le développement des grandes infrastructures et de rendre accessibles les services essentiels aux populations des villes et des campagnes. Ils concernent l’accès à l’énergie, aux transports, à l’eau, à l’irrigation, à l’éducation et à la santé.
Une étude récente de la Banque mondiale a mis en lumière le déficit de ces infrastructures, le prix élevé de leur accès et les montants additionnels considérables nécessaires à un rattrapage de la situation actuelle sur dix ans.
L’énergie et les transports en sont objectivement les deux premières priorités. Ces deux secteurs nécessitent des investissements lourds, Il faut, pour les mettre en œuvre, faire converger les efforts des bailleurs, des partenaires privés et des Etats. Par exemple, le potentiel hydroélectrique est considérable et les projets, nécessairement régionaux, s’inscrivent dans un temps long. Il nous faut dès à présent concentrer nos efforts dans ce secteur.
Le transport ferroviaire, quant à lui, a été abandonné au profit de la route depuis la fin des années 1970. Sur les corridors commerciaux principaux et pour le transport des matières premières issues de l’activité minière, il est pourtant le mode de transport adapté aux besoins.

Le développement de l’agriculture vivrière et des filières agro-alimentaires sont le second axe prioritaire pour les années à venir. Le secteur représente 13% du PIB d’Afrique subsaharienne et concerne près de 70% de la population active. Il favorise la création de valeurs, la stabilisation des populations en milieu rural et la lutte contre la désertification. L’agriculture africaine doit être plus productive pour assurer la sécurité alimentaire des villes et des campagnes, et générer des surplus d’exportation. Ces enjeux sont au cœur du rapport des mouvements entre les villes africaines en expansion et les campagnes

Enfin,  il n’a échappé à personne que les taux de croissance économique du continent sont, depuis maintenant près de dix ans, bien supérieurs à ceux de nos propres économies.
Cette croissance régulière est notamment tirée par l’évolution favorable des cours des matières premières, notamment minières et pétrolières. Elle est d’ailleurs souvent inégale d’un pays à l’autre.
Il est indispensable de favoriser le développement d’une croissance plus inclusive, portée par un secteur privé formel dans des secteurs fortement créateurs d’emplois.
L’AFD poursuit donc son effort pour favoriser le développement d’un système bancaire et financier tourné vers le développement de ce secteur privé.


A-t-on des priorités géographiques ?
En termes de répartition de l’effort budgétaire de l’Etat français, l’activité de l’AFD est fortement concentrée sur les 14 pays prioritaires de la coopération française .
Mais l’AFD est aujourd’hui présente dans tous les pays d’Afrique subsaharienne et y adapte son action et décline ses outils en fonction des besoins exprimés et de notre capacité à y répondre.
La véritable priorité consisterait à penser autrement l’approche géographique du continent au sud du Sahara. Il nous faut d’abord penser régionalement, pour les grands projets d’infrastructures notamment, tout en conservant une action nationale dans d’autres secteurs.
La dimension des défis que nous venons d’évoquer et la taille critique des ensembles économiques sont telles qu’une approche régionale est inévitablement indispensable.
Cela est vrai pour le financement des grands projets d’infrastructures d’énergie ou de transports, mais également pour le développement d’espaces économiques cohérents et intégrés générateurs de dynamisme et d’émulation, en synergie avec les Unions régionales qui émergent progressivement.


* Cette priorité a effectivement été rappelée dans le document cadre de la Coopération au Développement du Ministère des affaires étrangères et européennes pour 2011.


** Les 14 pays prioritaires en Afrique subsaharienne : Bénin, Burkina Faso, Comores, Ghana, Guinée Conakry, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo


Questions à Janique Etienne, spécialiste de l’eau à l’AFD

21/03/2011

En quoi l’eau est-elle un domaine d’intervention central pour le développement ? Quels sont les partenaires et les outils privilégiés par l’AFD ? Dans le cadre de la Journée mondiale de l’eau, qui se concentre cette année sur la question urbaine, quelle est la position de l’AFD dans ce domaine ?

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’eau, centrée cette année sur la question urbaine, que peut-on dire de l’action de l’AFD dans ce domaine ?

L’AFD retient quatre priorités dans sa stratégie Eau et assainissement dont deux visent plus spécifiquement la population urbaine. Ces choix s’inscrivent dans un contexte d’accélération de la croissance démographique, d’intensification de la précarité et de carence en matière d’équipement. Cette carence est particulièrement notable dans le domaine de la collecte et du traitement des eaux usées et excreta.

Le premier axe consiste à fournir un accès pérenne à l’eau pour tous . L’accès aux services de base s’y présente comme un enjeu sanitaire, social et foncier de première importance. Son absence constitue un facteur d’exclusion économique et sociale pour certaines catégories de la population. A travers ses financements, l’AFD renforce à la fois l’accès à l’eau au plus grand nombre mais aussi le raccordement à l’eau des équipements publics comme les écoles, centres de santé ou marchés.

La deuxième priorité est d’accélérer le processus d’assainissement des agglomérations et d’assurer un environnement urbain plus sain . Deux enjeux majeurs : la santé publique, du fait de la densification de l’habitat et du niveau de desserte insuffisants, et un enjeu environnemental, notamment réduire la pollution des nappes phréatiques par les eaux usées, excreta et boues de vidanges.

Il faut agir à plusieurs niveaux : en renforçant les infrastructures mais aussi en accompagnant les programmes de promotion de l’hygiène. La mobilisation de techniques de « marketing social » donne de très bons résultats.

 

 

Avec quels acteurs l’agence travaille-t-elle principalement dans ce domaine ?

 Au sud, nos partenaires sont principalement des Etats, des entreprises publiques ou privés ou des collectivités territoriales, notamment dans les territoires outre-mer.

L’agence intervient le plus souvent possible en cofinancement avec d’autres bailleurs de fonds bilatéraux (nationaux) ou multilatéraux (Banque mondiale, BEI, BAD, etc.). Elle noue également des partenariats techniques et financiers avec la coopération décentralisée (collectivités locales françaises) qui intervient de façon très complémentaire à l’AFD. L’agence a également signé des conventions avec de nombreuses ONG du secteur.

 

Quels outils utilise-t-elle ?

Pour mettre en œuvre sa stratégie sectorielle dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, l’AFD agit à trois niveaux :

  • en participant au financement des infrastructures bien sûr, avec une palette d’outils financiers qui vont des prêts souverains (octroyés à un Etat ou à un organisme public bénéficiant d’une garantie de l’Etat) aux prêts non souverains adaptés au financement d’infrastructures d’eau potable lorsque les politiques sectorielles sont suffisamment avancées. On peut utiliser également le système de garanties, les lignes de crédits dédiées, etc. Et bien sûr les subventions réservées en priorité aux plus vulnérables et au secteur de l’assainissement pour lequel l’investissement, dans les pays en développement , est difficile à financer intégralement par le tarif ;
  • en contribuant au renforcement des capacités qui doit accompagner les programmes d’investissement pour en assurer la pérennité ;
  • en contribuant aux réflexions sectorielles en partenariat avec les experts et chercheurs du nord et du sud .

 

Quelques projets emblématiques que vous pourriez nous détailler ?

Le projet d’eau potable et d’assainissement dans les quartiers périphériques de Ouagadougou revêt un intérêt particulier car il a été mis en œuvre avec la mairie de Ouagadougou et l’office national en charge de l’eau et de l’assainissement (ONEA), dans le prolongement de deux gros projets d’alimentation en eau de la capitale par le barrage de ZIGA et d’assainissement collectif du centre ville et des eaux usées industrielles.

Par ailleurs, l’expérience de Ouagadougou en matière d’assainissement est exemplaire dans le sens où elle intègre la collecte des eaux usées domestiques et industrielles, leur traitement et le traitement des boues de vidange des fosses d’une partie de la population équipée de latrines. Le raccordement au réseau collectif est progressif et une grande partie de la population bénéficie d’un programme d’équipement en latrines et puisards dont plusieurs ONG assurent la promotion sur le terrain.

Le 6ème Forum mondial de l’eau se tiendra en France en 2012. Quelles en sont les implications pour l’AFD?

En effet, le prochain Forum mondial de l’eau se tiendra à Marseille en mars 2012. Cette candidature française s’accompagne d’une contribution renforcée de tous les acteurs français du secteur.

L’AFD est membre du conseil d’administration du Comité international du Forum et assure la vice-présidence du "Processus régional", qui vise à mobiliser la participation de tous les acteurs concernés dans les 4 grandes régions du monde.

Elles contribue également à différents groupes thématiques notamment le "financement de l'accès à l'eau pour tous".

Questions à Janique Etienne, spécialiste de l’eau à l’AFD

21/03/2011

En quoi l’eau est-elle un domaine d’intervention central pour le développement ? Quels sont les partenaires et les outils privilégiés par l’AFD ? Dans le cadre de la Journée mondiale de l’eau, qui se concentre cette année sur la question urbaine, quelle est la position de l’AFD dans ce domaine ?

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’eau, centrée cette année sur la question urbaine, que peut-on dire de l’action de l’AFD dans ce domaine ?

L’AFD retient quatre priorités dans sa stratégie Eau et assainissement dont deux visent plus spécifiquement la population urbaine. Ces choix s’inscrivent dans un contexte d’accélération de la croissance démographique, d’intensification de la précarité et de carence en matière d’équipement. Cette carence est particulièrement notable dans le domaine de la collecte et du traitement des eaux usées et excreta.

Le premier axe consiste à fournir un accès pérenne à l’eau pour tous . L’accès aux services de base s’y présente comme un enjeu sanitaire, social et foncier de première importance. Son absence constitue un facteur d’exclusion économique et sociale pour certaines catégories de la population. A travers ses financements, l’AFD renforce à la fois l’accès à l’eau au plus grand nombre mais aussi le raccordement à l’eau des équipements publics comme les écoles, centres de santé ou marchés.

La deuxième priorité est d’accélérer le processus d’assainissement des agglomérations et d’assurer un environnement urbain plus sain . Deux enjeux majeurs : la santé publique, du fait de la densification de l’habitat et du niveau de desserte insuffisants, et un enjeu environnemental, notamment réduire la pollution des nappes phréatiques par les eaux usées, excreta et boues de vidanges.

Il faut agir à plusieurs niveaux : en renforçant les infrastructures mais aussi en accompagnant les programmes de promotion de l’hygiène. La mobilisation de techniques de « marketing social » donne de très bons résultats.

 

 

Avec quels acteurs l’agence travaille-t-elle principalement dans ce domaine ?

 Au sud, nos partenaires sont principalement des Etats, des entreprises publiques ou privés ou des collectivités territoriales, notamment dans les territoires outre-mer.

L’agence intervient le plus souvent possible en cofinancement avec d’autres bailleurs de fonds bilatéraux (nationaux) ou multilatéraux (Banque mondiale, BEI, BAD, etc.). Elle noue également des partenariats techniques et financiers avec la coopération décentralisée (collectivités locales françaises) qui intervient de façon très complémentaire à l’AFD. L’agence a également signé des conventions avec de nombreuses ONG du secteur.

 

Quels outils utilise-t-elle ?

Pour mettre en œuvre sa stratégie sectorielle dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, l’AFD agit à trois niveaux :

  • en participant au financement des infrastructures bien sûr, avec une palette d’outils financiers qui vont des prêts souverains (octroyés à un Etat ou à un organisme public bénéficiant d’une garantie de l’Etat) aux prêts non souverains adaptés au financement d’infrastructures d’eau potable lorsque les politiques sectorielles sont suffisamment avancées. On peut utiliser également le système de garanties, les lignes de crédits dédiées, etc. Et bien sûr les subventions réservées en priorité aux plus vulnérables et au secteur de l’assainissement pour lequel l’investissement, dans les pays en développement , est difficile à financer intégralement par le tarif ;
  • en contribuant au renforcement des capacités qui doit accompagner les programmes d’investissement pour en assurer la pérennité ;
  • en contribuant aux réflexions sectorielles en partenariat avec les experts et chercheurs du nord et du sud .

 

Quelques projets emblématiques que vous pourriez nous détailler ?

Le projet d’eau potable et d’assainissement dans les quartiers périphériques de Ouagadougou revêt un intérêt particulier car il a été mis en œuvre avec la mairie de Ouagadougou et l’office national en charge de l’eau et de l’assainissement (ONEA), dans le prolongement de deux gros projets d’alimentation en eau de la capitale par le barrage de ZIGA et d’assainissement collectif du centre ville et des eaux usées industrielles.

Par ailleurs, l’expérience de Ouagadougou en matière d’assainissement est exemplaire dans le sens où elle intègre la collecte des eaux usées domestiques et industrielles, leur traitement et le traitement des boues de vidange des fosses d’une partie de la population équipée de latrines. Le raccordement au réseau collectif est progressif et une grande partie de la population bénéficie d’un programme d’équipement en latrines et puisards dont plusieurs ONG assurent la promotion sur le terrain.

Le 6ème Forum mondial de l’eau se tiendra en France en 2012. Quelles en sont les implications pour l’AFD?

En effet, le prochain Forum mondial de l’eau se tiendra à Marseille en mars 2012. Cette candidature française s’accompagne d’une contribution renforcée de tous les acteurs français du secteur.

L’AFD est membre du conseil d’administration du Comité international du Forum et assure la vice-présidence du "Processus régional", qui vise à mobiliser la participation de tous les acteurs concernés dans les 4 grandes régions du monde.

Elles contribue également à différents groupes thématiques notamment le "financement de l'accès à l'eau pour tous".

"Les femmes, une population-clé pour le développement"

08/03/2011

A l’occasion de Journée internationale de la femme, Jean Michel Mignot, de la Cellule d'appui environnemental et social de l’AFD, fait un point sur la prise en compte de la problématique du genre dans les projets financés par l’AFD.

Les femmes, une population vulnérable et clé pour le développement ?

C’est un lieu commun de rappeler que les femmes constituent la population la plus vulnérable. De multiples études montrent que dans les situations d’insécurité alimentaire, les femmes sont les premières à en pâtir. Le taux d'éviction des filles de l’ensemble du système éducatif est très supérieur à celui des garçons. Le temps de travail des femmes est souvent largement supérieur à celui des hommes ; la double journée est un phénomène répandu. Les femmes entrepreneurs ont beaucoup plus de difficulté à accéder au crédit que leurs homologues masculins. Phénomène quasi-universel, les femmes sont très sous-représentées et en position de faiblesse dans les instances ou cercles dirigeants. D'autres études moins connues et plus militantes montrent que les budgets négligent ou oublient souvent les besoins des femmes. .

Il est tout aussi unanimement reconnu qu’une augmentation des revenus des femmes profite immédiatement à l’accroissement du bien-être de leur famille toute entière. L’augmentation de la durée de la scolarisation des filles permet à leurs futurs enfants d’être mieux soignés et mieux éduqués.

Dès que les femmes disposent d’un surplus économique, elles en réinvestissent une partie dans la santé et l’éducation. 

 

Que peut-on dire de la prise en compte du genre dans l'action de l'AFD aujourd'hui ?

Pour le suivi de ces projets, l’AFD s’est doté d’indicateurs « sexo-spécifiques » dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la microfinance. En plus de ce suivi institutionnalisé, les équipes projets en charge de la microfinance et de l’eau et l’assainissement considèrent que l’implication des femmes est une priorité pour la réussite des projets financés.

Par exemple, chacun sait que les femmes sont des actrices indispensables à une bonne gestion des bornes-fontaines et autres dispositifs de distribution.

En dehors de nos partenariats avec les ONG et de la santé mère-enfant, l’AFD finance très exceptionnellement des projets où la promotion ou la protection de la femme est le cœur de la problématique ; par contre, la prévention ou la diminution des discriminations sont des préoccupations pour chaque projet

 

Quels obstacles rencontrent les initiateurs d’une prise en compte du genre dans les projets ?

La difficulté, la complexité ou l’obligation de rapidité d'une négociation peut conduire l'ensemble des parties prenantes à éluder la question du genre. Cette problématique vient s'ajouter à tous les paramètres d’un projet et peut paraître plus complexe à traiter que les autres conditions financières, techniques ou éthiques. Surtout que, généralement,, l’ensemble des négociateurs a une maîtrise limitée de ces questions.

Il ne faut pas nier parfois l’existence d’un désintérêt, conscient ou inconscient, des contreparties (maîtres d’ouvrages) de l'AFD à prendre en compte la question du genre..

Cependant, ce type d’obstacle se rencontre également pour la prise en compte d’autres facteurs : l'environnement, le handicap, les populations autochtones, les conditions de travail et les autres discriminations.

En revanche, dans notre partenariat avec les ONG, l'attention portée à cette question est très présente puisque les procédures exigent que les ONG qui proposent un projet exposent la méthodologie qui leur permettra de les combattre ou expliquent pourquoi elles ne vont pas les considérer.

 

Pouvez-vous nous parler de certains projets qui vous ont particulièrement marqués ?

Pour les secteurs de la microfinance et de l'eau et de l'assainissement, les exemples sont pléthores. Dans d’autres domaines, on peut citer la réhabilitation des pistes rurales au Kenya. Dès la conception du projet, l’emploi des femmes dans les travaux de réhabilitation des pistes était une exigence commune à l’ensemble des acteurs. Les entrepreneurs chargés des différents tronçons ont pu accéder à des formations adaptées. Le taux d’emploi féminin devait constituer une part des rapports d’avancement.   Autre exemple, l’accompagnement de la réserve naturelle de Limpopo, au Mozambique, montre clairement l'importance des femmes pour la réussite d'un projet. Les femmes sont des utilisatrices importantes du milieu naturel où elles collectent de nombreuses ressources sauvages et sont très impliquées dans les travaux agricoles. Leur participation et leur compréhension aux mesures de préservations sont essentielles. L’assistance technique et le personnel de la réserve ont développé un large panel d’activités destinées aux femmes dont certaines génère des revenus.  

 

Cette volonté de s'occuper des problématiques liées à la femme est-elle cadrée par un organisme certificateur ?

Aujourd'hui, la seule réelle certification connue internationalement et généraliste comportant des dimensions genre est la norme SA8000. Elle s'inspire très directement des traités internationaux gérés par les Nations-Unies et des conventions de l'Organisation Internationale du Travail. Cette norme permet d'obtenir un certificat à l'issue d'audits indépendants très structurés. Il existe d'autres certifications plus sectorielles dans le textile et les plantations industrielles. Les performances standards de la SFI, le Safeguard de la Banque Mondiale et autres politiques des bailleurs multi et bilatéraux ne donnent pas lieu à des certifications. Ils existent enfin des engagements volontaires prenant en compte la question genre comme la nouvelle norme ISO 26000, les principes de l'Equateur, le Global Compact signé par l'AFD... La prise en compte de la question genre et de la lutte contre les discriminations constitue une part inévitable de toute politique de responsabilité sociale et environnementale digne de ce nom.

 

Quelles sont les perspectives d'élargissement de ces pratiques pour les autres projets financés par l'AFD ?

Les équipes projets auraient besoin d'éléments de discours et de plaidoyer pour convaincre leur contrepartie de l'importance de ces questions pour l'amélioration générale des conditions de vie.

3 questions à… Yves Malpel, directeur de l’AFD en Haïti

04/02/2011

Un an après le séisme, où en est la reconstruction en Haïti ?

La destruction a été considérable : le séisme a provoqué la mort de plus de 300 000 habitants et aujourd’hui plus d’un million de personnes sont toujours sans abri. 400 000 bâtiments, dont 110 000 logements auraient été détruits, représentant 25 millions de m3 de décombres à déblayer (l’équivalent d’une file de camions faisant la moitié du tour de la terre).

Aujourd'hui, la situation reste difficile, la criminalité est forte et la situation politique encore floue et une épidémie de choléra doit être enrayée. Les conditions de vie restent d'une extrême précarité. La population haïtienne fait preuve d'un courage et d'une volonté exemplaires. Avec l'aide de tous, la reconstruction se met en œuvre. Pas à pas, mais elle est en marche...

Quelles sont les principales réalisations de l'agence sur place ?


En Haïti, l’AFD soutient des projets depuis des années. Les  autorités haïtiennes nous ont demandé de les poursuivre. Nous avons neuf projets d’un montant global de 75M€, dans plusieurs secteurs : d’abord l’ agriculture avec un projet d’irrigation pour des productions vivrières qui bénéficie à 2.000  familles. et qui constitue un réel succès., Nous travaillons aussi dans les secteurs de la santé, l’éducation, la micro finance, les infrastructures, l’environnement, le développement urbain. Tout de suite après le séisme deux projets majeurs de reconstruction ont été engagés sur un financement du ministère des Affaires étrangères délégué à l’AFD: la reconstruction de l'hôpital principal universitaire (500 lits) pour un coût estimé à 50 M$ et la restructuration de deux quartiers populaires de Port au Prince d'environ 80 000 habitants pour un montant total de 20M€. Par ailleurs une première aide budgétaire de 20 M€ a également été versée par l'AFD en 2010, Nous avons aussi un important portefeuille d'appui aux ONG avec 16 programmes en cours.

Comment se déroule la coordination de l'aide internationale dans cette étape de reconstruction?

Je voudrais rectifier des contrevérités très négatives largement propagées et faire la distinction entre aides d’urgences et reconstruction d’Haïti. Les aides humanitaires d’urgence ont été massives et très diverses. La faiblesse de l’Etat central a accentué l’impression de désordre et d’ingérence qui reste encore visible, mais le pire a souvent été évité grâce à cette manifestation de solidarité
En parallèle, sur une autre échelle de temps, l’aide internationale pour la reconstruction en profondeur d’Haïti s’est mise en marche sur un agenda très ambitieux. Les financements effectivement engagés sont importants. Bien entendu, avec un Etat et des administrations faibles et très touchées par le séisme, la réalisation effective des projets n’est pas simple et il n’est ni étonnant ni choquant qu’un an après la catastrophe on en soit aux phases d’études et de préparation. Malgré toutes les difficultés rencontrées et le vide politique constaté depuis les élections de décembre, je peux témoigner que l’aide internationale se coordonne sur le terrain sur tous les secteurs dont dépend le développement d’Haïti. Notre « fil rouge » reste que la décision et la responsabilité doivent revenir aux Haïtiens et cela rend l’exercice bien plus difficile. Mais, si l’effort est maintenu, il y a un réel espoir, avec du temps et beaucoup de persévérance, qu’Haïti sorte de son chronique sous développement.
 

Trois questions à... Etienne Viard

08/12/2010

Etienne Viard est nommé Directeur général de PROPARCO par le Conseil d’Administration le 1er décembre 2010. Il remplace Luc Rigouzzo, nommé Directeur de Cabinet du Ministre de la Coopération.

Vous connaissez PROPARCO, que vous avez quittée en 2008 pour prendre la direction du département Méditerranée de l’AFD. Pourquoi ce retour ?

D’abord parce qu’on me l’a demandé, et que compte tenu de mon parcours professionnel, de mon attachement à la filiale secteur privé de l’AFD et du rôle croissant qu’elle joue dans la mise en œuvre de la politique publique française de financement du développement, c’est avec beaucoup d’honneur et de joie que j’ai accepté. Luc Rigouzzo, mon prédécesseur, a été nommé Directeur de Cabinet du Ministre de la Coopération Monsieur de Raincourt. Monsieur Zerah, Directeur général de l’AFD a alors proposé au Conseil d’Administration de PROPARCO ma nomination, qui l’a approuvée le premier décembre dernier.

Ensuite parce que PROPARCO tient une place toute particulière dans mon parcours. Immédiatement après l’obtention de mon diplôme à l’école des Hautes Etudes Commerciales j’ai débuté ma vie professionnelle dans des entreprises publiques et privées africaines. Ces premières expériences m’ont donné le goût de l’engagement au service du développement et j’ai, sans le savoir à l’époque, partagé pleinement l’intuition fondatrice de PROPARCO : le financement d’un développement pérenne ne se limite pas aux transferts budgétaires d’Etat à Etat, et l’émergence d’un secteur privé formel est une des clés essentielles d’un développement économique et social ici et ailleurs. C’est avec cette conviction que j’ai intégré la Caisse Française de Développement en 1988, puis rejoint pour la première fois PROPARCO en 1999. J’y ai exercé les fonctions de Directeur des Opérations puis de Directeur général Délégué. J’y ai travaillé auprès de trois directeurs généraux, Gilles Peltier, Claude Périou et Luc Rigouzzo.

Enfin parce que PROPARCO connait depuis quelques années une croissance très forte de son activité, que les outils que j’ai contribués à mettre en place avant mon départ ont été depuis renforcés et développés, et que les équipes de PROPARCO sont aujourd’hui reconnues pour leur engagement et leur expertise professionnelle.

 

Vous qui avez connu l’évolution récente de PROPARCO, comment la décririez-vous aujourd’hui ?

PROPARCO est une institution financière de développement crée en 1977 par L’AFD, avec la conviction que le secteur privé devait être un des principaux acteurs du développement dans les économies du Sud, notamment parce qu’il est :

  • le premier facteur de croissance et de création d’emploi et génère des contributions fiscales permettant aux Etats de jouer leur rôle d’investisseur d’intérêt général et de redistribution,
     
  • directement concerné par les préoccupations environnementales, sociales et de gouvernance,
     
  • et qu’il peut devenir relais de politique publique en pourvoyant directement à certains services de base, notamment dans les secteurs sociaux.

Trente ans plus tard, avec des impacts développementaux et des résultats en progression constante, PROPARCO incarne la possibilité de financer des opérations économiques viables, socialement équitables, soutenables sur le plan environnemental et financièrement rentables. Ce succès montre toute la justesse de cette conviction initiale.  Il est d’autant plus intéressant que le modèle de développement économique et stratégique de PROPARCO, atypique et ambitieux se caractérise par :

  • une gouvernance unique parmi ses partenaires européens, avec un capital et un conseil d’administration ouverts à des partenaires publics et privés, du Nord comme du Sud ;
     
  • un rapport au temps et au risque qui la conduit à se concentrer exclusivement sur des financements de long terme, dans des zones géographiques ou sur des acteurs privés jugés trop risqués par les banques commerciales ;
     
  • enfin un portefeuille de projets sélectionnés pour leurs impacts sociaux, environnementaux et économiques.

Aujourd’hui, la stratégie de PROPARCO repose sur trois piliers :

  • promouvoir la croissance économique et la création d’emplois dans les pays les plus pauvres,
     
  • fournir des services de base à la population par l’intermédiaire du secteur privé (électricité, eau, logement, infrastructures, microfinance, santé, éducation…),
     
  • diffuser des standards environnementaux et sociaux élevés, notamment en matière d’efficience énergétique dans les pays émergents.

PROPARCO offre aux entrepreneurs privés au Sud trois grands types d’instruments financiers : les prêts, les prises de participation directes et indirectes et les outils d’intervention en monnaie locale.
PROPARCO concentre près de 60% de son effort sur continent africain, mais intervient aujourd’hui également dans l’ensemble des pays de la liste du Comité d’Aide au Développement de l’OCDE.

 

Quels sont les défis de PROPARCO pour les deux prochaines années ?

Le développement de l’activité de PROPARCO se fera dans la continuité de l’effort engagé depuis les cinq dernières années. C’est, pour toutes les équipes de PROPARCO, le premier défi à relever.
PROPARCO sera d’ailleurs une nouvelle fois en croissance en 2010, puis en 2011.

L’Afrique subsaharienne restera sa première priorité, dans tous ses secteurs d’intervention. Les objectifs extrêmement ambitieux de 500 M€ d’activité sur le continent, supérieurs aux engagements pris par le Président de la République au Cap en 2008 seront atteints en 2010 et cet objectif sera maintenu en 2011, notamment en Afrique francophone.

PROPARCO est le bilatéral européen le plus engagé sur la Méditerranée et le restera. PROPARCO se positionnera au cœur d’un réseau d’institutions financières méditerranéennes, notamment dans le but de renforcer l’intégration régionale et les échanges avec l’Afrique.

L’ouverture aux autres espaces géographiques se poursuivra, avec notamment l’ouverture d’un bureau à Mexico en se concentrant sur une expertise sectorielle forte autour du climat, de l’eau et de l’assainissement, de l’agro-industrie, de la santé, de l’éducation et du tourisme.

PROPARCO augmentera la part de ses financements directs, notamment en fonds propres, renforcera son activité dans le secteur des infrastructures et consolidera son activité de soutien aux banques et aux institutions de microfinance.

Enfin, PROPARCO concentrera prioritairement le financement des entreprises impliquées dans le développement des filières agricoles et agroindustrielles, notamment en Afrique.
Tous ces efforts, initiés par mes prédécesseurs et mis en œuvre par des équipes talentueuses, se feront en veillant à renforcer les liens et la synergie opérationnelle entre PROPARCO et sa maison mère, l’Agence Française de Développement.

 
 
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