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Paroles d'experts

"les Français sont conscients des interdépendances et donc des nouveaux équilibres qui sont en train de se mettre en place"

06/11/2014

La solidarité internationale a beaucoup évolué ces quinze dernières années. A quelques jours de la Semaine de la solidarité internationale, quels nouveaux métiers, quels impacts, quels nouveaux équilibres favoriser ? Philippe Orliange, directeur exécutif de la Stratégie et des Partenariats nous fait part de ses réflexions.

Que peut-on dire de l’évolution de l’idée même de Solidarité internationale au cours des dernières années ?

Il y a plusieurs facteurs qui ont fait évoluer le concept même de solidarité internationale.

Le premier, qu’on a parfois tendance à oublier, est avant tout la profonde transformation du monde en développement depuis que ce concept a vu le jour dans les années 1960, dans un contexte marqué par la sécheresse au Sahel et autres événements dramatiques. Ce contexte dans lequel se déploie la solidarité internationale a changé : la pauvreté n’a pas disparu, mais elle a reculé. Des centaines de millions de personnes en sont sorties du fait de la croissance économique et sociale ; et la solidarité internationale, qui s’incarne à travers l’aide au développement, a accompagné cette évolution.

Pour autant, au sein des sociétés d’Europe occidentale, on constate une moindre disponibilité à la solidarité internationale dans un contexte de crise économique, de malaise, d’inquiétude devant l’avenir : pourquoi devrait-on se préoccuper des problèmes de pays lointains alors que la crise frappe durement à nos portes ? Ce questionnement agit négativement sur la solidarité internationale – et, si l’on en croit les enquêtes d’opinions, il concerne également la solidarité nationale.

Cependant, s’il existe des interrogations sur la nécessité et le sens de la solidarité internationale, les Français sont conscients que les évolutions qui se jouent dans le monde (et en particulier dans les pays émergents et en développement) ont un impact sur leur vie. Sans dévoiler les résultats d’un récent sondage de l’IFOP sur l’aide au développement le montrent, les Français sont conscients des interdépendances et donc des nouveaux équilibres qui sont en train de se mettre en place : ils se sentent directement concernés, même si ces nouveaux équilibres s’installent parfois dans un accouchement difficile et douloureux.

 

Quel est le rôle de l’AFD dans ce nouveau paradigme ?

Le rôle de l’AFD est à la fois de continuer à apporter le versant « solidarité » de la politique de développement que les pouvoirs publics et la représentation nationale ont voulue – et qui s’incarne aujourd’hui dans la Loi d’orientation et de programmation sur le développement et la solidarité internationale (LOPDSI) de juillet dernier. Mais c’est aussi de porter la contribution à ces nouveaux équilibres du monde actuel. Un exemple très concret ? L’action de l’AFD dans la lutte contre le dérèglement climatique, ou encore lorsqu’elle prend part à la définition des Objectifs de développement durable (ODD) qui devraient être adoptés en 2015 par les Nations-Unies.

Cette contribution, l’AFD l’apporte à travers ses instruments financiers : les dons, les prêts ainsi que le financement des Etats, des collectivités locales et des ONG. Mais aussi à travers ses activités de conseil technique, de production de connaissance, ou encore dans les partenariats qu’elle entretient avec les acteurs internationaux du financement du développement (institutions financières, ONG, collectivités territoriales, entreprises, fondations).

 

Quelle place jouent les ONG dans cette action ? Et quel type de partenariat l’AFD et les ONG ont-elles noué ?

Depuis une quinzaine d’années, l’objectif des Organisations de la société civile (OSC, nouveau nom pour désigner les ONG) a beaucoup évolué pour se concentrer sur le renforcement des sociétés civiles du Sud, pour qu’elles soient des acteurs de leur développement, et les interlocuteurs des politiques publiques. Ce renforcement de capacités des acteurs du Sud est aussi l’une de nos priorités.

L’AFD finance une partie de ces projets à travers sa division du partenariat avec les ONG, avec des crédits délégués par le ministère des Affaires étrangères et du développement international. 80% de ces crédits sont dédiés à ces projets terrain.

 

C’est à la fois par ce dialogue partenarial et par cette activité de financement de projets que l’AFD travaille étroitement avec les ONG.

 

Il y a 30 ans, la coopération était publique, et les ONG travaillaient à côté. Ce temps est révolu.



"On ne va pas partir au premier coup de feu"

01/10/2014

Dans cette interview vidéo, Olivier Ray, responsable de la cellule Crises et conflits, nous explique le rôle d’une agence de développement dans un pays en plein désarroi.

  

 

Sur l'année 2014, on a vu se multiplier des terrains de crises, de violences et de conflits. On a tous les images en tête : la crise syrienne qui perdure et reste une crise chaude, c'est la République centrafricaine qui est dans un état de crise extrêmement forte, mais c'est aussi le virus Ebola en Afrique de l'ouest, sans parler de l'Irak,  de gaza ou de crises pas si lointaines en Haïti et en Afghanistan.

Dans ces pays là, la France ne peut pas dire à ses partenaires "en situation de paix, on vous aide dans un processus de développement mais lorsqu'il y a des difficultés et que votre population souffre, on s'en va." C'est au contraire à ces moments-là que la solidarité, la coopération prend tout son sens.

Est-ce le rôle d’une agence de développement d’intervenir dans un pays en conflit ?

Un conflit c’est dix, vingt parfois trente années de développement perdu. Agir sur les situations de crise, en relèvement post-conflit et en prévention des crises, c’est fondamentalement être dans notre cœur de métier de développeur.

C’est important de continuer à travailler, à trouver les bons instruments, les bons modes opératoires pour agir dans ces situations parce que c’est, quelque part, le défi du développement du siècle à venir. Et donc il ne fait pas sens pour le développeur de partir au premier coup de feu. Notre raison d’être c’est d’accompagner ces sociétés dans le temps long, au moment de leur croissance et de leur développement, pour travailler sur les goulets d’étranglement de cette croissance.

Et aussi de manière préventive, contre ces crises qui restent de faire passer la richesse d’un pays du niveau d’aujourd’hui au niveau auquel il était il y a dix ou vingt ans. Un exemple, la RDC a perdu vingt années de croissance économique dans la crise des années 90.

On a, à l’AFD, beaucoup de projets qui contribuent à réduire ce terreau de la violence. On sait très bien que la jeunesse urbaine au chômage, c’est un facteur de crise. Parce que ces jeunes, frustrés, peuvent prendre les armes. Nous savons que les tensions autour du foncier, c’est-à-dire autour de la propriété de la terre peuvent créer des conflits extrêmement forts et violents. Là aussi il y a des projets pour traiter cette gestion de la terre. On a aussi bien établi au niveau international que certaines formes d’inégalités sociales, économiques et politiques génèrent de la violence par la frustration. Là aussi des interventions de l’aide au développement permettent de travailler avec des partenaires pour réduire un risque d’embrasement. 

Dans l’urgence, l’AFD fait-elle de l’humanitaire ?

L’AFD quand elle intervient dans des Etats qu’on appelle fragiles ou des sociétés fragilisées par la récurrence de crises environnementales ou politiques, elle intervient dans une logique de développement.

Notre rôle, notre mandat n’est pas l’humanitaire à proprement parler mais il y a un enjeu fondamental qui se pose pour l’AFD, c’est : comment mieux agir dans cette zone grise entre l’action humanitaire et l’action de développement, à long terme et pérenne.

On ne peut pas se permettre d’avoir d’un côté l’action humanitaire portée par un certain nombre d’acteurs, et des actions de développement qui ont des interlocuteurs locaux différents. Parce que cette désynchronisation entre les réponses humanitaires dans l’urgence et les réponses de développement génère alors des vrais problèmes de politiques publiques à long terme. Ça c’est ce que nous enseigne l’expérience de la communauté internationale de ces dix dernières années. Et donc on travaille avec nos collègues du monde humanitaire pour articuler les réponses dans l’urgence et dans le développement.

L’AFD ne travaille-t-elle qu’avec les gouvernements ?
 
L’approche de l’AFD c’est d’être le plus flexible possible dans nos modes d’intervention dans ces situations complexes. Il va de soi qu’en fonction d l’évolution d’une situation, nos interlocuteurs vont être différents. Il peut être nécessaire et important de travailler avec la puissance publique dans son incernation nationale parce que c’est elle qui porte légitimement la politique publique.

Parfois ce n’est pas possible parce que la puissance publique nationale, le gouvernement ne contrôle pas tout son territoire. Ou parce que, à un moment donné, ce sont des acteurs avec lesquels le gouvernement français ne peut pas travailler, parce qu'ils massacrent leur population, par exemple. Et dans ces cas-là, l’objectif de l’AFD est de maintenir une capacité d’intervention au service des populations et en préparation de la reconstruction. Notre stratégie peut être d’aller travailler avec des acteurs du secteur privé qui restent une composante fondamentale pour la création de richesse et le pain quotidien des populations en temps de crise. Mais ça peut être aussi travailler avec des collectivités territoriales qui portent aussi la politique publique au niveau local et qui participent de la légitimité et de la crédibilité de la puissance publique
lorsque le gouvernement n’est pas à même de livrer les services publics.

 

► En savoir plus sur l'action de l'AFD dans les pays en crise



Vous avez dit psychosocial ? - Interview avec Bénédicte Weyl

11/09/2014

Les programmes psychosociaux dans des situations post-conflit permettent de prévenir et de traiter des traumatismes psychiques afin d’éviter que des sociétés n’entretiennent la spirale de la violence. Car si se nourrir, s’abriter et avoir accès aux soins comptent parmi les besoins vitaux de chaque individu, bâtir un équilibre psychologique et construire des relations sociales harmonieuses sont tout aussi indispensables au développement. Eclairage par Bénédicte Weyl, référente psychosociale à la cellule Crises et conflits de l’AFD.
 

Le psychosocial, qu’est-ce que c’est ?

Le psychosocial a trait aux conséquences des catastrophes naturelles, des conflits et des crises, mais aussi à l’accompagnement des victimes de maladie grave et de leurs familles, à celui des populations déplacées ou réfugiées, à la prise en charge des enfants des rues : de nombreux secteurs sont concernés ! Il s’agit de la prise en compte des traumatismes psychologiques individuels liés à ces situations, et de leur impact sur le fonctionnement des groupes (la famille, la communauté, la société…).

Les violences vécues entrainent la perte du sentiment de sécurité, de capacité d’initiative et de contrôle de sa propre vie. Elles se traduisent par des symptômes référencés : cauchemars, dépression, conduites à risque, incapacité à nouer des relations sociales saines, qui sont autant d’obstacles à une vie « normale ».

Ces blessures invisibles peuvent remettre en question la paix, les droits des personnes et le développement : comment un enfant victime d’un traumatisme peut-il apprendre à l’école ? Comment un soignant ayant lui-même vécu des situations traumatiques peut-il traiter ses patients ? Comment monter une micro-entreprise lorsqu’on ne se projette plus dans l’avenir ?

Tenir compte de l’humain et l’aider à redevenir acteur de sa vie permet d’améliorer le bien-être individuel et le vivre-ensemble. L’individuel (psychisme) et le collectif (social) sont alors combinés.

L’écoute est l’un des points fondamentaux du psychosocial. Nous mettons en place des cellules d’écoute individuelle ou collective, des groupes de pairs, des groupes de parole avec des médiateurs thérapeutiques, des permanences psychosociales ou des jeux psychoéducatifs pour les enfants, des activités de groupe, artistiques par exemple, visant à renforcer la cohésion sociale ou la prévention des conflits.

Pourquoi est-ce important d’introduire cette dimension dans des projets de développement ?

L’intérêt d’intégrer une composante psychosociale dans les projets de l’AFD est réel : en permettant un mieux-être des populations concernées, on donne plus de chances de succès aux projets.

Ce sont les ONG qui se sont aperçues que certains programmes de développement échouaient ou avaient des effets limités en raison du manque de soutien psychosocial des bénéficiaires. Ainsi, l’AFD subventionne depuis quelques années des ONG qui mettent en place des programmes psychosociaux.

Et plus récemment, des projets pilotes dotés d’une composante psychosociale ont été lancés dans différents secteurs : un projet de développement rural communautaire en Palestine, un projet de formation professionnelle en RDC, un projet santé en Côte d’Ivoire… Et nous menons un programme visant à aider les collectivités locales à gérer les afflux de réfugiés syriens en Jordanie et au Liban. L’objectif ? Faire en sorte que les bénéficiaires soient en mesure de profiter pleinement des programmes que nous finançons.


Comment cela se passe-t-il concrètement, sur le terrain ? Pouvez-vous nous donner un exemple ?


La crise post-électorale en Côte d’Ivoire (2010-2011) a entraîné des traumatismes individuels et une déstructuration sociale. Pour restaurer la capacité des individus et des communautés à travailler et vivre ensemble, nous avons décidé, avec les autorités ivoiriennes, d’ajouter une dimension psychosociale au volet santé du Contrat de désendettement et de développement ( C2D) signé en 2012.

La cellule crises et conflits de l’AFD a donc animé un atelier en décembre 2013 à Abidjan. Il a rassemblé les quatre ONG qui vont mettre en œuvre ce volet psychosocial, les autorités publiques de santé ivoiriennes, ainsi qu’ECHO, la structure européenne en charge de l’humanitaire – à qui l’AFD et la Côte d’Ivoire délèguent une partie des fonds du C2D.

La prise en charge psychosociale dans les structures sanitaires ivoiriennes que nous avons proposée comprend un axe pour le personnel soignant, à la fois acteur et bénéficiaire, avec des formations sur les éléments à intégrer dans les consultations ou sur les symptômes et le traitement de la souffrance psychique, et la mise en place d’un processus de régulation émotionnelle ; et un axe pour la population, soutenue sur des aspects individuels et sociaux : sensibilisation des intervenants dans les villages, ou encore animation d’espaces mères-enfants dans des centres de santé primaires.

Les autorités ivoiriennes se sont montrées très réceptives vis-à-vis de ce type d’interventions psychosociales. Et ce programme contribue au travail de réconciliation entre les communautés divisées par les récents épisodes de violence.

 

CHIFFRES-CLES
  • 40 % C’est l’augmentation des violences intrafamiliales après un conflit
  • 3 C’est le nombre minimum de générations auxquelles se transmet un traumatisme influant sur la santé
  • x 7 C’est l’augmentation du nombre de dépressions suite à un traumatisme ; la dépendance à l’alcool est doublée et l’addiction à la drogue triplée
Sources : Direction du développement et de la coopération suisse, Banque mondiale

 Pour en voir et savoir plus sur le sujet 

Synthèse vidéo de la conférence : "Le bien-être, socle du développement"

"Pour un accompagnement psychosocial des populations dans les projets de développement", de Guillaume Pégon, de Handicap International

"Le bien-être, socle du développement", de Thierry Liscia, alors expert de la cellule Crises et conflits de l'AFD

En savoir plus sur l'action de l'AFD dans les pays en crise



« Les Maliens sont conscients de la responsabilité qui leur incombe d’être à la hauteur de la solidarité internationale »

29/05/2013

A l’issue de la conférence « Ensemble pour le renouveau du Mali », qui s’est tenue à Bruxelles le 15 mai dernier et qui a permis de recueillir plus de 3,2 milliards d’euros de promesses d’aide de la communauté internationale, Yves Boudot, le directeur du département Afrique de l’AFD, et Bruno Deprince, directeur de l’agence de l’AFD à Bamako, apportent un éclairage sur les perspectives de relance des projets de développement du pays.

Que dire de la situation actuelle au Mali ?
YB : Tout d’abord il convient de préciser que l’économie du Mali ne s’est pas effondrée du fait des événements. Son effondrement militaire et son effritement politique ont été certes rapides mais l’économie a été relativement épargnée.
Le Mali n’a donc pas à être reconstruit sur un plan économique. Très peu d’actifs de production ont été détruits. En effet, le nord du Mali, zone du conflit, représente un poids plutôt faible en termes d’activité économique. Les experts tablent même sur un rebond important de la croissance en 2013.
Mais le pays reste le cinquième pays le plus pauvre du monde et ses besoins sont immenses.

L’AFD a-t-elle continué de travailler au Mali pendant la période des événements (du coup d’Etat à l’intervention militaire Serval) ?
Yves Boudot : La « coopération civile et militaire » avait été en effet suspendue en mars 2012, et nos expatriés avaient été rapatriés, mais l’agence a continué de travailler.
La présence des trois chargés de projets maliens et le pilotage par le siège ont permis aux projets antérieurs à la crise de progresser. Cela dit, aucune instruction de nouveau projet n’était possible, sauf pour les projets d’ONG.

Quelles sont les plus grandes difficultés actuellement que vous rencontrez pour mener à bien tous les projets de financement ? Des problèmes de sécurité ?
Bruno Deprince : Le plus dur aujourd’hui, ce ne sont pas les questions de sécurité, qui sont bien intégrées, mais plutôt la succession de gouvernements de transition : trois depuis avril 2012. Nos interlocuteurs changent, l’administration est encore « en chantier » si vous me permettez l’expression et est faiblement équipée pour répondre aux besoins de la population, d’une part, et aux demandes croissantes des bailleurs de fonds, d’autre part.

YB : Cette situation était déjà un problème majeur pour un pays comme le Mali avant les événements : un pays pauvre avec une administration manquant cruellement de ressources et de compétences pour bien gérer un pays aux multiples besoins…

BD : Cette instabilité va se prolonger avec la période d’élections dans laquelle le pays entre : l’élection présidentielle débutera le 28 juillet, et sera suivie d’élections législatives. Le retour à une vie démocratique « normale » devrait, si tout va bien, se mettre en place pendant le second semestre 2013 et permettre une stabilisation politique du pays.

© Crédits : CIA

 

Que change pour l’AFD la présence de l’armée française dans le pays ?
BD : Rappelons d’abord que l’intervention française a été très appréciée par les Maliens : une présence militaire française n’a jamais été aussi favorablement accueillie dans un pays africain.
En ce qui concerne l’AFD, nous avons une très bonne collaboration avec les forces de l’opération Serval. Cela rend le métier de développeur un peu particulier. Nous sommes en contact permanent ! Ils nous apportent un soutien logistique en cas de déplacement dans les zones à risque dans le nord du pays. Ils nous transportent en avion, par exemple, ou  assurent la sécurité des agents de l’AFD (expatriés comme Maliens) en visite sur le terrain.

Mais notre collaboration va au-delà de la logistique. Nous sommes également en contact pour appuyer les administrations et les établissements financiers maliens qui ont besoin de rebâtir et se réinstaller dans les villes du nord.
Par ailleurs, les membres de Serval nous appellent pour solliciter notre avis lorsqu’il s’agit d’intervenir sur la réparation d’infrastructures détruites par les forces djihadistes.
 
Qu’a apporté la conférence des « Amis du Mali » à Bruxelles le 15 mai ?
BD : Les promesses de dons des bailleurs sont très importantes : plus de 3,2 milliards d’euros sur deux ans. On ne s’attendait pas à un tel succès, les premières estimations tablaient sur environ deux milliards.

YB : Oui, une telle marque de solidarité de la part des donateurs est une excellente surprise pour les Maliens. Mais ces donateurs ont fait part de leurs exigences en matière d’allocation des fonds et les Maliens sont conscients que nombre de ces promesses d’engagement sont conditionnées à la tenue d’élections qui permettraient de stabiliser le pays. Il faut donc un agenda politique réussi, sur lequel viendra se greffer un calendrier de déblocage de fonds de la part des bailleurs. Les attentes des bailleurs sont également fortes en termes d’amélioration de la gouvernance, afin notamment d’améliorer le climat des affaires pour favoriser le développement du secteur privé.

BD : Les Maliens se rendent compte du vrai challenge que ces montants représentent ; il y a une fenêtre d’opportunité pour bénéficier de ces financements des partenaires étrangers mais il y aussi une interrogation : comment absorber cette manne, avec une administration en chantier ? La réponse est difficile à donner tant qu’on n’a pas de gouvernement stable au pouvoir.

La France, et plus particulièrement l’AFD, peut-elle accompagner le Mali dans ce défi ?
YB : Les promesses françaises, avec 280 M€, représentent environ 8% des annonces totales. Donc, même si nous sommes des partenaires de longue date du Mali, il convient de rester modestes sur le rôle que joue la France, et ce même si nous sommes les chefs de file sur certains dossiers comme celui de l’eau potable à Bamako. Les principaux partenaires du plan de relance durable du Mali sont l’Union européenne, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale. La France ne pourra accomplir seule, en termes de développement, ce qu’elle a réalisé au niveau militaire. En outre, rappelons qu’il existe très peu d’entreprises françaises implantées au Mali ; le niveau des investissements directs étrangers (IDE) français y est assez faible.

BD : Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de relance de l’ensemble de nos activités. Notre équipe s’étoffe progressivement, mais nous devons nous adapter à ces contraintes de ressources humaines. Et les Maliens apprécient beaucoup notre action auprès d’eux, qu’elle soit civile ou militaire.

Ce que vient de connaître le pays – le coup d’Etat, l’envahissement partiel par les groupes armés islamistes et indépendantistes, l’intervention militaire pour rétablir l’intégrité territoriale du pays – a-t-il agi comme un « électrochoc » en termes de développement du pays ou, au contraire, remet-il en cause les efforts déployés jusqu’ici ?
YB : Disons que l’électrochoc de la situation politique et militaire renforce le besoin de développement territorial et particulièrement dans le nord du pays. C’est un moment propice pour relancer des projets dormants dans le Nord, des infrastructures, des routes pour rejoindre cette zone isolée.

BD : La conférence de Bruxelles envoie tout de même un vrai message de la part des donateurs, qui a fait du bien aux Maliens. Ils ont compris qu’ils doivent se saisir de cette opportunité et le fait que l’AFD entende participer à son modeste niveau au renouveau du Mali est très apprécié .

Quelles sont les priorités du pays d’une part et des bailleurs de fonds tels que l’AFD d’autre part aujourd’hui ?
BD : Sur le long terme, selon nous, le vrai moteur de développement du Mali sera le secteur privé. En effet, le climat des affaires du pays ne bénéficie pas de bons indicateurs auprès de la communauté internationale. Mais cela prendra du temps.
Plus généralement, tout est à faire au Mali.
L’AFD y a trois axes d’intervention : l’agriculture et le développement territorial, en accompagnement de la décentralisation, dont la nécessité est apparue davantage évidente avec les événements ; le développement humain qui regroupe l’éducation, la formation professionnelle et la santé ; et enfin les infrastructures, indispensables, et notamment en milieux urbains, les développement des villes devant être davantage harmonieux et répondre aux besoins de tous.
Cependant, parallèlement à ces trois axes, nous intervenons dans de nombreux autres domaines, notamment le secteur privé, et nous soutenons massivement le travail des ONG.
Le domaine dans lequel nous comptons appuyer davantage  le Mali est celui de l’énergie. Le pays a besoin d’une énergie propre et bon marché, pour permettre le développement de ses activités économiques. Pour cela, le secteur de l’énergie doit être restructuré et les importations d’énergie facilitées au niveau régional.

YB : Les problèmes énergétiques sont une constante dans tout le Sahel et ce, depuis des décennies. Les événements au Mali n’ont fait qu’accentuer la situation déjà dégradée d’un pays enclavé, sans ressource pétrolière connue à ce jour.

Comment peut-on aider le secteur privé à se développer et à tirer la croissance du pays vers le haut ?

BD : Parallèlement à l’amélioration des infrastructures, de l’accès à l’énergie et à une plus grande qualification des ressources humaines par l’éducation, nous tentons d’améliorer l’accès au financement pour les entreprises maliennes, petites et grandes.
Dans le secteur de la micro finance, le ministre des Finances nous a demandé de l’appuyer dans la démarche de restructuration qu’il souhaite engager car ce secteur se porte mal . Nous avons répondu favorablement à sa demande au travers  du lancement d’une étude qui facilitera la prise de décisions dont certaines seront douloureuses mais aussi l’accompagnement du développement des structures saines. Pour accompagner le développement des entreprises plus grosses, nous proposons aux banques maliennes de « partager les risques » pour qu’elles puissent emprunter et investir. Ce système de garantie dénommé ARIZ est efficace et très apprécié par les Maliens.
En outre, Proparco, la filiale du groupe AFD qui s’adresse spécifiquement aux entreprises privées, a relancé ses activités au Mali dès le mois de mars dernier. Cette posture volontariste permet d’envoyer un signal de confiance au monde des affaires présent au Mali qui en avait bien besoin ces derniers temps.



Interview inédite de Stéphane Hessel - Conférence "Contre la faim, soyons cohérents"

27/02/2013

Stéphane Hessel, Président d’honneur du CFSI, Ambassadeur de France, co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, a été interviewé dans le cadre de la conférence "Contre la faim, soyons cohérents", organisée à Paris par l'AFD et le CFSI le 4 octobre 2012.

L'interview est à découvrir ici :

 



Éducation et formation en Afrique : quels enjeux ? Quels nouveaux outils ?

06/09/2012

Où en est aujourd'hui l'Afrique subsaharienne en matière d'éducation et de formation professionnelle ? Est-elle en mesure d'accompagner ses futures générations vers l'emploi ? De quels atouts et outils dispose t-elle? Quatre experts de la division éducation (EDU) nous apportent dans une interview vidéo des éléments de réponse à travers un panorama de la problématique éducative et formative en Afrique subsaharienne.

 

  Crédit photo : 2iE, AFD

 

En Afrique, les deux tiers de la population ont moins de 24 ans

L’éducation est à la fois un droit fondamental et l’une des clés du progrès social et du développement économique, essentiel à la lutte contre les inégalités. En Afrique , 2/3 de la population a moins de 24 ans. Cette jeunesse est l’avenir du continent, son plus grand espoir mais constitue aussi un énorme défi pour le développement puisque 20% des jeunes sont actuellement au chômage. 
Cette croissance doit à tout prix rester un atout pour bâtir une Afrique innovante, productive, économiquement solide et socialement solidaire, et non devenir un obstacle à ses chantiers de développement. Pour y parvenir, il lui faut miser en priorité sur l'éducation et la formation professionnelle.  

 

Éducation de base mais aussi formation professionnelle

Avec cette tendance démographique et la montée du chômage, il est nécessaire d'intégrer dans notre approche non seulement les préoccupations relatives à l'éducation de base mais également à l'enseignement secondaire, supérieur, la formation professionnelle, avec un accent mis sur  l’insertion et l’emploi des jeunes . Face à ces défis, l'AFD au cours des dix dernières années a investi plus d'un milliard d'euros dans le secteur de l'éducation/formation, dont 2/3 sur le continent africain. Et dans les trois prochaines années, ses financements dans l'éducation devraient s'élever à plus de 500 millions d'euros, toujours majoritairement sur le continent africain.
(Synthèse de l'intervention de Virginie Bleitrach).

 

L’effectif scolarisé a augmenté de 31% en dix ans

Depuis une dizaine d’années, des progrès considérables ont été faits en termes d’accès à l’école primaire. L’Afrique subsaharienne a enregistré les résultats les plus importants ces dix dernières années.

Entre 1998 et 2009, l’effectif scolarisé a augmenté de 31% (soit 58 millions d'élèves supplémentaires).

En dépit de ces résultats, 1/4 des enfants qui devraient être à l’école n'est toujours pas scolarisé. C’est désormais aux autres cycles d’enseignement qu’il faut améliorer l'accès, notamment le cycle secondaire. Seuls 34% des enfants y accèdent à l'heure actuelle.

 

 

Le défi de la qualité de l'enseignement

 

Actuellement, 47 millions de jeunes en Afrique subsaharienne ne disposent pas des compétences de base pour lire et écrire. L’AFD s’est attachée ces dernières années à soutenir les réformes nationales éducatives en appui avec les autres partenaires techniques et financiers.

(Synthèse de l'intervention de Marion Butigieg)

 

 

 

 

La formation professionnelle devient enfin une priorité des politiques publiques

 

La formation professionnelle est un secteur en pleine expansion dans la majorité des pays d'Afrique subsaharienne. Leurs dirigeants ont placé parmi leurs priorités la formation professionnelle et l'insertion des jeunes. 

Cela dit, l'on part de loin, car beaucoup de pays ont des dispositifs de formation sous-dimensionnés, des équipements obsolètes, des formateurs n'ayant pas bénéficié de recyclage de formation continue depuis très longtemps. 

 

 

Faire correspondre l'offre et la demande sur le marché du travail 

 

Il résulte des éléments précédemment énoncés qu'un grand nombre de jeunes en fin de cursus, bien qu'effectivement formés, ont un profil en inadéquation avec les besoins du marché du travail qu'il faut, par ailleurs, identifier et anticiper. La situation est difficile, mais reste cependant encourageante puisque de nombreux pays ont mis ce point leur agenda politique. 

L'AFD reçoit de plus en plus de demandes visant à réunir les conditions d'un rapprochement de la formation professionnelle et du marché de l'emploi. Cela passe par une mise en relation entre les centres professionnels et les entreprises (par le biais de partenariats publics-privés), de façon que les secondes puissent indiquer aux dispositifs de formation et d'apprentissage quels sont exactement leurs besoins de compétences actuels et les emplois à venir. 

 

 

Revaloriser la formation aux métiers 

 

Cette volonté se traduit par la mise en place de dispositifs de formations plus souples, courtes, orientées vers le métier, certifiées et reconnues et qui, de facto, vont bénéficier d'une image plus positive qu'elle ne l'est actuellement. En effet, dans ces pays, l'apprentissage ou la formation aux métiers est encore considéré comme peu valorisant par les parents et par les jeunes eux-mêmes.

 

 

Fédérer les compétences pour faire de la formation un outil complet

 

Dans la plupart des pays, on peut constater que seulement 5% du budget de l'Éducation nationale est alloué à la formation professionnelle. Ce qui est totalement insuffisant. Pour relever ces défis, nous essayons de travailler en synergie avec d'autres types de compétences que les nôtres - la formation professionnelle n'étant qu'un outil dans le paysage de l'aide au développement. Il faut des synergies avec, par exemple, les départements et les divisions qui s'occupent de l'appui au secteur privé et de la microfinance, ou encore les départements spécialisés dans l'appui au développement agricole et aux métiers en milieu rural.

L'AFD a appuyé un peu plus de 60 projets dans une quinzaine de pays pour un montant d'environ 280 millions d'euros et la demande est de plus en plus forte.

(Synthèse de l'intervention de Christian Fusillier)

 


 

Les NTIC, une solution pour améliorer l'accès et la qualité de l'éducation et de la formation ?

De manière générale, les problèmes identifiés ont trait à la qualité de l'éducation, au delà de l'accès proprement dit, et à l'adéquation des formations avec les besoins des secteurs productifs. À l'AFD, nous sommes convaincus que les outils numériques sont tout à fait adaptés au développement et à l'amélioration de la qualité de l'éducation et de la formation en Afrique. Aujourd'hui, beaucoup de freins sont levés. Le taux de pénétration du téléphone mobile en dix ans est considérable. On était au début des années 2000 à 10% de taux de couverture géographique en Afrique subsaharienne. Aujourd'hui, nous sommes à 80%. Cela représente par ailleurs 30 % de la population.

 

L'investissement dans les NTIC, un indicateur de performance des systèmes éducatifs ?

L'OCDE élabore des études et tests de performances des élèves, le PISA (acronyme de "Programme for International Student Assessment "), en français, "Programme international pour le suivi des acquis des élèves". Celui-ci montre que les pays qui utilisent de manière poussée les outils numériques sont les plus performants. Les jeunes Finlandais qui bénéficient d'un ordinateur pour deux élèves au collège sont les premiers en maths au test PISA, les Sud-Coréens, très bien équipés également, sont seconds alors que les français arrivent au 17ème rang parmi la soixantaine de pays évalués.

L'investissement dans les technologies joue un rôle déterminant dans les performances des élèves et donc des systèmes éducatifs. En Corée du sud, pays qui a fortement investi pour ses technologies en éducation dès le début des années 90, les enseignants utilisent les TIC pour enseigner. Avec l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), nous mettons en place des programmes et des dispositifs pour accompagner et sensibiliser les enseignants à la prise des nouvelles technologies de l'information
 

Trop de projets isolés, pas assez de coordination

Il existe aujourd'hui beaucoup de projets pilotes sans suite, sans écho du fait d'un manque de coordination entre les bailleurs de fonds et les programmes sectoriels de l'éducation mis en oeuvre par les gouvernements. Cette coordination est pourtant une condition pour que ces projets puissent être déployés à l'échelle d'un pays ou d'un système éducatif.

L'AFD a donc réuni un groupe de travail avec des bailleurs de fonds, des utilisateurs du sud, des universitaires et des chercheurs pour essayer de formuler des propositions qui aideront à passer du stade de l'expérimentation des projets à leur mise en oeuvre effective dans les systèmes éducatifs africains.    
(Synthèse de l'intervention de Jean-Christophe Maurin)



 
 
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