Favoriser la participation du privé dans la transition verte

Un contexte alarmant

Malgré d’indéniables progrès technologiques, les processus artificiels de production restent très peu efficaces1. Cette inefficacité dans la production se trouve dégradée par celle de l’usage : un français n’utilise par exemple sa voiture que 45 min par jour en moyenne.

Conséquences : la demande de matières premières pour satisfaire une population mondiale urbaine de plus en plus nombreuse explose si bien que de nombreuses ressources sont en pénurie ou sont menacées d’épuisement à court ou moyen terme.

Les conséquences pour notre environnement et pour la viabilité de notre économie sont considérables. De nombreuses données circulent sur les coûts liés à la dégradation subie par l’écosystème: on y évoque le coût de plus en plus élevé des traitements nécessaires pour rendre l’eau propre à la consommation2 en raison de la complexité des pollutions, le coût de l’urbanisation sur la rareté des sols fertiles, le coût de l’adaptation au changement climatique3, etc.

Les données sur les conséquences pour la santé humaine sont moins nombreuses mais tout aussi édifiantes. Certains n’hésitent pas à classer les enjeux sanitaires liés aux pollutions anthropiques au même niveau que des épidémies tel que le paludisme ou la tuberculose4 . L’OMS estime à 7 millions le nombre de décès annuels dus à la pollution.

La croissance continue de l’effet de levier entre la réalité physique des écosystèmes naturelles et l’apparente abondance promue par notre système productif, avec une accélération ces trente dernières années5 interroge la pérennité d’un environnement viable pour l’Homme au-delà de la question plus éthique de la conservation de la Nature. Un découplage entre notre mode de vie et le prélèvement de ressources naturelles est par conséquent vital.

 
©Manfred Meiners  

Des investissements nécessaires de plus en plus importants

 

Ce découplage nécessite la mobilisation d’investissements très élevés de la part de nombreux acteurs locaux pour « décarboner », augmenter l’efficience d’utilisation des ressources limitées, réduire la pollution des processus de production et d’usage des produits et services et, enfin, s’adapter aux effets du changements climatique qui ne peuvent plus être évités.

Or le volume des investissements à financer dépasse de loin les ressources publiques (y compris l’APD) disponibles. Globalement, les financements publics, nécessairement limités et souvent contraints par les retombées de la crise financière internationale, joueront un rôle catalyseur fondamental pour mobiliser des financements privés, localement et sur les marchés de capitaux.

Dans ce contexte, il est essentiel de continuer d’appuyer la formulation et la mise en œuvre de politiques publiques incitatives à l’investissement et de relayer ces politiques publiques par une mobilisation du secteur privé et bancaire. La réalisation des investissements « verts » par ces agents économiques est souvent conditionnée - ou au moins grandement facilitée – par l’action publique qui doit créer un cadre favorable. Les acteurs à la recherche de financement pour leurs activités entrepreneuriales ou domestiques n’ont le plus souvent d’autres choix que de compter sur leurs propres ressources quand les banques ou les institutions de microfinance ne sont pas disponibles à proximité ou leur refusent un prêt.

 

Des programmes de mobilisation des institutions financières locales

 

En réponse à ces enjeux, les bailleurs de fonds ont développé des programmes de mobilisation des institutions financières locales (publiques ou privées) pour le financement de la maîtrise de l’énergie, de l’optimisation de l’usage des ressources naturelles et de la protection de l’environnement (la « finance environnementale »). L’intermédiation bancaire permet de servir la partie « diffuse » du potentiel d’investissement (les investissements de taille unitaire réduite) pour lequel les financements directs des bailleurs ne sont ni faisables (coûts de transaction trop élevés, délais d’instruction trop longs, connaissance insuffisante des opportunités, difficultés à satisfaire les besoins de financement en monnaie locale, …) ni souhaitables (les bailleurs se doivent d’être subsidiaires par rapport au secteur bancaire local).

Ces programmes reconnaissent également la place centrale de l’entreprise dans la réussite de la transition écologique. En effet, c’est vers l’entreprise, lieu de production et de transformation, que convergent la majorité des flux physiques. C’est en grande partie à cause de son inefficacité ou au contraire grâce à son ingéniosité que le processus de transformation peut être plus ou moins efficient. Par ailleurs, reposent sur les entreprises les conditions du succès des processus de récupération, de valorisation, de recyclage ou de traitement des matières premières secondaires. Enfin, les produits et les services de l’entreprise peuvent induire des impacts plus ou moins importants sur l’environnement sur leur durée de vie.

 


 

1 Les processus naturels peuvent également présenter des rendements très faibles : la photosynthèse a un rendement de l’ordre de 6% mais la différence de taille avec les processus anthropiques est que la notion de déchets n’existe pas dans la nature. Ainsi, l’oxygène, qui est le déchet de la photosynthèse, est un élément essentiel pour la faune.
2 Le marché de l’eau actuellement de l’ordre de 425 GUSD pourrait atteindre 1 TUSD en 2020.
3 Selon une étude de la Banque mondiale « the cost between 2010 and 2050 of adapting to approximately 2oC warmer world by 2050 is in the range of $70 billion to $100 billion a year »
4 Garic Audrey « la pollution industrielle fait autant de ravages sur la santé que le paludisme » le Monde du 26 octobre 2012, citée par JC Levy et V Aurez dans « économie circulaire, écologie et reconstruction industrielle ? » CNCD – SciencesPo.
5 Selon l’avis d’initiative du Conseil économique et social européen publié en 2010 sur les transactions financières internationales, « Le montant total de l'ensemble des transactions financières est passé de 15 fois la valeur du PIB mondial en 1990 à environ 70 fois cette valeur en 2007 »

Mise à jour en août 2015

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