À la une

La croissance urbaine : un défi pour la planète

03/04/2014

A la veille du 7e Forum Urbain Mondial, qui se tient à Medellin du 5 au 11 avril 2014, rencontre avec Anne Odic, responsable de la division Collectivités locales et Développement urbain (AFD) et Pierre Forestier, responsable de la division Changement climatique (AFD).
 

   

Le thème de la « ville durable » est très « en vogue ». Il sera d’ailleurs l’un des enjeux des grandes conférences internationales, notamment sur le climat, qui vont se tenir dans les prochains mois.
Mais, une « ville durable », qu’est-ce que c’est ?


Anne Odic
. Une ville durable se construit sur un temps long. C’est une ville qui ne laisse personne de côté. Pour être durable, une ville doit déterminer des priorités pour son développement. Améliorer les conditions de vie des populations urbaines, cela implique un meilleur accès à un logement décent, aux services essentiels tels que l’eau, l’assainissement, l’énergie, la gestion des déchets et aux équipements publics. Mais cela exige aussi de favoriser la mixité sociale et fonctionnelle, de mettre en œuvre des politiques de mobilité adéquates et de promouvoir des activités économiques et l’emploi local.

Pierre Forestier.
Il faut se poser la question suivante : comment s’assurer que la ville offre les services performants qu’elle est censée apporter à l’ensemble de sa population, tout en optimisant le plus possible les co-bénéfices de ces services ? C’est-à-dire, parvenir à ce que les services de transport ou de logement, par exemple, aient des impacts positifs, ou en tout cas le moins d’impacts négatifs possibles vis-à-vis du « climat », de l’environnement ou de l’intégration sociale.


D’après l’ONU Habitat, les villes abriteront 3 personnes sur 4 en 2050. La croissance urbaine, est-ce une chance ou une mauvaise nouvelle ?

Anne Odic.
Tout d’abord, il faut dire que la croissance urbaine, c’est un fait ! En tout cas, dans les pays dans lesquels l’AFD intervient, le rythme de l’urbanisation est très important, notamment en Afrique. Ensuite, pour les populations ou pour les villes, ça peut être une opportunité. S’il n’y avait pas d’opportunités en ville, les populations n’y viendraient pas ! La ville a un côté attractif qui se fonde sur un certain nombre de qualités (emploi, services, etc.). Mais l’aspect le plus négatif, c’est que l’urbanisation n’est pas anticipée. Dans ce cas, effectivement, la situation peut devenir rapidement assez désastreuse, y compris pour les populations qui arrivent en ville.

Pour que la ville soit une opportunité, il faut que les autorités publiques aient les moyens d’une planification territoriale et d’une stratégie à long terme. L’objectif est d’anticiper l’afflux de populations et d’aménager des quartiers pour les loger dans les meilleures conditions possibles, tout en améliorant les quartiers précaires de façon à les raccrocher à la ville. C’est un travail énorme qui repose principalement sur les autorités publiques locales, et les sujets de la ville sont des sujets transverses qui s’imposent tous en même temps. C’est la raison pour laquelle l’appui aux collectivités est au cœur de notre action et nous accordons tant d’importance au renforcement de capacité, de maîtrise d’ouvrage, etc. L’idée c’est vraiment de prioriser, d’aider la ville à sérier les problèmes, à faire un diagnostic et à partir de là à déterminer des priorités pour avancer vers la construction d’une ville qui tienne la route.

Et concernant le climat ?

Pierre Forestier. C’est indéniable, la ville répond à des besoins multiples. Sur la question climatique, on peut penser que concentrer des populations dans des zones géographiques avec des services, des industries, etc., c’est aussi concentrer les points d’émission de gaz à effet de serre et les problèmes de vulnérabilité aux effets du changement climatique. A contrario, on peut intuitivement penser qu’il y aurait plus de facilité pour les traiter. Toutefois, si nous disposons d’éléments pour affirmer que la ville est un centre de concentration des émissions de gaz à effet de serre et qu’elle dispose en règle général du « mandat » pour agir sur une partie de ces émissions et de ces vulnérabilités, nous manquons de données sur la réalité de sa capacité à les réduire, et sur ce qui a un effet efficace.
Nos travaux tendent à montrer qu’à certaines conditions : coût des logements limité en centre-ville, offre de transport en commun importante et bien organisée… la ville permet de limiter les émissions. On devrait donc pouvoir dire que la ville est aussi une « chance » pour la lutte contre le changement climatique ; et en tout état de cause elle est un « acteur » incontournable sur ce sujet.


Peut-on concilier dans la ville aspirations sociales et défis environnementaux de long terme ? Comment travaillez-vous sur ces questions avec vos partenaires ?

Anne Odic. Notre stratégie repose sur un dialogue avec les collectivités locales, notamment grâce à notre faculté de pouvoir les financer directement, avec ou sans garantie de l’État, ce qui est une spécificité de l’AFD par rapport aux autres bailleurs.
Les élus avec qui nous travaillons sont de plus en plus convaincus de la nécessité d’aller vers un développement urbain durable, et donc d’intégrer les questions environnementales dans la gestion des villes. Mais c’est plus compliqué pour ce qui concerne le climat. Quand on parle avec un maire, les premières interrogations sont d’ordre social et économique : « comment limiter la précarité, intégrer les populations, desservir les quartiers précaires et créer des emplois locaux ? ». Les questions climatiques sont plus rarement une priorité, car elles sont moins populaires.

Pierre Forestier. Il y a deux dimensions. Prenons l’exemple du transport : l’enjeu pour les politiques publiques portées par les villes, c’est de parvenir à optimiser ses effets, à la fois pour son objectif principal, transporter, mais aussi pour les autres bénéfices induits sur les questions sociales, climatiques ou environnementales.
Il est vrai qu’il est parfois plus facile pour un élu de se positionner sur des questions sociales – qui peuvent être une attente évidente de certains de ses concitoyens (quartiers précaires, groupes sociaux pauvres ou vulnérables…) ou simplement compréhensible par les autres –, et moins sur les questions climatiques. Même si la question de la « vulnérabilité » aux effets du changement climatique est dès à présent une réalité douloureuse pour certaines villes.
Nous travaillons avec les élus pour construire un discours et promouvoir la bonne façon de « raconter » à leurs populations les histoires compliquées que sont les enjeux climatiques. Car ce sont des questions qui concernent toute la planète mais ne préoccupent pas (encore) chacun au quotidien !

Anne Odic. A l’AFD, nous sommes convaincus que social et climat ne sont pas antinomiques. Ce que nous avons trouvé de plus efficace, ce sont les « effets démonstratifs ». Un projet de transport qui permet à des populations vivant en grande périphérie d’accéder à des lieux d’emplois au cœur de la ville est un projet à la fois vertueux en terme climatique, puisqu’on limite les déplacements en véhicule individuel, et en même temps social, parce qu’on permet à ces populations de se déplacer et d’avoir accès à leur emploi.

Pierre Forestier. Il est important de ne pas opposer les questions sociales aux questions climatiques. Les mandats des villes touchent des secteurs divers (service public, crèches, transports, écoles, parcs, logements…) qui ont des impacts potentiels sur les questions environnementales, climatiques ou sociales. L’idée est d’essayer concrètement, sans forcément chercher à en faire l’objectif principal du maire, d’optimiser les co-bénéfices dans un sens positif. C’est cela notre rôle et la valeur ajoutée spécifique d’un bailleur comme l’AFD : contribuer à construire une ville qui tient compte à la fois d’une efficacité de ses services et des co-bénéfices qu’ils apportent.
Finalement, ce que l’on doit rechercher, c’est les moyens de traiter ces sujets en favorisant les solutions qui ont des co-bénéfices sur les questions climatiques ou l’intégration des groupes vulnérables, et en appuyant la mairie pour une prise en compte efficace de ces enjeux dans sa planification. La question n’est donc pas de savoir si les citoyens sont d’accord pour réduire les gaz à effet de serre ou s’adapter aux effets du changement climatique. Ce qui intéresse le citoyen, c’est « promouvoir l’assainissement pour me permettre de ne plus avoir les pieds dans l’eau maintenant et dans le futur » ou encore « promouvoir des programmes d’efficacité énergétique dans les logements pour réduire mes factures ». Évidemment, pour la ville, cela réduit globalement l’empreinte énergétique et l’empreinte carbone.


Aujourd’hui, 1 milliard de personnes vivent dans un bidonville. On parle de 3 milliards en 2050. Que faire face à cette situation ?

Anne Odic. Il est indispensable de les intégrer à la ville. Les quartiers précaires sont synonymes de problèmes sociaux et sanitaires extrêmement importants. Bien sûr, il y a des cas, quand les quartiers précaires se trouvent en zone très vulnérable, où on ne peut pas les intégrer et où il faut absolument déplacer les populations. Mais je crois qu’il y a aujourd’hui un consensus des différentes parties prenantes, bailleurs de fonds mais aussi les villes, sur le fait que raser les quartiers et reconstruire ailleurs n’est pas la solution. Il faut, autant que possible, améliorer les quartiers précaires in situ, apporter les services, améliorer l’équipement public, etc. En général, avec une bonne politique publique, on arrive à lancer une dynamique qui permet une amélioration progressive, y compris une prise en charge au niveau individuel. Bien sûr, l’idéal, serait que les quartiers précaires ne se créent pas parce que l’on aura anticipé et qu’on aura développé une offre d’habitat qui permet aux populations de se loger. Mais ça prendra encore quelques années…
 



Accompagner les populations des quartiers précaires à Madagascar

01/04/2014

L’ONG Asie Tana Inter Aide (ATIA) soutient des initiatives locales pour favoriser l’insertion sociale, l’éducation et l’accès à la santé des familles dans les quartiers pauvres de Madagascar.
 

Le projet ATIA est mené avec cinq associations malgaches (Kozama, Koloaina, Afafi, Vahatra et Mampita) dans trois grandes villes de Madagascar : Antananarivo, Antsirabe et Mahajanga.

Isolement et manque d’informations
Malgré l’existence de services en mesure de répondre aux besoins de base des plus pauvres (accès à la santé, à l’éducation, relations avec l’administration…), certaines familles souffrent d’un isolement social et font face à de grandes difficultés pour améliorer leurs conditions de vie. Elles hésitent à se rendre dans ces structures dont elles méconnaissent le fonctionnement ou dont elles craignent le contact.

@ Vincent Griffaton – ATIA.

Lorsqu’elles sont confrontées à un problème de santé imprévu, et en l’absence d’un système de couverture médicale universelle, ces familles risquent de s’appauvrir brusquement, ruinant les efforts fournis sur plusieurs années. Cette fragilité est accentuée par le manque d’information à leur disposition sur le réseau sanitaire et les coûts pratiqués dans un marché de la santé non réglementé.

En matière d’éducation, le pays manque encore d’écoles maternelles et de programmes d’éveil de la petite enfance qui soient financièrement accessibles aux enfants les plus défavorisés. Ceci contribue à creuser des inégalités entre les enfants avant même leur entrée en primaire. En outre, les écoles publiques accusent un échec scolaire de masse, étant donné le peu de moyens dont elles disposent face à des effectifs pléthoriques.

@ Vincent Griffaton – ATIA.

Des méthodes originales pour répondre aux besoins
Le programme ATIA vise à rétablir un lien entre les populations vulnérables et les services qui peuvent appuyer leur développement. Un travail d’identification des acteurs est mené par les équipes, qui assurent en parallèle l’information des familles au travers de réunions collectives, de permanences sociales et de visites à domicile. 

L’accompagnement familial prépare cette mise en lien à partir de visites hebdomadaires dans les foyers. Cela permet d’acquérir en peu de temps une bonne connaissance de la situation particulière de chaque famille. Cet accompagnement régulier, basé sur la confiance, est apporté à plus de 2 000 familles chaque année, qui acquièrent ainsi progressivement les moyens de se protéger contre les aléas et de saisir les opportunités de développement qui s’offrent à elles.

@ Vincent Griffaton – ATIA.

L’éveil de la petite enfance et l’éducation concerne 6 700 enfants et s’attache à renforcer la relation affective des plus jeunes avec leurs parents, nécessaire pour leur développement psychomoteur. Il s’agit également de favoriser leur intégration et leur réussite dans le système scolaire : outre l’animation d’ateliers d’éveil, le projet appuie le lancement de classes de maternelle au sein des écoles publiques, et mène des séances de soutien scolaire pour les élèves du primaire. Des appuis techniques sont également proposés aux enseignants dans le cadre de leur formation officielle.

Enfin, les mutuelles mises en place proposent une adhésion systématique à une couverture des soins de santé à 20 000 familles, en collaboration avec les mairies de quartier mais aussi avec des associations ou des structures de micro-crédit. A cette prise en charge des frais de santé s’ajoute un service intégré qui offre à la fois la possibilité de bénéficier d’une orientation par un médecin en cas de maladie et l’accès à un réseau d’une centaine de structures de santé dont la tarification est régulée.

@ Anne-Claire Hay – Inter Aide

ATIA privilégie un appui plurisectoriel, plus adapté au développement des familles en situation de précarité, qui rencontrent souvent des besoins dans plusieurs domaines d’intervention. A travers ces actions, l’objectif est avant tout de renforcer les capacités des populations les plus défavorisées à améliorer par elles-mêmes leurs conditions de vie.
 

En savoir plus

► ATIA



Financement de la première ligne du métro de Kochi en Inde

01/04/2014

Le développement des infrastructures urbaines sobres en carbone, notamment dans le domaine des transports, est au cœur du mandat de l’AFD en Inde. Afin d’améliorer la mobilité urbaine pour les habitants de Kochi, l’Agence a signé en février 2014 un prêt de 180 millions d’euros au gouvernement indien pour la construction d’une ligne de métro sur viaducs de 25,6 km.

Le Grand Kochi
Dans les villes indiennes, l’évolution démographique conjuguée à l’élévation du niveau de vie des classes moyennes entraine une augmentation exponentielle du nombre de véhicules personnels, ainsi que l’aggravation des phénomènes de congestion et de pollution. Une situation qui rend incontournable le développement de réseaux de transports collectifs dans les plus grandes villes.

@Kochi Metro Rail Limited

La métropole portuaire de Kochi, qui compte 2,1 millions d’habitants, n’échappe pas à cette tendance. Capitale économique de l’Etat du Kerala, port naturel, site touristique réputé et point d’entrée en Inde, Kochi a su attirer de nombreux investissements nationaux et internationaux. Le Grand Kochi est aujourd’hui une des agglomérations indiennes « de second rang » les plus dynamiques. Malgré l’augmentation du parc automobile, les transports publics (autobus, minibus, rickshaws…) constituent encore les principaux modes de transport de personnes. La congestion croissante ne permet plus cependant leur exploitation de façon durable.

Décongestionner la ville et lutter contre le changement climatique
La création de « Kochi Metro Rail Limited » (KMRL), une joint-venture entre le gouvernement central indien et l’Etat du Kérala, a pour objectif de décongestionner la ville en construisant et en assurant le bon fonctionnement d’un métro sur un parcours de 25,6 km, en coordination avec les autres modes de transports urbains dans la ville.

@Kochi Metro Rail Limited


Ce projet bénéficiera à 360 000 passagers/jour dès 2018 et à 550 000 passagers/jour en 2033. Il se traduira par des facilités accrues de déplacement urbain et un aménagement du cadre de vie respectueux de l'environnement, du patrimoine urbain, de la santé et de la sécurité des habitants, notamment des groupes sociaux les plus fragiles.

Au niveau du climat, l’utilisation du métro, transport électrique de masse, permettra de réduire la congestion et la pollution ambiante, ainsi que les émissions de CO2 de manière très significative (65 000 tonnes/an à partir de 2024).
Ce financement s’inscrit dans la volonté de nourrir le dialogue entre la France et l’Inde dans le cadre des négociations internationales sur les changements climatiques et le développement urbain durable.

Organiser les transports urbains
KMRL participera activement à la création d’une autorité régulatrice des transports urbains à Grand Kochi (KUMTA : Kochi Unified Metropolitan Transport Authority), qui aura la charge de planifier et d’organiser les transports urbains, de personnes ou de marchandises, publics ou privatifs. Cette autorité aura notamment à coordonner l’ensemble des modes de transports publics, en restructurant les services d’autobus en fonction du réseau de métro, en développant le transport fluvial et en assurant sur l’ensemble de l’agglomération la complémentarité entre les transports publics artisanaux (rickshaws, taxis, minibus…) et les transports publics de grande capacité (bus, bateau, métro).


@ Kochi Metro Rail Limited


La KUMTA devra aussi préparer l’extension du système urbain de transports en fonction de l’évolution économique, sociale, environnementale et spatiale du Grand Kochi. L’AFD envisage d’apporter également un appui technique financé via le fonds d’expertise technique et d’échanges d’expérience (FEXTE).

La maîtrise d’ouvrage veillera à la mise en place effective de la directive « TOD : Transport Oriented Development », qui exige l’identification des opérations de valorisation foncière et de développement résidentiel ou commercial à proximité des principales stations du métro. Ces opérations devraient représenter jusqu’à 30 % des revenus de KMRL. 

Une expertise française recherchée
Le prêt souverain de 180 M€ (octroyé à condition de marché – et donc sans effort budgétaire de l’Etat français –) pour la construction du métro de Kochi confirme le positionnement de l’AFD dans le financement des transports publics de masse en Inde.
Le transport urbain est en un secteur où les compétences françaises sont reconnues et où l’offre et l’expertise des entreprises et des bureaux d’études français sont particulièrement recherchées.
Par ailleurs, une coopération décentralisée avec une collectivité française pourrait être mutuellement bénéfique dans le projet d’éco-quartier que KMRL souhaite créer dans le cadre de ses activités de développement résidentiel et commercial.

@ Xavier Hoang-AFD

La valorisation foncière, un élément-clé
L’orientation stratégique portée par l’AFD dans le secteur du transport urbain ferroviaire depuis plusieurs années démontre que la valorisation foncière des sites desservis par un métro est un élément-clé de la stratégie indienne en matière de transports urbains. Grâce à cette valorisation, la rentabilité financière des lignes de métro devrait augmenter et rendre possible l’extension progressive de nouvelles lignes indispensables au développement durable des agglomérations dites moyennes, mais qui en Inde dépasseront les 5 millions d'habitants d'ici 20 à 30 ans.
Cette évolution est une dynamique structurelle pour le développement urbain de l’Inde, qui sera le pays le plus peuplé au monde d’ici 15 ans.

En savoir plus
► Kochi Metro Rail Limited

 



AFD et Lafarge : Collaborer en faveur du logement abordable - Un partenariat pour l’amélioration de l’habitat en Afrique par la microfinance.

28/03/2014

Dans le cadre du programme "logement abordable" initié par Lafarge , ayant pour objectif de faciliter l’accès au logement à 2 millions de personnes d’ici 2020, l’AFD et le groupe de matériaux de construction ont signé un partenariat pour concrétiser leur collaboration en faveur de l’amélioration de l’habitat en Afrique, notamment par le biais de la microfinance.
L’AFD a octroyé un financement de 5 millions d’euros à la première banque de microfinance du Nigeria, " Lift Against Poverty Organization (LAPO) " et Lafarge apporte une assistance technique aux ménages pour la réalisation de leurs travaux d’amélioration ou de construction de leur logement.
 

Le contexte
Le Nigeria est le pays le plus peuplé du continent africain. La croissance annuelle de sa population urbaine est l’une des plus importantes au monde (3,8 % par an). Cette croissance intervient dans un contexte de grande pauvreté puisque près de 70 % des nigérians vivent en dessous du seuil de pauvreté (2 USD/jour). Il en résulte une multiplication des zones d’habitat insalubre dénuées d’infrastructures de base (eau, électricité, routes…) et manquant cruellement de logements décents.

L’accès au logement : un problème majeur

L’accès à un logement décent est un problème majeur pour les populations à faibles revenus du Nigéria, principalement en raison de l’absence d’octroi de crédit. En effet, 64 % de la population active du Nigeria est exclue du secteur bancaire formel. La plupart des habitants ont recours à des ONG ou des prêteurs sur gages qui pratiquent des taux d’intérêt prohibitifs de l’ordre de 150 %/an. Ce manque de financement est également préjudiciable à la qualité des constructions et à l’entretien de l’habitat en général.

© Médiathèque Lafarge - G. Osodi - Capa Pictures

La demande pour des logements accessibles ou sociaux (« affordable housing ») est très élevée, mais l’offre est faible, inadaptée, majoritairement destinée aux catégories supérieures. La croissance urbaine a conduit à une pénurie de 17 millions de logements. Les logements, les terrains et les loyers sont très chers et il y a peu de constructions pour les classes moyennes et inférieures. Par exemple, l’Etat de Lagos, qui compte environ 16 millions d’habitants, nécessiterait plus de 200 000 constructions de nouveaux logements par an, alors qu’en 2008 seulement 10 000 unités ont été livrées. Le secteur de la construction de logements au Nigeria est, pour une grande partie, informel, dépourvu de titre de propriété et issu d’initiatives individuelles. Le manque de logements impacte également le secteur locatif, où les propriétaires exigent une avance de 6 mois à 3 ans sur le loyer, ce qui ampute considérablement le budget des foyers.

Un partenariat public/privé innovant
L’Agence Française de Développement et Lafarge ont signé en 2012 un partenariat pour déployer sur le continent africain un programme de « microfinance logement ». En mettant en commun leurs expertises et en travaillant avec des institutions financières bien implantées localement, comme LAPO MfB au Nigeria, Lafarge et l’AFD cherchent à apporter des solutions duplicables, pérennes et adéquates aux besoins des populations défavorisées des pays en développement dans le domaine du logement.

Au Nigéria, le partenariat LAPO, Lafarge et AFD vise à permettre aux familles à faibles revenus de construire, agrandir ou rénover leur logement progressivement, à travers l'accès à des microcrédits pour l'achat de matériaux et un accompagnement dans la construction (plans, devis, optimisation des coûts) par les conseillers mis en place par Lafarge. La fourchette de montant des prêts va de 500 € à 5000 € selon qu’il s’agit du financement d’une rénovation, d’un agrandissement ou d’une construction. Le projet a également pour objectif le renforcement des capacités d’une banque de Micro-finance (BMF) identifiées dans le domaine du logement (produits, procédures, marketing…).

© Médiathèque Lafarge - G. Osodi - Capa Pictures

Un appui financier et une assistance technique
Dans le cadre de ce programme, l’AFD a alloué à LAPO MfB une ligne de crédit long terme de 5 millions d’euros, délivrée en monnaie locale. Elle est destinée à l’octroi de prêts aux catégories sociales moyennes et inférieures (revenus mensuels entre 100 et 700 € par foyer) pour la construction ou l’amélioration d’habitations. L’AFD apporte également une assistance technique à LAPO MfB afin de structurer et de mettre en œuvre un produit financier qui réponde aux besoins spécifiques des ménages nigérians et à leur capacité d’endettement.
Le rôle de LAPO MfB est de promouvoir le projet, de sélectionner les bénéficiaires, d’octroyer les prêts et leur administration. Avec l’assistance de Lafarge, LAPO développe une stratégie marketing pour les produits de microfinance en matière de logement. Avec le concours de l’AFD, LAPO organise le suivi des prêts et du programme.
Lafarge met à disposition des bénéficiaires, une assistance technique gratuite, comprenant trois composantes : proposition de différents designs de rénovation ou de nouveaux logements, évaluation de l’investissement nécessaire, suivi des chantiers de construction. Cette assistance permet d’assurer une bonne qualité et un respect des standards de construction. Elle garantit aussi la bonne utilisation du crédit.

© Médiathèque Lafarge - G. Osodi - Capa Pictures

Ce projet pilote de trois ans a été signé en octobre 2013. Pour s’assurer de sa bonne mise en œuvre avant déploiement sur tout le territoire, il est circonscrit dans un premier temps à deux localités de l’Etat d’Ogun, Abeokuta, la capitale de l’Etat, et Shagamu, touchées par l’expansion informelle de la métropole de Lagos.

Ce produit financier innovant, doublé d’une composante technique d’assistance à la construction, devrait bénéficier à environ 2.500 ménages pendant les trois années de mise en œuvre du programme. Les premiers prêts ont été octroyés (près de 95 prêts à fin mars 2014) pour un montant de 29 millions de Nairas (127 000 €).
La prochaine mission de supervision qui associera Lafarge, LAPO et l’AFD aura lieu en avril 2014.

En savoir plus
► Lafarge
► Lapo

 



Financer la ville latino-américaine. Des outils au service d’un développement urbain durable

27/03/2014

Implantée depuis 2007 en Amérique latine, l’AFD a fait du développement urbain durable l’un des axes majeurs de son intervention dans cette région. Entre 2007 et 2013, l’AFD a consacré plus de 2 milliards d’euros au développement urbain en Amérique latine, dont 40 % prêtés directement aux collectivités locales et aux banques qui les financent.

Au-delà de ses financements, l’AFD privilégie les partenariats avec les pouvoirs publics locaux, acteurs majeurs des politiques urbaines, en favorisant des échanges d’expérience et de savoir-faire entre la France et l’Amérique latine pour contribuer à la réflexion sur les moyens du développement urbain durable.

L’AFD, l’IPEA et la Fondation Ciudad Humana ont ainsi réalisé, avec des partenaires institutionnels français et latino-américains, plusieurs événements sur le thème de la ville et du changement climatique depuis 2011. Au travers de ces activités, les défis suscités par l’écart récurrent entre les besoins et les moyens mobilisables ont été identifiés. Ils ont appelé à une réflexion concrète sur l’optimisation et l’augmentation des outils de financement de la ville durable, qui est au cœur de la problématique de cet ouvrage.

Cette démarche menée dans le cadre du FUM s’inscrit aussi pleinement dans la perspective de la conférence "Paris climat 2015", et dans la définition des objectifs de développement durable qui seront établis en 2016. L’émergence de villes durables est en effet l’un des défis majeurs de la planète pour les prochaines décennies.

Cet ouvrage présenté par l'AFD s’appuie sur les travaux d’un cycle de conférences organisé en Amérique latine (au Mexique, en Colombie et au Brésil), en novembre et décembre 2013, rassemblant des experts et praticiens des questions urbaines.



Les enjeux du développement en Amérique latine - Dynamiques socioéconomiques et politiques publiques

07/01/2014

Si la plupart des pays d’Amérique latine ont accompli des progrès considérables au cours de la dernière décennie, un certain nombre d’obstacles restent à surmonter pour installer durablement la croissance et assurer un développement soutenable. Les défis sont importants : réduire les inégalités sociales et spatiales, dynamiser la gestion des villes et préserver leur environnement, renforcer l’épargne et l’investissement, promouvoir les gains de productivité, améliorer la qualité de l’éducation et de la formation, structurer la protection sociale.

Ces défis sont autant de motifs d’intervention et de collaboration pour une institution de développement comme l’AFD, dont l’activité dans cette partie du monde entend contribuer au mieux à l’épanouissement des relations entre l’Amérique latine et la France. Dans un tel contexte, la seconde édition de cet ouvrage, actualisée et enrichie, renouvelle aujourd’hui un regard attentif sur les réalités économiques et sociopolitiques d’une région en pleine mutation, avec laquelle beaucoup reste à partager.



En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez l’installation de cookies sur votre poste, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée. En savoir plus