Energie : fracture multiple !

"L’électricité, c’est la lumière qui permet aux écoliers d’étudier, l’énergie qui permet de transformer une simple idée en entreprise, et la connexion qui permet de brancher l’Afrique sur le réseau de l’économie mondiale". Ces mots sont ceux du Président américain Barack Obama. Ils ont été prononcés lors d’une très récente tournée africaine, en guise d’introduction à l’annonce d’une initiative américaine (Power Africa) pour le doublement de l’accès à l’électricité en Afrique au sud du Sahara. Ils font naturellement écho à l’initiative Energie durable pour tous lancée par le secrétaire général des Nations Unies il y a moins d’un an.

 

600 millions de personnes privées d’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne

 

Bien avant les déclarations récentes du président américain, les ménages et citoyens des pays africains, les sociétés civiles, les entrepreneurs, les politiques publiques et les bailleurs de fonds notamment avaient identifié le déficit d’accès à l’énergie comme principal frein au développement du continent et fait de l’accès universel à l’électricité un objectif prioritaire. Le diagnostic est donc aujourd’hui largement partagé ; la fracture énergétique entre l’Afrique subsaharienne et le reste du monde ne fait plus débat. Cette fracture peut encore s’accroître, puisque la croissance annuelle des capacités de production électrique suffit à peine à compenser la croissance démographique. Elle a aujourd’hui des effets sur les conditions de vie de 600 millions de personnes privées d’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne et impacte le développement de l’activité des entreprises et de l’économie de ces régions. Si l’initiative américaine de consacrer 7 milliards de fonds publics et 9 milliards de fonds privés au cours des cinq prochaines années est à saluer, elle ne représente malheureusement pas grand-chose au regard des 280 milliards de dollars nécessaires au financement d’un accès universel à l’électricité au sud du Sahara d’ici 2030.

 

A cette première fracture, il convient d’en ajouter au moins deux autres. Les chiffres globaux masquent des réalités très diverses entre les pays et entre les territoires. La richesse des sous-sols ou des réseaux hydrographiques varie d’un pays à l’autre, et le déficit d’infrastructures de production à vocation régionale combiné au caractère lacunaire des réseaux d’interconnexions, ne permettent pas aux pays les moins favorisés de bénéficier des atouts de leurs voisins. Le niveau de dépendance externe, notamment à l’égard des importations d’hydrocarbures, se traduit par des écarts de coût du kWh d’un pays à l’autre. Par ailleurs, au sein même des pays, les déséquilibres territoriaux sont forts. Les populations des régions suburbaines et rurales ont un accès à l’électricité bien plus faible que les populations des villes principales et secondaires. Alors que 31 % de la population bénéficie d’un service d’électricité au sud du Sahara, cette proportion tombe à 12 % de la population en zones rurales.

 

L’Afrique au sud du Sahara est pourtant riche de sources d’énergie diverses, abondantes et sous exploitées. Son réseau hydrographique, son ensoleillement et sa biomasse, ses ressources gazières et pétrolières sont l’objet de découvertes, de potentialités et d’attentions croissantes. Les modèles choisis aujourd’hui pour le rattrapage des fractures énergétiques de l’Afrique au sud du Sahara doivent permettre d’augmenter rapidement le niveau de production et l’accès des populations à un service d’électricité. Mais, la durabilité économique, sociale et environnementale des modèles énergétiques choisis est au cœur des enjeux locaux, régionaux et globaux. Ce numéro d’Au sud du Sahara fait le point sur les défis de l’accès à une énergie durable.  

Yves boudot
Directeur du département Afrique de l’AFD

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Au sud du Sahara n°03
Energie : fracture multiple

 
Au sud du Sahara n°02 (numéro de lancement)
Vers un endettement plus soutenable ?
Au sud du Sahara n°01
Akwaba ! A ni sé ! Karibu !

 

Mise à jour en septembre 2013

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