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La production de connaissances, un outil indispensable d’accompagnement des politiques publiques en Afrique

13/04/2016

Depuis cinq ans, l’AFD et la Banque mondiale ont co-produit vingt ouvrages portant sur différentes dimensions du développement en Afrique : " L'Afrique en développement". Mieux appréhender les défis agricoles ainsi que les enjeux démographiques, climatiques et environnementaux auxquels sont confrontés les pays africains, comprendre, afin de les améliorer, les modalités possibles de financement des infrastructures, des villes ou encore des filets sociaux destinés aux plus vulnérables, sont autant de sujets abordés dans la collection. Une production de données originales et une recherche ancrée dans la réalité africaine et tournée vers les politiques publiques.

Les données, carburant du travail analytique

La production de données constitue un préalable indispensable afin d’appréhender les contextes et les dynamiques démographiques, sociales, économiques et environnementales à l’œuvre dans les pays. Sans ces informations factuelles et tangibles, on en reste au niveau des idées reçues et on aboutit à des visions erronées des réalités et par conséquent à des politiques publiques inadaptées.
En Afrique sub-saharienne, sans doute plus qu’ailleurs, la production de connaissances se heurte à un déficit de données quantitatives et qualitatives. Il est nécessaire de soutenir leur production au niveau national mais également la réalisation d’enquêtes plus ciblées visant à éclairer les contextes locaux. Le débat sur la qualité des statistiques en Afrique subsaharienne n’est pas nouveau ni spécifique au continent africain. Shanta Devarajan, économiste en chef de la Banque mondiale dénonçait en 2011 la « tragédie statistique africaine ». Morten Jerven est allé jusqu’à parler de « fiction » à propos de la croissance africaine, dont selon lui, on ne sait absolument rien. Les économistes et statisticiens en Afrique sont bien conscients des faiblesses des entités productrices de données et des besoins importants, tant humains que financiers, auxquels elles sont confrontées. L’ampleur des révisions récentes des PIB du Ghana, du Nigeria et du Kenya a également mis en lumière l’incertitude qui entoure les statistiques macroéconomiques africaines (Roca, Jacquelain, 2014).


Produire et analyser, c’est se donner les moyens de déconstruire des idées reçues


Un exemple avec les données de démographie et de migration : pour mieux appréhender les mouvements de population, anticiper leurs évolutions et favoriser leur potentiel comme facteur de développement, dans les territoires d’origine et de destination, la première étape est la collecte, l’analyse et diffusion de données scientifiques et objectives. Face à un important déficit d’informations sur les migrations, la collecte et l’exploitation de données internationales comparables, comme la base de données DIOC (Database on Immigrants in OECD Countries), permettent d’alimenter ce processus et de déconstruire un certain nombre d’idées reçues (OCDE-AFD, 2015).
Par ailleurs, afin d’alimenter les réflexions sur les politiques à mener pour atteindre la sécurité alimentaire, de nombreux efforts ont été fournis ces dernières années pour améliorer la qualité des statistiques de production et de prix alimentaires, en particulier sur les céréales ; en revanche, moins d’efforts ont été consacrés à la mesure de la consommation et à la compréhension des pratiques et représentations alimentaires. Une étude menée par le CIRAD et Afristat en collaboration avec l’AFD, sur la bases des données RuralStruc produites par la Banque Mondiale (référence à un des livres de la collection « Transformations rurales et développement », 2013) a permis de montrer que le marché alimentaire intérieur n’est plus seulement urbain. L’ancienne opposition entre cultures de rente pour l’exportation et culture vivrières d’autoconsommation n’a aujourd’hui plus grand sens. Il est désormais nécessaire de porter plus d’attention aux marchés ruraux, tant comme enjeu pour les agriculteurs qui y écoulent leur production que pour les consommateurs qui s’y approvisionnent.

Un nouveau rapport de la Banque mondiale sur la pauvreté en Afrique fournit des renseignements supplémentaires sur les défaillances systémiques qui sous-tendent le manque de données de qualité sur le développement sur le continent. Le manque de financement et de capacités n’explique toutefois qu’une partie des lacunes des statistiques sur la pauvreté en Afrique. Les jeux politiques établis favorisent bien souvent un moindre financement des statistiques (ou leur moindre autonomie). Dans certains pays, le financement par les bailleurs internationaux a remplacé le financement local. Mais les intérêts des bailleurs ne concordent pas toujours avec ceux des gouvernements sur place. Pour augmenter le nombre et la qualité des enquêtes ménages qui sont nécessaires pour suivre l’évolution de la pauvreté, des solutions existent : modèles de financement alternatifs, coopération régionale, apprentissage mutuel et standards internationaux plus clairs sur la mesure de la pauvreté. Le fait d’avoir de meilleures données à disposition peut conduire à de meilleures décisions et permettre d’améliorer les conditions de vie des populations et il devrait donc s’agir d’une priorité dans la lutte contre la pauvreté en Afrique. Le Groupe de la Banque mondiale travaille avec différents pays et partenaires internationaux pour assurer que chacun des 78 pays les plus pauvres conduise des enquêtes sur les dépenses et la consommation des ménages tous les trois ans .

Mieux reconnaître et soutenir la recherche dans les pays en développement


La production de connaissance est encore trop peu incarnée dans les pays en développement. L’environnement n’est en effet pas toujours propice. Le Global Development Network (GDN) cherche ainsi, à travers ses travaux autour du « Doing Research », à déterminer, dans un pays donné, les conditions du renforcement d’une recherche de qualité permettant de passer d’une production de connaissance « hors-sol » à une production intellectuelle portée et adoptée par les décideurs. La projection, importée depuis l’extérieur, de capacités de recherche qui ne peuvent être que temporaire et partielle, est très utile. Cependant, elle ne peut avoir du sens pour le développement des pays concernés que si elle vient en soutien à des laboratoires et des chercheurs présents dans la durée sur le terrain. Ces chercheurs sont bien présents et produisent des travaux de qualité. Simplement leur audience reste souvent en deçà de ce qu’elle mérite, faute de relais internationaux et de moyens. Il s’agit de renforcer l’environnement d’une recherche de qualité dans les pays qui en ont besoin, mais aussi de multiplier les partenariats avec les centres de recherche.

Passer des résultats de recherche à la construction de politiques publiques

Des données pertinentes et de qualité, un dispositif de recherche ancré dans les réalités africaines, ces deux éléments créent les conditions pour faire le lien entre résultats de recherche et constructions de politiques publiques. Les centres de recherche doivent être aussi les « courtiers de la connaissance » (« knowledge brokers ») qui incarnent ce lien. Encore une fois, les compétences existent. Mais elles doivent être suffisamment soutenues et exploitées par les décideurs.
Pour atteindre les nouveaux Objectifs de Développement Durable (ODD), l’accroissement et le transfert des connaissances est fondamental. S’appuyant sur le succès de ces cinq années, le Groupe de la Banque mondiale et l’Agence Française de Développement continueront de mobiliser la collection « L’Afrique en Développement » pour publier des recherches de haute qualité sur les sujets vitaux pour le continent africain.

Punam Chuhan-Pole
Chef Economiste par intérim pour l’Afrique, Banque Mondiale
Françoise Rivière, Cyrille Bellier

Division Recherches et Développement, Agence Française de Développement.

« L’Afrique en développement »

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