Quelques concepts et définitions

© Photo E. Thauvin | Aménagement des berges à Tunis

I - Qu'appelle-t-on impact d’une intervention ?

Il existe deux acceptions courantes de l’impact d’une action de développement. La première est celle retenue par le Comité d'Aide au Développement (CAD) de l'OCDE : « Effets à long terme, positifs et négatifs, primaires et secondaires, induits par une action de développement, directement ou non, intentionnellement ou non ». La seconde est celle utilisée plus particulièrement par les économistes et peut être résumée par : « l’ensemble des effets sur les bénéficiaires d’une action de développement  qui sont strictement attribuables à cette action ».

La première définition met l’accent sur la dimension temporelle et logique en situant l’impact comme le dernier maillon de la chaîne des résultats. La seconde définition s’appuie sur le critère d’attribution en isolant parmi les changements constatés ceux dont la cause est l’action en question. C’est cette seconde définition qui est retenue dans le cadre des évaluations d’impact, mais l’usage de ces deux définitions suscite parfois des ambiguïtés.

L’impact d’une action de développement peut être étudié à l’échelle de ses bénéficiaires finaux et concerne alors les changements dans leur bien-être. Il peut également être étudié à l’échelle d’une communauté, d’une institution, d’une région etc. Les impacts indirects et inattendus sont également étudiés dans la mesure du possible.

II - Comment mesurer les impacts ?

L’observation de l’évolution dans le temps du bien-être d’une population ne permet pas à elle seule de mesurer l’impact d’une action de développement. En effet, d’autres évènements peuvent avoir contribué aux changements observés dans l’indicateur de bien-être, si bien qu’il est difficile de distinguer la part attribuable uniquement à l’intervention. C’est pourquoi la mesure d’impact repose sur la reconstitution de ce qui serait advenu sans l’intervention ou « situation contrefactuelle ». C’est la comparaison des niveaux de bien-être « avec » et « sans » l’action de développement qui donne la mesure d’impact de celle-ci.

La situation contrefactuelle est inobservable puisque la population affectée par l’intervention ne peut être dans le même temps observée en l’absence de l’intervention. Différentes méthodes permettent de contourner cette difficulté en proposant une estimation de la situation contrefactuelle : il s’agit alors de trouver une population aussi proche que possible de celle concernée par l’intervention (ou « groupe de traitement ») et évoluant en l’absence de celle-ci. Cette population est appelée groupe de comparaison ou groupe témoin.

La construction statistique d’un groupe de comparaison peut être réalisée après le démarrage de l’action de développement. Les méthodes les plus répandues incluent : l’appariement (matching) de bénéficiaires à des individus non-bénéficiaires partageant des caractéristiques socio-économiques similaires ; la séparation des individus entre groupes de traitement et groupes témoin par des évènements dits naturels en ce qu’ils ne sont pas liés au projet lui-même ni aux caractéristiques des bénéficiaires, rendant ainsi les deux populations comparables ; la purge des différences initiales entre bénéficiaires et non-bénéficiaires par des méthodes comparant les différences dans l’évolution (plutôt que dans le niveau final) de l’indicateur de bien-être (double différence).

La construction du groupe témoin peut également intervenir avant la sélection des bénéficiaires du projet. Dans ce cas, pour les besoins de l’étude d’impact, la sélection est réalisée le plus souvent de manière aléatoire (Randomised control trial). Cette méthode, proche des expérimentations à l’aveugle couramment utilisées dans le domaine médical permet d’attribuer sans ambiguïté à l’intervention les différences de bien-être entre groupe de traitement et groupe témoin.

Quand la question posée pour l’évaluation d’impact ne nécessite pas une mesure statistique précise, la construction de contrefactuels théoriques tenant compte de l’évolution de l’environnement du projet est parfois suffisante.

III - Qu’est ce qu’une évaluation d’impact ?

Une évaluation d’impact est une appréciation d’un projet, d’un programme ou d’une politique, fondée notamment sur la mesure de son impact, établie à l’aide d’un contrefactuel. Toutefois, une évaluation d’impact ne se limite généralement pas à la seule mesure d’impact, même déclinée entre différentes catégories de bénéficiaires et différents types d’action.

Une évaluation d’impact de qualité doit également répondre à des questions portant sur le ciblage de l’intervention –quelles sont les populations qui ont été concernées-, ses mécanismes –par quels cheminement l’impact s’est-il réalisé- et ses déterminants –qu’est-ce qui explique la présence ou l’absence d’impact selon les contextes et les catégories de bénéficiaires. L’étude d’impact combine donc la mesure rigoureuse des effets de l’intervention sur le bien-être des bénéficiaires, à une compréhension des mécanismes comportementaux et/ou environnementaux liant l’intervention aux changements constatés. 

Mise à jour en juillet 2011

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