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Fleuriste au Caire

Printemps arabes : quelle place pour les revendications sociales ?

14/02/2012

Que s'est-il dit pendant le séminaire « Printemps arabe en Tunisie, au Maroc et en Mauritanie », organisé par le département de la recherche de l'AFD et le Fonds d’analyse des sociétés politiques (FASOPO), le 1er février ? Ce séminaire a fait entendre paroles d’acteurs et analyses de chercheurs. Interviews vidéo et extraits de la rencontre.

À travers des études de cas portant sur la Tunisie, le Maroc et la Mauritanie, les intervenants ont proposé une analyse en termes d’économie politique du « printemps arabe ».

Jean-François Bayart, Irène Bono, Béatrice Hibou, Zekeria Ould Ahmed Salem, Boris Samuel et Mohamed Tozy ont présenté les résultats de leurs études, en présence de plusieurs acteurs sociaux maghrébins :

  • Adnane Hajji, leader de la révolte du Bassin minier de Gafsa en 2008
  • Ridha Raddaoui, avocat militant des droits de l’Homme
  • Slim Tissaoui, secrétaire général de la fédération régionale de l’UGTT de Jendouba
  • Samir Rhabi, l’un des acteurs clefs du soulèvement à Kasserine
  • Kamal Lahbib, l’un des participants critiques du « Mouvement du 20 février »
  • Mohamed Soual, conseiller du président de l'OCP

Les enjeux du séminaire sont très bien résumés dans cette vidéo par Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS (CERI-Sciences Po) : la modernité sociale et économique va-t-elle émerger grâce au conservatisme social, comme ce fut le cas en Europe au XIXème siècle ? Au Maroc, les logiques de rentes ne vont-elles pas entraver un meilleur accès au capital social et économique ? En Tunisie, peut-il vraiment y avoir un ajustement du déséquilibre régional qui a traversé les siècles et les régimes politiques ?

Le point de M. Bayart un an après les printemps arabes : où en sont les revendications politiques et sociales, et quelles sont les différences entre les pays étudiés lors de la conférence ?

Alors que les débats se focalisent sur les réformes constitutionnelles, les élections et les transformations politiques, la restitution a porté sur les revendications sociales qui ont été sous-jacentes aux revendications politiques.

Il ressort des présentations et des débats que l’approche culturaliste, mettant en avant « l’exception arabe » pour expliquer la persistance de régimes autoritaires au Maghreb, n’est pas en mesure d’analyser les soulèvements populaires qui ont mené à des bouleversements politiques majeurs.

L’explosion des revendications n’était pas spontanée et désorganisée mais issue d’un long cheminement militant.

Les nouvelles technologies de communication (blogs, réseaux sociaux) sont venues s’ajouter aux formes de mobilisation existantes, favorisant l’éclosion des printemps arabes.

En outre, à l’instar de la révolution française de 1848, on voit aujourd’hui se dessiner deux visions antagonistes de la démocratie : une vision qui insiste sur la nécessité de la hiérarchie sociale, de l’ordre, pour assurer la représentativité des partis et le libre-choix dans les urnes ; une seconde qui considère que le politique est quotidien, ancré dans la vie sociale, et que l’égalité des chances, l’amélioration des conditions de vie et la demande sociale en matière d’emploi restent des priorités, en dépit des révolutions menées.

Trois militants tunisiens, Samir Rabhi, Adnane Hajji et Slim Tissaoui nous présentent leur point de vue sur la prise en compte des revendications des manifestants par le nouveau pouvoir politique. Ils expliquent comment ils voient l'évolution de la société tunisienne, l'avenir économique de leur pays et quels changements restent à effectuer pour enfin répondre aux demandes exprimées par la population lors des manifestations de l'année dernière.

La situation de l’emploi a été analysée, ainsi que les revendications des mouvements syndicaux, qui n’ont pas encore trouvé satisfaction malgré les changements politiques.

Au Maroc, il a été montré que le régime jouait le jeu du changement, moins celui de la démocratie.  Dans ce pays, nous dit M. Tozy, "il y a une prévalence de l'autorité sur le pouvoir. C'est une logique impériale plutôt qu'étatique pour un pouvoir qui s'appuie sur une logique de rentes sociales et réglementaires."

Le point de vue de Kamal Lahbib, membre du Forum des Alternatives de Casablanca, sur la prise en compte des revendications sociales par le pouvoir au Maroc.

En Mauritanie, c’est la question de la capacité de résilience du pouvoir mauritanien qui a été étudiée. Aux tensions vives depuis plusieurs années et à l’instabilité politique s’est ajoutée une fièvre revendicative autour des problèmes socio-économiques tels que la vie chère.

L’avenir de ces « révolutions » n’est donc pas écrit. La diversification de l’offre politique coexiste avec une continuité des modes de gouvernement et des choix de politique économique, dans un contexte où les acteurs doivent apprendre à négocier entre des options sociétales et des jeux d'intérêts divergents. Toutefois, ces printemps arabes ont permis de gagner la liberté d’expression, et la naissance d’un débat public et d’attentes qui dénotent un changement de culture politique fondamental. Comme l’a dit avec humour Ridha Raddaoui (avocat, Gafsa et Tunis) : « Avec Ben Ali, on avait quatre oreilles et pas de bouche. Aujourd’hui, on n’a plus d’oreilles mais on a quatre bouches ».

 

Le séminaire a été introduit par Dov Zerah, directeur général de l’AFD.

 

 

 

Le débat s’est poursuivi les jours suivants, au Ceri à Sciences Po Paris, à l’occasion de la 5e rencontre du réseau européen d’analyse des sociétés politiques.