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Disparités sociales et politiques équitables

Pour que le droit universel à l’éducation soit une réalité pour tous, les gouvernements et les bailleurs de fonds ont engagé de nombreux efforts pour trouver des solutions face aux inégalités et aux disparités qui touchent le domaine de l’éducation. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement prennent en compte ces disparités à double titre à travers les objectifs de promotion de l’égalité des sexes et d’universalisation de la scolarisation primaire.

Mais outre les disparités de genre, il faut souligner l’existence de fortes disparités géographiques, que ce soit entre régions du monde ou à l’intérieur d’un continent ou d’un pays. A cela, s’ajoutent les disparités de revenus et d’autres disparités concernant par exemple les handicaps, les situations de post-conflit ou les minorités ethniques. 

Pour remédier à ces problèmes, les partenaires du développement et l’AFD prennent systématiquement en compte le critère de l’équité dans les programmes qu’ils financent. On peut en effet considérer qu’une politique est équitable lorsqu’elle permet d’arriver à une situation d’égalité entre différents groupes qui n’ont a priori pas les mêmes chances d’accès aux ressources.

 

 

L’analyse des disparités sur le continent africain

Dans le domaine de l’éducation, les disparités sociales peuvent être matérialisées à travers plusieurs indicateurs comme la dépense publique par élève ou le degré de concentration des ressources. Ainsi, en 2002, les 10% des élèves les plus éduqués utilisaient en moyenne sur le continent africain 37% des ressources publiques destinées à l’éducation (ce taux pouvant aller jusqu’à 68% au Rwanda).

En ce qui concerne les disparités de genre, en 2002, le ratio filles-garçons dans le cycle primaire s’élevait en moyenne en Afrique subsaharienne à 0,87, c’est-à-dire que pour 100 garçons qui suivaient les cours dans le cycle primaire, 87 filles seulement en faisaient autant. On constate de surcroît que ce ratio se dégrade dans les niveaux secondaire et supérieur de l’éducation : 0,79 dans le 1er cycle du secondaire, 0,72 dans le 2nd cycle du secondaire et 0,54 dans l’enseignement supérieur.

Néanmoins, les disparités de genre ne constituent pas le seul facteur décisif dans la carrière scolaire d’un élève. Sont également  déterminants sa localisation géographique ou encore le revenu de ses parents. On estime ainsi que les chances de scolarisation sont 3 fois plus déterminées par le lieu et le revenu dans le primaire que par le sexe de l’enfant. On note aussi que plus le niveau d’étude augmente, plus le revenu devient discriminant dans le parcours des élèves. Ainsi, dans l’enseignement supérieur, les 40% les plus riches avaient, en 2002, 15 fois plus de chances d’être scolarisés que les 40% les plus pauvres alors que les garçons avaient 1,4 fois plus de chance que les filles d’être scolarisés à ce niveau d’enseignement. Les disparités de genre viennent ainsi s’ajouter à une sélection sociale qui privilégie les riches et les urbains.    

L’existence de fortes disparités ne doit pas cependant faire croire à une répartition homogène de celles-ci sur le continent africain. En effet, on note en Afrique australe très peu de disparités de genre alors que de nombreux pays d’Afrique francophone connaissent encore des  écarts importants à ce niveau. On observe toutefois une amélioration progressive puisque le ratio filles-garçons qui est aujourd’hui de 0,87 dans le primaire  ne s’établissait qu’à 0,78 au début des années 1990.   

 

Les causes structurelles et les causes spécifiques des disparités

La principale raison de la persistance de disparités dans les systèmes éducatifs est le mode de développement des systèmes eux-mêmes. Ils se développent en général de manière concentrique et privilégient au début les populations les plus à même de bénéficier des services, à savoir les garçons de familles aisées habitant dans les grands centres urbains.

Toutefois, les inégalités peuvent aussi être le fruit de causes plus spécifiques lorsque la zone géographique est difficile d’accès ou coupée du reste du pays à certaines périodes de l’année, lorsque l’école est payante dans le pays ou encore lorsque culturellement l’école est mal acceptée.

 

Les politiques éducatives équitables

De nombreuses politiques spécifiques ou ciblées ont été mises en place pour aider les groupes sociaux qui souffraient d’inégalités. Les politiques efficaces de réduction des disparités depuis 10 ans ont toutefois surtout été des politiques générales ayant pour but d’étendre l’offre scolaire. Il a par exemple été montré que si les écoles se trouvaient à plus de 2,5km du domicile familial les chances de scolarisation baissaient fortement, pour devenir quasiment nulles lorsque la première école était à plus de 5km. Ce facteur influence tout particulièrement la scolarisation des filles. 

Cependant, ces politiques d’offre se heurtent à un problème de demande éducative de la part des familles, bien avant que ne soit atteinte la scolarisation primaire universelle. On remarque ainsi que les politiques qui agissent sur la demande sont les plus à même d’intégrer les populations les plus exclues de l’enseignement.

On peut regrouper les politiques de demande en trois catégories :

des politiques visant à supprimer ou réduire les coûts liés à l’éducation (frais de scolarité, cotisations aux associations de parents d’élèves, acquisition de matériel pédagogique…)

  • des politiques sur les contenus éducatifs : la demande éducative peut être très sensible aux savoirs dispensés à l’école. Il s’agit alors de définir des contenus éducatifs articulant habilement les savoirs pratiques et traditionnels aux savoirs modernes.
  • des politiques sur les modalités de fonctionnement de l’école : les familles sont souvent très réceptives à l’existence d’une cantine pour nourrir les enfants le midi, de latrines séparées pour les filles ou encore d’horaires aménagés et compatibles avec l’organisation de l’économie domestique.