Si la crise des ressources humaines n’est pas récente dans la problématique sanitaire des pays en développement, l’épidémie de Sida en a révélé l’ampleur. Dans certains pays, le Sida affecte en effet durement le personnel de santé alors que les systèmes de santé sont débordés par l’afflux des patients. Hormis les raisons liées à l’épidémie de Sida, l’un des problèmes les plus aigus auxquels les systèmes de santé doivent faire face est celui de la migration du personnel du secteur public vers le secteur privé d’une part, et des pays du sud vers les pays du nord de l’autre. Cette tendance, bien que non systématiquement quantifiée, n’a fait que se confirmer ces dernières années, les pays du nord, confrontés à une pénurie importante de personnels médical et infirmier, offrant aux cadres des pays du sud la possibilité d’y exercer durablement.
Les enjeux de la gestion des ressources humaines
Selon les dernières estimations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il y aurait actuellement 57 pays en situation de pénurie aiguë de main d’œuvre, dont 36 en Afrique Subsaharienne, correspondant à un déficit de 2,4 millions de médecins, infirmiers et sages femmes. L’Afrique est de loin le continent le plus touché : alors qu’elle supporte 24% du poids de la maladie au niveau mondial, elle ne compte que 3% des ressources humaines en santé.
La mauvaise répartition du personnel sur le territoire est un problème : beaucoup de médecins exercent dans les administrations et le personnel qualifié n’est pas réparti équitablement (médecins, sage femmes, infirmiers expérimentés sont concentrés dans les grandes villes). Enfin, la qualité des soins dispensée par les personnels s’est considérablement dégradée ces dix dernières années du fait d’un manque d’investissement en formation initiale et continue.
Les causes profondes de cette crise remontent aux politiques d’ajustement structurel des années 80. Les restrictions budgétaires imposées aux Etats surendettés se sont traduites par une réduction drastique des embauches de personnels de santé dans la fonction publique, une baisse des salaires réels, un arrêt des filières de formation de certains personnels et une baisse du niveau de qualité des formations existantes. L’écart entre les niveaux de rémunération du secteur public, et ceux disponibles dans le privé, expliquerait en partie les dysfonctionnements des services de santé publics, notamment l’absentéisme, la pratique quasi généralisée de la surfacturation, la pratique privée parallèle, la « course » aux formations qui dispensent des per diem et le clientélisme.
La communauté internationale a pris conscience de la nécessité de réagir en urgence à cette crise. L’OMS a consacré son rapport annuel 2006 à ce thème et a lancé la décade des ressources humaines (2006-2015) ; l’« Alliance globale pour les ressources humaines », lancée en mai 2006, vise à aider les pays à analyser les situations et concevoir des plans de développement des ressources humaines. En France, le Conseil National du Sida (CNS) a émis des recommandations, qui débordent largement le seul cadre de la lutte contre le Sida. L’Union européenne lance une stratégie pour réagir à cette crise, et propose notamment aux Etats membres d’adopter un code de bonne conduite vis-à-vis du recrutement de personnels de santé des pays du Sud ; autre exemple emblématique, la coopération anglaise (DFID) et le gouvernement du Malawi ont lancé en 2004 un programme d’urgence de 6 ans visant à attirer et retenir les ressources humaines, axé sur les incitations financières et non financières.
La stratégie de l’AFD
La priorité accordée au développement des ressources humaines fait aujourd’hui consensus au niveau international. L’AFD en fait une priorité stratégique dans tous les pays d’intervention, notamment les pays d’Afrique francophone qui accusent un certain retard dans le diagnostic et la prise en charge du problème.
Avant toute intervention, la première étape consiste à appuyer les gouvernements dans l’élaboration, lorsqu’ils n’existent pas encore, de plans de développement des ressources humaines en santé. Outils indispensables à la gestion des personnels du secteur, les plans fournissent un diagnostic à court et moyen termes des besoins et des moyens à mobiliser. Ils couvrent à la fois les questions de planification, de financement, de gestion et de formation. L’appui à l’élaboration et à la mise en œuvre de ces plans se fait en lien avec le ministère des Affaires étrangères, dans la mesure où il conserve la responsabilité des projets ciblés sur l’enseignement supérieur.