Si les maladies transmissibles traditionnelles n’ont jamais totalement disparu, l’accent est aujourd’hui mis sur le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme, pour les ravages que ces trois maladies causent.
Les enjeux de la lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme
Le VIH/Sida est devenu la cause principale des décès prématurés en Afrique subsaharienne, et la quatrième cause de décès dans le monde. Sur les 40 millions de personnes porteuses du virus du VIH/Sida, plus de 3 millions en meurent chaque année et l’on compte 6000 nouveaux cas de contaminations chaque jour. Ce sont les femmes qui aujourd’hui paient le plus lourd tribut à la maladie, du fait de leur plus grande vulnérabilité sur le plan physiologique, culturel et social. Plus de 13 millions d’enfants sont des orphelins du VIH/Sida, et ce chiffre devrait doubler d’ici 2010. De loin prédominante en Afrique Australe, l’épidémie se développe considérablement dans toutes les régions du monde, malgré les efforts déployés. Si les programmes de prévention ralentissent sa progression dans quelques pays et si, parallèlement, les programmes de traitement et de prise en charge entreprennent un difficile changement d’échelle, seule la conjonction des deux approches est susceptible de stabiliser l’épidémie, comme le montrent les succès obtenus au Brésil et en Thaïlande, notamment. Ces interventions sont cependant complexes, coûteuses et nécessitent de s’appuyer sur un réel engagement politique et financier durable, ainsi que sur des systèmes de santé fonctionnels.
La tuberculose, qui n’a jamais été éradiquée des pays développés, cause encore chaque année 1,7 millions de décès dans les pays du Sud, dont la moitié est liée au VIH/Sida, alors même qu’il existe des stratégies de lutte contre cette maladie, qui présentent un bon rapport coût/efficacité. La durée et les modalités du traitement ainsi que la difficulté du dépistage posent toutefois de sérieux défis opérationnels. L’apparition de résistances aux traitements, conséquence, entre autres, d’une insuffisance de la prise en charge, est préoccupante en termes de contagiosité et de coûts induits.
Le paludisme reste responsable de 500 millions d’épisodes morbides et de 1 à 3 millions de morts par an, principalement chez les enfants. Cette maladie touche essentiellement des populations du Sud. Les faibles perspectives de profits dans ces régions du monde expliquent la rareté des programmes de recherche médicale dans ce domaine alors même que les résistances aux traitements traditionnels et aux insecticides deviennent universelles. De nouvelles combinaisons à base d’artemisinine (ACT) sont désormais disponibles mais à un prix beaucoup plus élevé que les traitements antipaludiques actuels, ainsi que des méthodes de prévention plus efficaces, comme des moustiquaires traitées sur une longue durée.
Dans ce contexte, les enjeux actuels de lutte contre ces maladies sont principalement l’extension massive de la prise en charge des malades, la prévention, la surveillance des résistances aux traitements, et la recherche et le développement de nouveaux médicaments/vaccins à des prix raisonnables.
La stratégie de l’AFD
L’importance de l’engagement multilatéral de la France dans la lutte contre les maladies transmissibles (au niveau du Fonds mondial et d’UNITAID notamment), conduit à cibler l’aide bilatérale sur le renforcement des capacités institutionnelles et techniques des pays afin qu’ils mettent en œuvre ces financements de façon efficace et coordonnée avec l’ensemble du système de santé.
Renforcement des structures nationales
L’AFD finance une assistance technique en appui aux structures nationales chargées de la coordination de la lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose, dans les pays où la santé est un secteur de concentration ou dans tout autre pays identifié en accord avec les gouvernements et les tutelles. Etant donné le rôle que joue la France dans les instances de décision du Fonds mondial, l’AFD informe régulièrement le ministère des Affaires étrangères du fonctionnement des structures nationales et des difficultés rencontrées. Ces assistants techniques aident notamment à identifier les obstacles à la mise en œuvre des programmes, de façon à mobiliser l’expertise technique disponible au niveau des plates-formes régionales soutenues par l’aide multilatérale française à travers l’Organisation Mondiale de la Santé. Ils contribuent également à améliorer la bonne gouvernance de ces structures, en s’assurant notamment de la participation effective de la société civile et du secteur privé en leur sein.
Accompagnement technique des acteurs et développement de partenariats public privé
Le changement d’échelle souhaité pour les programmes de lutte contre les trois grandes maladies transmissibles (condition indispensable à la réalisation de l’Objectif du Millénaire pour le Développement n°6) est techniquement difficile à mettre en œuvre, notamment en raison de l’insuffisance (voire de la pénurie) de personnels formés à la prise en charge globale des malades, du manque d’encadrement et de supervision. L’AFD se propose donc de cibler ses financements sur les questions de transfert de compétences, d’accompagnement technique et de formation. Conformément aux recommandations internationales, les interventions soutenues par l’AFD cherchent à intégrer les actions de lutte contre le VIH/Sida dans les services de santé, notamment maternels et infantiles, les programmes de lutte contre la tuberculose et les infections sexuellement transmissibles, ainsi que dans les projets ciblés sur les enfants affectés. Une attention particulière est également apportée à la performance des systèmes nationaux d’information et de suivi.