
La Turquie, une économie émergente fragilisée par la crise mondiale
Après une décennie 1990 instable marquée par trois épisodes de tensions ou de crises financières majeures en 1994, 1997 et 2001, le régime de croissance en Turquie était engagé jusqu’en 2007 dans une phase de stabilisation économique grâce à des réformes structurelles entreprises au début des années 2000 avec le soutien important du FMI. Entre 2002 et 2007, la croissance moyenne a été supérieure à 6% sous l’impulsion d’un effet de rattrapage post crise financière de 2000/2001, de forts gains de productivité, de l’élargissement de la base industrielle, de l’essor du taux d’investissement (plus de 24% du PIB contre 18% dans les années 1990), de l’accroissement des investissements directs étrangers (IDE) et d’un fort accroissement des exportations (plus de 30% l’an). Les résultats enregistrés en matière de lutte contre l’inflation ont été impressionnants : de 68,5 % en 2001, elle est passée à 8,2 % fin 2005. La décrue du prix des matières premières a permis de conforter la décélération de l’inflation au cours des derniers mois (10% en 2008 et 5,2% en rythme annuel en mai 2009).
Les fondamentaux de l’économie turque étaient globalement bien orientés à l’orée de la crise financière. Le déficit de la balance des paiements était stabilisé à un niveau record (-6% de PIB) depuis 2006. Le secteur bancaire, sérieusement restructuré lors de la crise de 2001, résiste bien à la contagion de la crise financière et à la dégradation de la solvabilité des entreprises. Ce redressement de l’économie doit beaucoup à la détermination des autorités à conduire des réformes structurelles et aux anticipations liées à la perspective d’adhésion à l’Union européenne. En effet, le ralentissement économique enregistré dès 2007 (4,5%), accentué en 2008 (1%), a une origine essentiellement exogène. Très dépendante de l’extérieur et particulièrement de l’Union européenne qui absorbe plus de 50% de ses exportations, la Turquie est très affectée par le ralentissement économique mondial. Les premiers mois de 2009 ont montré une forte détérioration des indicateurs d’activité (exportations, production industrielle, investissement, IDE…), contrebalancée par l’amélioration de la balance des paiements courants et la stabilisation du taux de change qui avait perdu plus de 35% au cours des 12 derniers mois. Conséquence logique de la dégradation de l’activité, le taux de chômage est passé de 11,9% début 2008 à 16,1% au premier trimestre de 2009 (contre moins de 7% il ya deux ans). Le FMI table sur une croissance fortement négative (-5%) en 2009. Cette dégradation a quelque peu pesé sur le résultat des élections municipales de mars 2009 au cours desquelles les positions du pouvoir se sont effritées, entrainant un remaniement ministériel et de certaines équipes municipales.
Les incertitudes persistent concernant un nouveau programme avec le FMI reporté jusqu’à présent et qui propose pourtant une conditionnalité allégée. Ce prêt du FMI, dont le montant pourrait dépasser 35 milliards d’USD, permettrait au secteur privé de refinancer sa dette et au gouvernement de s’endetter à moindre taux. Un accord avec le FMI serait ainsi rassurant à court-terme pour les opérateurs et les marchés, mais il obérerait à moyen terme la crédibilité du gouvernement turc et sa capacité à gérer la crise économique, crédibilité qui a fondé une partie de sa légitimité populaire. A cet égard, les autorités ont réussi deux émissions de bons du Trésor en janvier et en avril 2009 soulignant la poursuite de l’attractivité de ce pays pour les investisseurs.
L’AFD soutient les objectifs prioritaires de développement de la Turquie
Le groupe de l’AFD a démarré ses activités en Turquie en 2004. L’AFD et les autorités turques ont signé à Paris une convention d’établissement le 27 mai 2005 ; l’AFD a ouvert un bureau de représentation à Istanbul le 17 août 2005.
L’action bilatérale de la France en Turquie s’appuie sur undestin méditerranéen partagéqui, sur la base de l’accord de pré adhésion signé avec l’Union européenne en 2005 et les orientations du IXème plan de développement turc, fondent la stratégie de développement du pays. Dans ce cadre, le groupe de l’AFD souhaite soutenir les objectifs prioritaires que la Turquie s’est fixée à savoir :
- Promouvoir un développement respectueux de l’environnement et sobre en émissions de gaz à effet de serres,
- Encourager les pratiques de responsabilité sociale et environnementale (RSE),
- Contribuer à un développement régional équilibré.
Pour ce faire, l'AFD propose des financements à des conditions proches du marché, qui peuvent toutefois bénéficier d'une bonification si le projet contribue à la production d'un bien public. Les emprunteurs peuvent être des banques, des municipalités ou des entreprises. L’accent est porté sur la capacité des maîtres d’ouvrage à réaliser des projets innovants, notamment dans le domaine environnemental ou à améliorer les conditions de vie des populations en matière de services publics. La garantie de l'Etat n'est pas requise pour la couverture du risque financier de ces opérateurs.
Une année 2009 riche en événements pour le groupe AFD en Turquie devenu le premier bailleur de fonds bilatéral
L’année 2009 est particulièrement riche pour nos développements en Turquie, avec notamment :
- Une visite sur place du Directeur général et de plusieurs membres du Comité exécutif qui a permis de consolider nos partenariats,
- Une production de crédit proche de 200 M€ marquée par l’instruction i) de lignes de crédit bancaires innovantes (programme Turquie Climat) en faveur des investissements propres ou économes en émissions de CO2 des entreprises turques et ii) d’un crédit d’appui au programme de transport urbain de la ville de Konya. Au total, le groupe a engagé (au 30 mai 2009) 776 M€ de prêts, dont 170 M€ par sa filiale PROPARCO en charge du financement du secteur privé. Plus de 70% des engagements ont été versés aux bénéficiaires. Les projets auront notamment permis de financer plusieurs centaines de PME turques et permettront d’économiser plus d’un million de tonnes de CO2. Fin 2009, le groupe aura engagé près de 1 milliard d’Euros, devenant le premier bailleur de fonds bilatéral du pays,
- L’organisation à Istanbul d’un séminaire de haut niveau de 2 jours sur les « PME dans la mondialisation » inauguré notamment par un message vidéo d’Hervé Novelli, Secrétaire d’Etat français chargé du Commerce, de l’artisanat et des PME et par Jean Michel Sévérino, au cours duquel l’évolution des allocations d’investissements étrangers (IDE) des groupes européens, l’importance de la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises, les innovations non financières en faveur des petites entreprises, les expériences espagnole, portugaise et allemande de pôles de compétitivité ainsi que le potentiel de compétitivité sous-régional des entreprises turques ont été analysés, permettant d’éclairer les enjeux liés à l’essor des PME dans la région Méditerranée,
- Le montage par le CEFEB (Centre de formation de l’AFD) d’un module de formation de 5 jours sur la gestion des finances municipales en faveur de l’Association des municipalités de la région de Marmara avec qui un partenariat de moyen terme est noué.