hopital Nairobi

Innovant et solidaire, le Centre Coeur Cancer de Nairobi fête son premier anniversaire

11/07/2012

Spécialisé dans le traitement de maladies nouvelles en Afrique (cancer, diabète, maladies cardio-vasculaires), l'Hôpital universitaire Aga Khan de Nairobi, au Kenya, a mis en place un système de protection sociale pour les plus démunis. Explications de Philippe Walfard, le chef de projet pour le compte de l’AFD.

En Afrique, les maladies infectieuses centralisent généralement l’attention des acteurs et organismes en charge de la santé publique, au point d’occulter quelque peu la prise en charge de maladies chroniques telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires ou le diabète. Ces maladies caractéristiques des pays développés sont aujourd’hui en plein essor sur le continent africain.
Né de la volonté commune de l’Etat kenyan, de la fondation Aga Khan et de l’AFD de répondre efficacement à ces nouveaux enjeux de santé publique, le Centre Cœur Cancer de l’Hôpital Universitaire de Nairobi s'est spécialisé dans le traitement de ces maladies.
 
  

Philippe Walfard, en quoi le projet Centre Cœur Cancer de l’Hôpital Universitaire Nairobi est-il si novateur et original ?

Ce projet est novateur et original à plus d’un titre, considération faite, d’une part, de l’approche de ses initiateurs qui consiste à traiter des maladies chroniques, aussi appelées « maladies de riches », alors qu’habituellement les projets financés par l’AFD dans ce secteur sont surtout axés sur les maladies infectieuses (sida, paludisme, tuberculose et maladies liées à l’eau pour ne citer que les principales).

D’autre part, c’est la première fois que nous finançons une structure privée mise en place par le Réseau Aga Khan de développement (AKDN) à travers sa branche santé au Kenya. Il s’agit d’une structure privée à but non lucratif, qui avait pour projet la construction d’un bâtiment dédié au traitement du cancer et des maladies cardio-vasculaires, le Centre Cœur Cancer.
Novateur enfin, à travers l’un des outils financiers de l’AFD, le prêt bonifié, que nous avons décidé d’affecter à des missions de service public additionnelles, en particulier au financement du « Patient Welfare Programme».
Celui-ci doit permettre un meilleur accès des patients les plus démunis du Kenya à cette structure d’excellence.
 


Pouvez-vous nous en dire davantage sur l’enjeu que représentent les maladies chroniques et qui fonde l’utilité et l’originalité de ce projet ?


L’Afrique de l’Est, dont le Kenya, est une région confrontée à la montée en puissance des maladies chroniques. On estime que le nombre de personnes qui en souffrent va croître de manière significative dans les années à venir, et le nombre de décès doubler d’ici 2030.

Aujourd’hui, le continent africain et le Kenya ne sont pas bien armés pour combattre ce type de pathologies. Le Centre cœur cancer est un projet nourri de longue date par les Services de Santé Aga Khan au Kenya et qui s’insère parfaitement dans une stratégie régionale de prise en charge étendue de ce type de pathologies. Il s’est agi dès lors de bâtir cette structure, de l’équiper et de former son personnel. L’Hôpital universitaire Aga Khan de Nairobi (HUAK-N) dont le Centre cœur cancer est une extension, fait figure de référence sous-régionale avec un plateau technique très important et des médecins hautement qualifiés.
 

 

Les chiffres clés :

  • 7 millions de diabétiques en 2010 en Afrique subsaharienne et 15 millions prévus en 2025
  • 1,1 million de diabétiques décèdent par an dont près de 80% dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.
  • Environ 80 millions de patients africains souffraient d'hypertension artérielle en 2000. Ils seront 150 millions en 2025.
  • En Afrique de l’Est, en 2002, le nombre de décès par maladies cardio-vasculaires atteignait 131 000 et celui par cancers, 52 000. En 2030, ces chiffres devraient avoir doublé. 

 

Comment l’AFD a-t-elle participé concrètement à la réalisation de ce projet ?

Outre l’édification du bâtiment, c’est un certain nombre d’équipements de pointe que le projet a permis de financer.

La France a une convention de partenariat avec l’AKDN depuis fin 2008. Apres une instruction un peu longue entamée en 2009 et une signature obtenue début 2010, le projet du centre a pu être financé et le bâtiment inauguré en juillet 2011, avec un ensemble de lits dédiés à la radiothérapie et aux pathologies cardiaques. Mais aussi des lits destinés à l’extension du service de maternité et des espaces dédiés à l’imagerie médicale. Dans ce projet « Centre Cœur cancer » nous n’avons pas uniquement financé le bâtiment (la salle d’hospitalisation et le plateau technique), nous avons aussi financé un important programme de formation de personnel.

Pour que ce bâtiment puisse pleinement jouer son rôle, il fallait que des cancérologues, cardiologues, et des infirmiers spécialisés, des médecins anesthésistes entre autres, soient formés. Via ce prêt bonifié, on a pu financer ces formations parallèlement au financement de six centres périphériques dans la grande banlieue de Nairobi. Il s’agit de centres médicaux (de médecine générale) et de centres de diagnostic appartenant au Réseau Aga Khan. Les centres de diagnostic disposent de matériels de pointe dans l’imagerie médicale (scanners, échographies etc.) qui permettent de déceler les pathologies des patients avant qu’ils ne soient redirigés vers les structures de référence de l’Aga Khan.
C’est un moyen d’assurer la prise en charge des patients en amont. Ce continuum de soins inclut la prévention, les soins de santé primaire (médecine de proximité), et  le plateau technique d’imagerie médicale en appoint, qui permet de pratiquer des examens plus poussés que ceux proposés dans les centres de premier recours.

Ce projet médical a été mis en œuvre parallèlement à un projet de développement des ressources humaines (via des formations initiales et continues). La formation d’un certain nombre de médecins avait déjà débuté avant notre intervention et va se poursuivre dans les mois à venir. En matière de formation continue, les structures de l’Aga khan assurent, par exemple, la formation de leurs infirmières.
 

 



Quels enseignements l’AFD a-t-elle tirés de ce partenariat? 

Cette première opération conduite par la division santé de l’AFD est très importante pour nous car nous avons beaucoup appris de l’expertise de nos partenaires du Réseau Aga Khan de développement. Nous avons travaillé ensemble durant des mois pour déterminer comment la bonification de notre prêt pouvait faciliter l’accès à cette structure de soins – dont les coûts sont à l’avenant de l’excellence de la structure - aux personnes les plus défavorisées.
Il se trouve que l’hôpital de Nairobi souhaitait justement voir le Patient welfare programme monter en puissance pour garantir une meilleure accessibilité. Un pourcentage des recettes de l’établissement est dédié à la prise en charge et à travers la bonification de ce prêt, la France permet à cet hôpital de prendre en charge beaucoup plus de patients. 

Cela préfigure t-il une nouvelle façon pour l'AFD de travailler avec des fondations et associations à but non lucratif ? 

Le réseau de l’Aga khan est un ancien partenaire du groupe AFD. Notre filiale du secteur privé, Proparco, travaille avec l’une des branches de l’AKDN agissant dans le privé (une branche active dans la construction d’hôtels et de compagnies aériennes et qui investit beaucoup dans la construction de barrages hydrauliques). Mais dans le domaine de l’aide sociale, le Centre cœur cancer est la première opération menée conjointement, et nous entendons bien en mener d’autres.
Deux projets, en Tanzanie et au Pakistan, sont en cours de discussion. Nous allons essayer de dupliquer l’expérience kenyane dans ces deux pays. Les membres du Centre cœur cancer sont de vrais professionnels du monde hospitalier, et il est rare de rencontrer des contreparties disposant d’une maîtrise aussi pointue de leur sujet.

En quelque sorte, ce programme [patient welfare] peut être considéré comme une couverture sociale réservée à une seule structure hospitalière ?

On peut le considérer en effet de cette façon, il se trouve que les kenyans qui fréquentent cet établissement sont pour une partie d’entre eux des assurés ou des mutualistes , mais il y a aussi une partie moins favorisée qui le fréquente et notre souhait était de leur permettre d’y accéder, surtout pour des pathologies  qui nécessitent de nombreuses séances de radiothérapie, de chimiothérapie, de consultation et des examens de laboratoire aux coûts très élevés.
Il en est de même pour les pathologies cardiaques qui nécessitent des journées d’hospitalisation beaucoup plus longues.

On constate au niveau du Centre Cœur Cancer une gestion très privée de leur structure mais assortie d’une volonté réelle de faire bénéficier ce savoir-faire au plus grand nombre. L’idée de travailler avec eux sur des prêts bonifiés sert à les encourager « à aller plus loin » car le principe du prêt bonifié ne consiste pas à financer leur activité courante, mais à les pousser à se fixer des objectifs « élargis ».

A titre d'exemple, au début du programme, le centre envisageait de prendre en charge 15000 patients. Les discussions portant sur la bonification les ont convaincu d’étendre l’objectif à 20 000 patients traités dans l'ensemble de la durée de remboursement du prêt.

De fait, le centre a pris en charge beaucoup plus de patients qu'attendu et nous sommes sur une tendance d'environ 30 0000 patients. Ceux-ci auront à payer une partie de la facture mais seront subventionnés via le programme Patient Welfare.

C’est du gagnant-gagnant, nos partenaires du centre profitent d’un prêt bonifié et nous finançons des actions de développement telles que nous les imaginons dans ces régions.

 

Ecouter Le Zoom de la Rédaction de FRANCE INTER 

 " les maladies cardiovasculaires et le cancer gagnent l'Afrique"  (11 juillet 2012) 

La journaliste Valérie Cantié s'est rendue au Centre Coeur Cancer de Nairobi et a notamment recueilli les témoignages du personnel hospitalier du centre et de ses patients.

 

Ecouter le reportage de  Priorité Santé de RADIO FRANCE INTERNATIONALE (RFI) 

 " Diabète, cancers et maladies cardiovasculaires"  (6 août 2012) 

Reportage en 2 parties réalisé par Pauline Maucort sur le même thème :

1ère partie (19:29)  2ème partie (26:31)



Visionner le reportage de NTV Kenya consacré au premier anniversaire du centre de l'Aga Khan

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