Concours d'enfants à Mexico :
110
groupes de 5 à 10 élèves
87
carnets de recherche présentés
5
ambassadrices pour présenter les propositions
Dans le cadre d’un concours d’idées organisé par la ville de Mexico et l’AFD, des centaines d’enfants d’écoles primaires âgés de 6 à 12 ans ont émis des recommandations pour améliorer l’espace urbain dans lequel ils grandiront. Et les ont portées devant la communauté internationale. Une première !

Imaginer la ville de demain, c'est bien. Mais si on demandait leur avis aux principaux concernés ? À Mexico, les petits citoyens de 110 écoles primaires de la capitale ont été sollicité entre juin et septembre 2016 par l'AFD et la municipalité autour d'une question simple : « Quelle ville de Mexico voulons-nous pour demain ? »

En partenariat avec l’association française Robins des Villes, ce programme pilote a permis de recueillir les idées et recommandations des enfants dans le cadre d'un grand concours d'idées. En deux mois d'ateliers, les 87 groupes d’élèves ont inventé des dizaines d'innovations sociales et environnementales pour Mexico : containers d’échange de nourriture ou de produits de seconde main, établissements de soins pour les sans-abris, refuges pour animaux, lampadaires solaires, rampes d’accès pour handicapés, etc.

Dès le début, nous avons refusé de réduire cette expérience à un concours de dessin. Il s'agissait plutôt d'aider les enfants à construire leur propre réflexion. Tous les partenaires du projet ont mis en commun leurs compétences au service de ce programme unique.

Marina Flores, Fonds mondial pour le développement des villes
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Cinthia et son « hôtel pour personnes âgées »
La petite Cinthia vit au fond de la rue « où il y a beaucoup de voleurs ». Son père est taxi et il a été agressé plusieurs fois. Avec sa longue queue de cheval et son large sourire, cette pratiquante de boxe raconte la genèse du projet dans sa classe :

« En premier, la maîtresse nous a expliqué ce que nous allions faire et demandé qui voulait participer. Elle nous a demandé de faire des dessins sur ce que nous n'aimons pas dans la ville et ce que nous voudrions ». Cinthia et ses camarades ont réfléchi tous ensemble et ont fini par proposer des idées originales :

« Il faudrait construire un hôtel pour les personnes âgées dans lequel on demanderait aux résidents ce qu'ils veulent, pour leur confort. Par exemple, explique Cinthia, ma grand-mère est malade et souffre de convulsions. Je n'aimerais pas qu'il lui arrive quelque chose ».
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Anlly veut « un centre d'aide pour les jeunes filles enceintes »
Anlly habite à la campagne. « C'est plus tranquille » que la fureur du cœur de la ville, estime la jeune fille, qui aime attraper des sauterelles avant de les faire revenir à la poêle.

L'une de ses propositions ? « Un centre d'aide pour les filles qui tombent enceinte très jeunes ». Comme pour la majorité de ses camarades impliqués dans le programme, la proposition d'Anlly vient trouver ses racines dans son expérience personnelle : « Il y a deux ans, ma cousine est tombée enceinte à 14 ans. Cette proposition est pour que les filles ne tombent plus enceintes si jeunes ».
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Sofia et le fléau de la drogue
Dans sa petite maison, Sofia se sent à l'étroit. Par manque de place, elle doit partager son lit avec sa mère. Mais dehors, ce n'est guère plus reluisant : « Quand je joue dans la rue avec mes amis, parfois des voitures passent et ça sent la marijuana, témoigne cette grande brune au chignon strict et aux lunettes roses. Il y a aussi dans la rue un garçon de mon école qui fume de la marijuana. Quand je passe devant eux, ma mère me dit : "Viens sur l'autre trottoir" ».

Sofia a joué dans une pièce de théâtre qui fait aussi partie du projet. Le personnage principal a « une famille, des enfants, beaucoup d'argent » quand soudain, il sombre « dans l'addiction à la drogue et se retrouve sans rien ».

Mais Sofia veut être l'actrice d'une ville meilleure. Elle sait déjà ce qu'il faut changer en priorité : « On nous a demandé quel était le plus gros problème dans notre communauté. Avec nos camarades, on était tous d'accord pour dire que c'est l'addiction aux drogues ».
Quand les enfants de Mexico s'imposent sur la scène internationale
Les travaux des enfants ont trouvé un écho dans deux enceintes exceptionnelles : la conférence de l’ONU sur le logement et le développement urbain durable de Quito, en Équateur, et l'Assemblée constituante de Mexico. De quoi asseoir la crédibilité de leurs propositions au plus haut niveau.

À les voir assises derrière les micros et les bouteilles d'eau minérales de rigueur en pareilles circonstances, on se pincerait. Pas elles : à la dernière conférence de l’ONU d'octobre 2016 sur le logement et le développement urbain durable de Quito, Brisa, Naomi, Carla, Anlly et Sofia choisies comme ambassadrices du projet « Quelle ville de Mexico voulons-nous pour demain ? » déroulent les propositions formulées par leurs camarades de 110 écoles de la capitale mexicaine comme si elles avaient fait ça toute leur vie.

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Les enfants de Mexico à la conférence de l’ONU sur le logement et le développement urbain durable  © Juilo Lopez pour l’AFD


« Nous avons proposé de sauver une rivière qui serait protégée pour que nous puissions la contempler et non pas la polluer », explique doctement Brisa, devant une assistance tout sauf amusée. Cinthia, nullement impressionnée par l'événement et ses cinq heures d'avion, propose de « mettre des conteneurs dans les rues, les maisons et les écoles pour que les enfants déposent des habits ou des choses en bon état dont ils ne se servent plus ».

Une de ses camarades, l'oeil rieur, porte une proposition singulière : « On a proposé une ferme d'exploitation de cactus pour que la communauté en bénéficie. Les gens pourraient vendre eux-mêmes la production et on pourrait créer une sorte d'entreprise ».

Au coeur de l'Assemblée constituante de Mexico

 

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Les enfants de Mexico au Sénat  © Juilo Lopez pour l’AFD

Un mois après la conférence de Quito, les cinq fillettes se retrouvent dans un autre lieu de décision prestigieux : le Sénat de la République de Mexico. « C'est très important d'être ici et de rencontrer ceux qui écrivent la Constitution », explique en toute simplicité Carla.

Ici, l'Assemblée constituante composée de cent hommes et femmes élabore la première Constitution de la ville de Mexico. « Nous avons lu vos recommandations », déclare Alejandro Encinas,

Président de l'Assemblée constituante de la ville de Mexico. Les enfants, assis en rang d'oignon à l'auguste table de conférence, ronronnent de plaisir. « Nous les avons trouvées très utiles et intéressantes, continue M. Encinas. C'est une vision très différente de la ville que nous avons nous, les adultes ».

Pas impressionnée pour un sou, Cinthia y est même allée de son petit conseil : « Je leur ai dit que quand ils rédigent les lois, ils ne doivent pas réfléchir en tant que député ou professionnels, mais penser comme nous, les enfants. Quelle ville allez-vous nous laisser pour l'avenir ? Et quand vous étiez enfant, quelle ville vouliez-vous ? » « Quand nous formulons nos idées, elles peuvent devenir réalité, résume Anlly. Et quand nous serons grands, nous pourrons voir la ville comme nous l'avons imaginée. »

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Matures, censés, pertinents
« Ce qui m’a marqué, c’est la maturité des enfants, leur parole sensée et pertinente, se souvient Jean-Marc Liger, directeur de l’AFD au Mexique. Les écouter, les comprendre, évaluer et diffuser ce qu’ils pensent de leurs conditions de vie et ce qu’ils souhaitent pour demain, c’est une façon de concevoir une politique urbaine durable, puisqu’on l’appréhende sur le long terme. Mais défendre un projet comme celui-là, c’est aussi une façon de garantir l’exercice des droits universels des enfants. »