L'AFD et les ONG


Jeunes Libanais et réfugiés syriens dans une des écoles gérées par les ONG ASMAE et Alpha. ©Benjamin Petit pour l'AFD

Affiche GRDR-AFD

"Le partenariat entre les ONG et l'AFD ne cesse de s'intensifier." Entretien avec Catherine Bonnaud

28/04/2011

La responsable de la direction des partenariats avec les ONG à l'AFD fait un bilan sur la relation qui unit AFD et ONGs : quel type de partenariat, sur quelles géographies et dans quels secteurs ?

De quelle nature est le partenariat, la collaboration entre l’AFD et les ONG ?


Si le partenariat entre l’AFD et les ONG existe depuis 1990, il s’est intensifié et diversifié en nombre et en volume depuis 2006. L’AFD considère que la plus value des ONG réside dans leur proximité avec les acteurs de terrain, leur capacité d’innovation et leur flexibilité d’intervention.
Leurs interventions sont généralement complémentaires des actions appuyées par l’Agence.
En 2010, l’AFD a co-financé 63 projets pour un montant total de 42 M€.
Le partenariat entre les ONG et les AFD est une relation en construction permanente. L’AFD est une agence gouvernementale d’aide au développement alors que les ONG sont par nature non gouvernementales. Chacun a sa philosophie, ses façons de travailler et ses contraintes mais les objectifs finaux sont souvent très proches.

 

 (Crédit photo : CCFD)

Quels types de collaboration existent entre les ONG et l’AFD ?


Si l’AFD apporte un appui financier aux ONG, elle entretient également un dialogue régulier avec les acteurs de la société civile.
Les ONG peuvent être financées selon deux approches différentes.
Tout d’abord, à travers un appui à leurs initiatives (le financement de l’Agence est alors limité à hauteur de 50%), En 2010, 80% des crédits alloués ont financé des actions de terrain et 20% des interventions d’intérêt général (éducation au développement et structuration du milieu associatif, comme par exemple le soutien de la plate-forme d’ONG Coordination Sud).
Mais aussi en tant qu’opérateurs de l’Agence, notamment par le biais de projets appuyés par la Facilité d’Innovation sectorielle pour les ONG (FISONG). Celle-ci est destinée à encourager les innovations des ONG. Elle permet de nourrir un dialogue entre les ONG et les divisions techniques de l’Agence à travers le financement de projets innovants.
Pour 2011 par exemple, nous avons retenu deux thématiques : « Prévention de la malnutrition : articulation entre crise et développement » et « Alimentation des villes : transformation et commercialisation des produits agricoles ». Des ONG de tous pays ont pu répondre à ces appels à propositions. L’AFD est aujourd’hui en phase de sélection des projets.
Le dialogue avec les acteurs de la société civile occupe également une place importante ; nous menons des réflexions sur des thèmes d’actualité donnant lieu à des séminaires, des ateliers et des publications.
Citons, par exemple, la réflexion menée avec ATD-Quart monde sur la prise en compte de l’extrême pauvreté dans les projets de développement. Un autre exemple, la publication en partenariat avec l’URD sur « Comment développeurs et humanitaires peuvent agir ensemble en sortie de crise ou de conflit ».


Le co-financement des initiatives d’ONG s’adresse t-il à toutes les ONG ?


L’Agence appuie uniquement les initiatives d’ONG françaises (en revanche, des ONG de toutes nationalités peuvent répondre à nos appels d'offre pour des financements de projets).

Il convient ici de préciser ce que nous entendons par organisations non gouvernementales : les organisations relevant de la loi 1901, les fondations reconnues d’utilité publique ou les syndicats menant des actions significatives de solidarité internationale.

Nous appuyons des structures qui ont mis en œuvre des actions de solidarité internationale depuis au moins trois ans d’exercice.
L’appui apporté aux ONG dans leurs activités de terrain à l’international vise avant tout à renforcer la société civile locale. Ainsi, et ceci est un point non-négligeable pour l’Agence, le projet pour lequel l’ONG sollicite un cofinancement doit se faire en partenariat avec une ONG locale.

Ce partenariat a pour finalité de permettre au partenaire local, dans un souci de pérennité, de poursuivre les activités mises en place, d’être en mesure d’être un acteur de choix dans le dialogue autour des politiques publiques nationales, d’être un acteur de plaidoyer…..en un mot d’être à terme un acteur d’une société civile forte. 


L’AFD a des axes stratégiques, géographiques et sectoriels. Les projets des ONG doivent-ils s’insérer dans ces axes stratégiques ?


Le champ d’intervention est large, avec une priorité donnée aux  les 14 pays prioritaires d’Afrique subsaharienne: Bénin, Burkina Faso, Comores, Ghana, Guinée Conakry, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo.
Au niveau sectoriel, si l’Agence appuie les projets relevant de son champs d’intervention traditionnel, elle appuie également des projets contribuant au renforcement de l’état de droit, au respect des droits humains, à la lutte contre la corruption et à une gouvernance efficace en vue de favoriser la stabilité et la paix civile, d’accompagner les processus de sortie de crise, et de renforcer l’efficacité des politiques de développement.
A noter que les projets relevant de la coopération culturelle, universitaire et scientifique, ou de la francophonie ne sont pas concernés.
Par ailleurs, l’Agence appuie des ONG dans des actions de sensibilisation et d’éducation au développement, des plates-formes ou collectifs, des fonds d’appui spécifiques ou encore de toute initiative collective pérenne visant à  développer les capacités opérationnelles et de plaidoyer des ONG françaises de solidarité internationale, et à améliorer la concertation entre acteurs sur des problématiques de développement (modalités d’action, stratégies…).


Comment sont prises les décisions ? Par qui ?
Le Conseil d’administration a délégué au Comité spécialisé pour l’appui aux initiatives des ONG l’octroi de financements **. Quatre fois par an, tous les projets instruits sont présenté au Comité qui en approuve l’octroi.
Le partenariat avec les ONG apporte t-il quelque chose à l’AFD (en termes de philosophie, de façon de travailler, etc.) ?
Ce partenariat nous permet de nous ouvrir à ce que font d’autres acteurs, d’appuyer des actions complémentaires à celles de l’AFD.

En effet, si l’appui traditionnel de l’agence porte sur la mise en œuvre des politiques publiques en ciblant le plus grand nombre, les ONG viennent en appui à la mise en œuvre de ces politiques publiques, en s’intéressant aux populations les plus défavorisées : nous favorisons toujours le dialogue entre les ONG et les pouvoirs publics.

Enfin, ce partenariat permet des échanges de bonnes pratiques, entre les différents acteurs de développement, institutionnels et société civile.

 

(Crédit photo et vignette : GRDR)


Quels sont les projets que vous aimeriez mentionner car emblématiques de notre partenariat ?


Je pense notamment à la convention programme « Développement d’un réseau de centres d’appui à la Très Petite Entreprise en Afrique sub-saharienne par la formation à la gestion et aux techniques artisanales » avec l’IECD. 4000 petits entrepreneurs de RDC, du Cameroun et de Côte d’Ivoire devraient en profiter.

Autre beau projet, au Maroc, le PCPA devrait accompagner d’ici un an la constitution formelle d’un réseau associatif centré sur les questions de jeunesse, qui sera l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics marocains.

Enfin, la Semaine de la Solidarité Internationale est un projet d’éducation au développement emblématique financé par l’Agence en 2010 : il constitue en France l’un des plus importants projets d’éducation au développement prenant en considération celle-ci dans toutes ses dimensions. Bilan de l’édition 2010 : 6OO pôles organisateurs, 7 000 structures locales et 90 départements investis.

Participative et décentralisée, la Semaine de la Solidarité Internationale repose sur un processus très élaboré, le décloisonnement (des réflexions, des acteurs et  des pratiques) est l’une de ses marques de fabrique, elle fédère des associations, des collectivités, des ONG… Sa volonté d’aller « au devant » des citoyens, dans les territoires contribue par ailleurs à renforcer l’appropriation citoyenne des politiques de développement.


*Les interventions de terrain des organisations non gouvernementales de solidarité internationale seront prioritairement mises en place dans les pays rendus éligibles par le CAD à l’aide publique au développement ; elles suivront les recommandations du CICID du 5 juin 2009, ciblant de préférence :
- Les 14 pays prioritaires d’Afrique subsaharienne: Bénin, Burkina Faso, Comores, Ghana, Guinée Conakry, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo.
- Les pays à revenu intermédiaire, entretenant des relations privilégiées avec la France, essentiellement  les pays à revenu intermédiaire d’Afrique.
- Les pays émergents à enjeux globaux, pays en développement dynamique, dont la trajectoire de croissance constitue un enjeu significatif pour la préservation des biens publics mondiaux.
- Les pays en crise ou en sortie de crise.


**Le Comité ONG est une délégation du Conseil d’Administration de l’Agence et est composé de membres issus du ministère des Affaires étrangères et européennes, du ministère de l’Economie et des Finances et du ministère de l’Intérieur.