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L’histoire d’un modèle de gestion du territoire inspiré de la France pour la protection des forêts mexicaines

04/01/2016

Comment la préservation de l’environnement est devenue la priorité d’un territoire ? Et comment un projet pilote a été à l’origine d’une réflexion sur une politique publique novatrice dans la gestion des territoires ? Une histoire d’hommes le long du fleuve Ayuquila…

Langoustines, hommes et forêts...

Dans l’Etat de Jalisco à l’ouest du Mexique, à mi-chemin entre Guadalajara et l’océan Pacifique, coule le fleuve Ayuquila. Pêche de poissons et langoustines, élevage, agriculture, activités de loisir : le fertile écosystème du fleuve a été pendant des générations une source d’identité et de richesse pour les habitants de cette terre d’histoire et de culture, immortalisée par le célèbre roman Pedro Páramo de Juan Rulfo.  

Trop de sucre nuit

Mais le fleuve Ayuquila a bien failli dépérir en raison d’une pollution incontrôlée générée principalement par la production de canne à sucre. La région et les paysages se sont transformés, en quelques années : une disparition des bois, des forêts et des parcelles de culture familiale pour être remplacés par des champs de canne à sucre à perte de vue… et des terres brulées, une fois les récoltes réalisées. La monoculture et les techniques utilisées de culture sur brulis ont ainsi fortement dégradé l’espace naturel. 

Plus grave, la raffinerie sucrière construite sur les rives de l’Ayuquila, déversait directement les eaux usées dans le fleuve. Enfin, la croissance économique et démographique des municipalités du bassin, en partie liée à l’essor de l’activité du sucre, a provoqué la saturation des décharges publiques et des systèmes d’eaux usées. L’accumulation de ces facteurs a généré une forte pollution du fleuve Ayuquila, synonyme de maladies pour les anciens et les plus jeunes, le déclin des activités productives traditionnelles et l’abandon des rives du fleuve comme lieu de loisir et de récréation et symboliquement comme référent culturel et identitaire pour les habitants de la région.

Les habitants ne se résignent pas

Comme souvent au Mexique, les choses auraient pu en rester là, les puissants de la canne à sucre faisant taire la protestation sociale, la dégradation de la qualité de vie des habitants du bassin étant attribuée à la fatalité et la pollution à « la faute à pas de chance ». Bien au contraire, la crise qu’a connue le fleuve Ayuquila a finalement été une source d’inspiration pour les habitants des dix communes riveraines afin de changer leur mode d’organisation territoriale et de trouver des solutions de long terme pour sauver leur mode de vie.   

Sous l’impulsion de l’Université de Guadalajara et de la Direction de la Réserve naturelle de la Sierra de Manantlán, voisine du bassin Ayuquila, la forte demande sociale a pu être canalisée avec l’adoption d’une charte signée par les maires des dix communes du bassin, le 25 juillet 2001. Une première au Mexique : des maires qui se regroupent pour préserver ensemble un territoire.

Une première au Mexique : les maires s’unissent

L’union faisant la force, les élus ont pu faire entendre leur voix auprès de l’entreprise sucrière et gagné ainsi plusieurs batailles : l’arrêt du déversement des eaux sales directement dans le fleuve, la mise en place de contrôles de l’usine et l’abandon des brulis. Ces succès ont incité les maires à créer, le 27 octobre 2007, un organisme inter-municipal dédié à la gestion environnementale du bassin : la JIRA (Junta Intermunicipal para la Gestión Integral de la Cuenta del Río Ayuquila).

Cette association de communes permet d’une part, de transcender les différences partisanes et de couleur politique au moment de prendre les décisions concernant le bassin, et d’autre part, de travailler sur le long terme. 

En effet, le mandat de maire au Mexique dure trois ans, ce qui est bien peu pour prendre des décisions, en particulier budgétaires, sur des projets environnementaux dont la temporalité excède largement ce mandat. 

Indépendant des rotations politiques

La JIRA, avec son personnel professionnel, indépendant des rotations politiques, permet ainsi d’agir sur l’ensemble du territoire et de donner le suivi indispensable aux projets d’infrastructure et de développement durable, sous le contrôle vigilent des élus locaux. Enfin, en s’associant, les communes réalisent des économies d’échelle sur les grands travaux d’équipement de la région (gestion des déchets, qualité de l’eau, etc.). 

Depuis 2010, l’Agence française de développement (AFD) a accompagné les actions de la JIRA et s’est appuyée sur cette structure intercommunale pour développer notamment des actions de préservation de la forêt. Cette coopération entre dans le cadre de l’initiative internationale de réduction d’émission de CO2 liée à la dégradation et la déforestation dans le monde, dénommée REDD+. Le caractère intercommunal de la JIRA permet à la fois d’avoir un impact local significatif et de peser au niveau national, pour pouvoir inscrire cette action dans le processus REDD+. 

Ce projet devient un modèle pour le Mexique

Ce programme pilote développé avec la JIRA et l’AFD a permis de démontrer les nombreux avantages du modèle de gouvernance intercommunale ; un modèle qui méritait d’être diffusé à d’autres régions du Mexique, voire à d’autres pays, pour participer concrètement à l’effort de lutte contre le changement climatique. 

Ainsi, depuis 2011, avec l’appui d’une subvention européenne de l’ordre de 2 M€, l’AFD a accompagné la diffusion du modèle au Mexique. Six associations inter-municipales ont déjà été créées dans les Etats du Jalisco, du Yucatan et du Quintana Roo, et ce n’est qu’un début. 

Ce projet pilote  s’achève le 31 décembre 2015 mais porte les graines de la continuité : l’Etat de Jalisco a pris ce modèle comme la base de sa politique d’intervention territoriale  et à Chihuahua, dans la Sierra Taraumara et au Chiapas, deux processus pour la création de nouvelles associations inter-municipales sont en train d’être mis en place. Ainsi, le modèle développé par le projet pilote est juste dans sa genèse au Mexique. 

« Ce projet donne les moyens aux pouvoirs locaux d’agir »

Selon Sergio Graf, architecte conceptuel du model intermunicipal au Mexique, « la valeur de ce projet est sa capacité à porter un modèle de politiques publiques pour le Mexique. L’AFD a ainsi contribué à la réplication et la consolidation de ce modèle initialement isolé en apportant une solidité institutionnelle et légale. On constate aujourd’hui la mise en œuvre d’autres projets à un niveau national avec des objectifs similaires se basant sur cette organisation institutionnelle tels que les corridors biologiques et autres zones de conservation. Enfin, ce projet a donné des capacités aux gouvernements locaux pour participer aux défis liés à l’adaptation et l’atténuation du changement climatique et, parallèlement, pour créer des opportunités de développement local de ces collectivités. »

Le modèle des Parcs naturels régionaux français comme modèle

L’AFD, en partenariat avec le Fonds français pour l'environnement mondial (FFEM) , travaille par ailleurs avec ces associations intercommunales pour tenter de développer un mode de gestion de territoire s’inspirant du modèle français des Parcs Naturels Régionaux (PNR). Une coopération technique a été initiée avec la fédération des parcs naturels régionaux pour promouvoir la conservation de sites naturels à partir d’une charte territoriale. Les PNR, comme les associations intercommunales mexicaines, représentent en effet un modèle de gestion territoriale innovant, où les décisions de protection de l’environnement naissent d’un consensus entre les acteurs locaux (municipalités, propriétaires des parcelles, communautés rurales, associations de producteurs, etc.). 

Dépasser trois frontières

Toutes ces initiatives (dépollution d’un fleuve, préservation des forêts, conservation de sites naturelles) relèvent d’une même logique, la gestion durable d’un territoire qui suppose de dépasser trois frontières : la frontière administrative d’une commune, la frontière du temps d’un mandat politique et la frontière partisane d’une stratégie politique. Ce programme de coopération entre la France et le Mexique tire son succès de cette nouvelle vision du territoire. Une idée simple et pourtant novatrice.


A savoir sur ce projet

Ce projet, financé sur fonds délégués européens et mis en œuvre par l’AFD en coopération avec la Commission Nationale des Forêts mexicaine (CONAFOR), a débuté en 2011 et s’achèvera en fin d’année. Il aura favorisé la création et la consolidation de six associations inter-municipales dans les Etats du Jalisco et de la Péninsule du Yucatan, pour permettre aux communes de répondre de manière collective aux enjeux environnementaux locaux (comme la pollution de l’eau, l’expansion de la frontière agricole, la gestion des déchets solides). Ce mode de gestion intégré du territoire est une première au Mexique et pourrait se diffuser sur l’ensemble du pays. Il contribue par ailleurs à la préparation du pays au mécanisme international REDD+. Une sortie sur le terrain a permis de mieux se rendre compte des actions concrètes menées par plusieurs associations de communes dans le domaine de l’environnement et d’intéresser plusieurs participants d’Amérique Centrale et de République Dominicaine qui pourraient s’inspirer de ce modèle de gestion territoriale.

Ce projet a été présenté dans le cadre d’un side-event de l’AFD sur les « Territoires ruraux » lors la COP21.

Un forum de 2 jours a été organisé dans l’Etat du Jalisco avec de nombreux partenaires du Mexique et d’Amérique Centrale sur les leçons à tirer d’un projet de gouvernance locale inspiré des communautés de communes et des parcs naturels régionaux en France.

 



Interview de Mario Molina, Prix Nobel de chimie (1995)

01/12/2015

Mario Molina, Prix Nobel de chimie (1995) et Conseiller du président Obama, était l'invité de l’AFD lors de la 21e Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP21).

Son interview est parue dans Le Monde du 1er décembre 1/12/2015, à découvrir ici. 


L’AFD au Forum International d’Innovation pour la Gouvernance Métropolitaine.

23/11/2015

Lors du Forum International d’Innovation pour la Gouvernance Métropolitaine, organisé par les Fonds Mondial pour le Développement des Villes (FMDV), ONU-Habitat et l’Etat de Jalisco, Jean-Marc Liger, directeur pour le Mexique, est intervenu dans un atelier sur le financement des entités sous-nationales.

Cet évènement a été l’occasion de présenter les mécanismes de financement innovants que l’AFD analyse au Mexique pour financer le développement urbain local, face à la contrainte constitutionnelle interdisant aux collectivités locales de s’endetter directement ou indirectement auprès d’institutions financières étrangères.



Les enfants s’impliquent pour la COP21 en dessinant le monde en 2025 !

16/10/2015

Un concours de dessin a été organisé par l’AFD et le centre Mario Molina dans dix écoles de la ville de Mexico : Comment j’imagine le monde en 2025 ? des écoles françaises et des écoles publiques mexicaines situées pour la plupart dans des quartiers défavorisés. Plus de 1 200 enfants ont dessiné leur vision du monde et contribué ainsi, à leur manière, au débat international sur la Terre et le climat de la conférence de Paris.

Une exposition reprenant les dessins et les messages les plus parlant sur des thèmes comme la protection de la planète, le changement climatique, la ville de demain, vivre ensemble, etc. sera présentée prochainement à Mexico et à l’AFD à Paris.

Ce concours a permis de constater à quel point les enfants d’aujourd’hui sont sensibles aux sujets environnementaux, qu’ils soient globaux (réchauffement climatique, disparition des espèces, pollution des océans…) ou locaux (cadre de vie en ville, pollution, déchets, trafic automobile…). . Vivant dans une des plus grandes mégalopoles du monde (20 millions d’habitants), les enfants de Mexico sont en effet confrontés au quotidien aux questions de déplacements en ville, de pollution de l’air, de manque d’espace dédié aux piétons et aux enfants, de sécurité etc. Les dessins et messages des enfants témoignent d’une perception du futur à la fois lucide sur la fragilité de la planète et l’agression faite par l’homme et optimiste sur la capacité à changer nos comportements et à mettre à profit le développement des technologies pour la préservation de l’environnement.

 

"Moi je veux des plantes dans le ciel et des voitures de lumière."
Maria Pia C., 7 ans, CE1D, LFM

"Ne coupez pas les arbres pour qu’on respire en 2025."
Maximiliano Z.M., 7 ans, CE1G, LFM

"Yo me imagino en el 2025 que vivimos bajo el agua porque se inundaron las ciudades cuando se descongelo el hielo del Polo Norte y del Polo Sur. 
Entonces inventaron la poción para convertirse en sirena y entonces todos pudieron vivir bajo el mar."

Daniel Montserrat Ramirez Nava, 6 ans, 3º A, Tlaloc.  

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"Nous on ne peut pas vivre sans la terre mais la terre peut survivre sans nous. 
Elle n’a pas besoin d’eau ni d’oxygène mais nous oui." 

Valentina V et Michelle A., 9 ans, CM1D, LFM


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"Je voudrais un monde avec de la nature pour pouvoir respirer 
et de beaux immeubles pour avoir la joie de vivre."
Camille M., 10 ans, CM2E, LFM

 

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"J’amerais que le monde entier utilise le vélo et aussi le train et le métro."
Aliah 7 ans CE1 LFM 

"Je voudrais que l’on construise beaucoup plus d’effet de serre pour que l’on plante beaucoup plus de tomates, de la salade, des oignons…"
Samuel C., 10 ans, CM2C, LFM

"Mi historia trata de que el mundo tiene basura, los árboles no tienen hojas y el mundo ya no tiene oxigeno. Ya no hay agua, las personas mueren y los animales también."
Jesus David Lopez Reyes, 3º A, 8 años, Tláloc

"Sinceramente yo creo que más adelante cambiará la Humanidad para mal."
Gael Ernesto, 5ºB, Alfonso Caso Andrade 

"¿Cómo imagino el mundo en 2025? Un mundo más limpio con personas que reciclen."
Silvia Janelle Rivera Garcia, 11 años, 6ºA, Tláloc

"¿Cómo imagino el mundo en 2025? Habra energia solar en todas partes. Será la mayor fuente de energia del mundo. La energia solar calentará los edificios, el agua, y proporcionará energia para los dispositivos en el hogar, la oficina así como edificios comerciales y fábricas."
Betsy Moreno Sánchez, 11 años, 6º A, Catorce de abril

"Yo me imagino en el 2025 que no haya violencia, algo sano, puro, sin choques, sin que maten personas, sin ladrones y que algunos ya no se droguen."
Francisca Romera L., Tlaloc 

"En 2025 le lieu où l’on vit ou la façon dont on vit n’importera plus. Nous seront presques égaux."
Rafael R. 10 ans, CM2E, LFM

"Il faut protéger la terre, elle est à nous! C’est notre maison ou on a tout ce qu’il faut. Il faut proteger la terre."
Mathilde Molina Brault CM2 LFM

 

"Los niños de hoy podemos cambiar el mañana solo basta amar nuestro mundo."
Ma Daniela Ramos Broca 8 ans 3º Escuela Catorce de Abril



Toute l’équipe de l’AFD au Mexique s’est retrouvée à Tepoztlan pour repenser la stratégie de l’AFD à l’horizon 2025.

14/10/2015

L’équipe de l’AFD s’est réunie les 14, 15 octobre dans un parc national de Tepoztlan pour se concentrer sur un travail de construction et de réflexion sur les grands enjeux au Mexique d’ici 2025 et le positionnement de l’AFD dans le pays.

Le séminaire fut également l’occasion de présélectionner les dessins des enfants, reçus de 8 écoles participant au concours « Comment j’imagine le monde en 2025 », et de passer de bons moments ensemble.



 
 
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