Si l’eau se partage et se protège, elle se recycle aussi !

  • Céline_Robert

    Croissance démographique, urbanisation, changement climatique, l’eau est une ressource de plus en plus rare mais souvent mal gérée.

    À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau 2017 , l’ONU appelle à lutter contre le gaspillage en réduisant et réutilisant les eaux usées. Actuellement, plus de 80 % de ces eaux sont reversées dans la nature sans aucun traitement et elles sont peu réutilisées. Or, si l’eau se partage et se protège, elle se recycle aussi !

    Céline Robert, responsable adjointe de la division Eau et Assainissement de l’AFD, nous en dit plus sur la seconde vie des eaux usées.

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    Quels sont les enjeux autour de la réutilisation des eaux usées, thème mis à l’honneur cette année par la Journée mondiale de l’eau ?

    L’adoption en 2015 d’un Objectif de développement durable (ODD) qui prend en compte le cycle de l’eau dans son ensemble – c’est-à-dire non plus uniquement l’accès aux services d’eau et d’assainissement mais aussi la préservation de la ressource  - témoigne d’un changement bienvenu d’approche.

    L’eau est une ressource menacée. Elle subit de fortes pressions : elle est mal répartie sur le globe et elle est de plus en plus exploitée avec une demande en eau qui explose et pourrait croître de 50 % d’ici à 2030. Elle est aussi de plus en plus polluée, avec 80 % des eaux usées reversées sans traitement dans le milieu naturel.

    Face à ce constat préoccupant, plusieurs enjeux : protéger la ressource en faisant en sorte de ne pas la gaspiller et en traitant les eaux usées, la partager pour que les différents usages et acteurs en bénéficient de façon concertée (gestion intégrée de la ressource en eau), mais aussi la recycler. En donnant une seconde vie aux eaux usées, on prolonge le cycle de l’eau, ce qui permet de moins puiser dans la ressource.

    Ce maillon de l’assainissement est peu connu, d’où l’accent mis par les Nations Unies cette année : iI est temps de ne plus considérer les eaux usées seulement comme un fardeau mais comme une ressource, un véritable potentiel à exploiter !

     

    Comment réutiliser les eaux usées intelligemment ?

    Aujourd’hui, la réutilisation des eaux usées existe déjà : c’est une pratique ancienne et spontanée, principalement dans l’agriculture. On la retrouve plus particulièrement dans les zones dites de stress hydrique* comme le Maghreb. Cette utilisation des eaux usées non traitées permet d’irriguer aujourd’hui jusqu’à 7 % des terres cultivées. Or, elle présente un risque sanitaire important pour les agriculteurs et les consommateurs et peut menacer l’environnement et les systèmes agronomiques.

     

    © Pierre Terdjman

    Il est donc indispensable d’encadrer cette pratique de façon adaptée au niveau institutionnel, réglementaire et par la sensibilisation des usagers. Les capacités de collecte et de traitement des eaux usées doivent également être renforcées afin d’assurer une qualité suffisante pour la réutilisation. Le défi est là : passer d’une pratique spontanée à une pratique plus encadrée et développer cet usage à une plus grande échelle au bénéfice à la fois de l’économie, de l’environnement et des populations.

    Lorsque ces conditions sont réunies, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) constitue une formidable opportunité d’allonger le cycle de l’eau : pour 3m3 d’eau prélevée à des fins de production d’eau potable, jusqu’à 1m3 peut être valorisé au lieu d’être directement rendu au milieu naturel.

     


    Les moyens mobilisés par les États pour l’assainissement restent faibles, quelles en sont les conséquences ?

    En effet, l’assainissement est un secteur qui coûte cher et qui est souvent le grand oublié des politiques publiques, notamment dans les pays en voie de développement. 2,4 milliards de personnes dans le monde ne disposent toujours pas d’un accès à l’assainissement de base et un milliard de personnes sont contraintes de déféquer quotidiennement à l’air libre…Pourtant, l’assainissement constitue l’un des chaînons essentiels du cycle de l’eau.

    Dans nos pays d’intervention, la demande peine souvent à être formulée par nos partenaires. Le service de l’eau n’arrivant pas toujours lui-même à se financer, investir dans l’assainissement peut sembler moins prioritaire sachant que ce service est à première vue encore moins rentable. Or les besoins sont énormes (au moins 35 milliards d’euros contre 17,5 milliards pour l’eau) et le coût de l’inaction est considérable.

    Car si l’assainissement coûte cher, l’absence d’assainissement aussi ! Elle engendre des problèmes environnementaux et de santé publique (maladies, mortalité infantile, pollutions) qui ont un impact sur le développement économique des pays (absentéisme au travail, faible taux de scolarisation, baisse du tourisme, de la pêche, etc.). On estime par exemple que de l’ordre de 1 à 2 points de PIB sont perdus pour cette raison en Côte d’Ivoire
    Dans ce contexte, il est urgent de replacer l’assainissement au niveau de priorité qu’il mérite.

     

    Quelle est l’approche de l’AFD sur la problématique de l’assainissement ?

    L’AFD apporte non seulement des financements pour les infrastructures nécessaires mais cherche aussi à renforcer la structuration du secteur pour assurer sa pérennité technique et financière et le rendre viable (gouvernance, cadre réglementaire, modèle financier, performance des services). L’AFD apporte ainsi aux autorités des outils de prise de décision, du conseil et de la formation.

    Dans un pays comme la Tunisie, qui s’est fixé pour objectif de réutiliser 50 % des eaux usées, nous finançons des stations d’épuration qui viendront de fait renforcer le potentiel de REUT. La logique est la même au Maroc en sachant que l’AFD accompagne également la réutilisation et le recyclage de l’eau par des industriels .

     

    © Frédéric Maurel

    Dans un pays comme la Bolivie, qui est l’un des plus vulnérables au changement climatique, nous prévoyons d’intervenir à plusieurs niveaux. Ainsi, à Cochabamba, ville située dans l’Altiplano et où la réutilisation spontanée de l’eau dans l’agriculture est très ancrée, nous allons à la fois travailler sur le développement des infrastructures (réseaux de collecte et stations de traitement des eaux usées) et sur celui du cadre institutionnel (évolution de la réglementation, accompagnement des agriculteurs, etc.).

     


    Comment développer au mieux la réutilisation ou REUT ?

    Dans les enjeux liés à l’assainissement, la réutilisation des eaux usées traitées est un sujet qui peut sembler marginal. Pourtant, c’est une opportunité sur laquelle s’appuyer pour plaider la cause du secteur tout entier.

    La REUT est surtout nécessaire là où la pénurie d’eau est forte : certains pays, qui en sont particulièrement victimes, sont contraints de se pencher sur le sujet et avancent plus vite que d’autres. Dans tous les cas et comme pour l’assainissement en général, la clef est la volonté politique pour investir non seulement dans des infrastructures adéquates mais aussi dans la mise en place d’une gouvernance adaptée du secteur.


    * Ressource insuffisante pour répondre aux différentes activités humaines et aux besoins de l’environnement

L'AFD et l'assainissement : une infographie pour mieux comprendre

Mise à jour en mars 2017

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