En Côte d’Ivoire, où plus de 75 % de la population a moins de 35 ans, l’emploi des jeunes et la santé restent un défi majeur. Depuis 2013, par un soutien apporté à l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS) et à son réseau d’antennes régionales, l’Agence française de développement (AFD) contribue à faire de cette force vive une ressource humaine de qualité au service d’un système de santé plus performant. Bouaké, deuxième ville du pays, abrite un de ces incubateurs d'un genre nouveau.

Brouettes, sacs de ciment, ballets d’ouvriers mais aussi refonte des programmes de formation : l’INFAS  de Bouaké est en chantier. Objectif : améliorer les conditions de travail et d’études offertes par le site ainsi que la formation des infirmiers, sages-femmes et techniciens biomédicaux en Côte d’Ivoire.

Ces deux actions s’inscrivent dans le cadre d’un programme lancé en 2013 avec le soutien de l’AFD et qui a déjà permis, en amont, de renforcer les compétences du personnel encadrant, notamment en pédagogie, gestion et administration. Un appui est également apporté dans le champ de la recherche (méthodologie, techniques de recherche, de rédaction de publications scientifiques…).

Les parcours de formation sont eux aussi revisités. « Auparavant, le programme se constituait de maquettes. Les maquettes se déclinent désormais en unités d’enseignement, détaille Sévérin Kramo, premier responsable à l’INFAS de Bouaké. Avec des cours magistraux, des travaux dirigés et des travaux pratiques. Sur le terrain, concernant le suivi des étudiants, le cahier de stage a également été revu, afin d’assurer une formation pratique plus adéquate pour une meilleure prise en charge des malades.  »

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Marie Sy : briser les stéréotypes
À 26 ans seulement, Marie a déjà la tête sur les épaules : « J’ai toujours entendu dire que, parce que j’étais une femme, avoir un emploi n’était pas très important car je me marierais et mon époux, lui, travaillerait. Ce sont des préjugés. Je veux être considérée comme une femme battante, une leader, une femme qui s’assume. C’est important pour moi mais aussi pour mes soeurs.  »

Pour atteindre ses objectifs, l’étudiante en droit abandonne son premier choix - le droit - pour présenter le concours d’entrée à l’INFAS, en 2017. Comme sa mère avant elle, elle souhaite devenir infirmière, « pour aider les autres à retrouver la santé, à rester debout ». Aujourd’hui en seconde année de licence et son rêve en passe d’être réalisé, la jeune femme prépare déjà la suite. « Je pense travailler dans un centre communautaire, au plus près des populations rurales. Ce sont elles qui ont le plus besoin de nous. Au bout de trois ans, je m’inscrirai en master. Mon objectif, c’est le doctorat. Je veux aller le plus loin possible », révèle-t-elle, confiante. Même si elle préfère garder le silence sur sa future spécialisation.
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L’INFAS, une seconde chance pour Jérôme Touré
Rien ne prédestinait Jérôme Touré à une carrière dans le secteur de la santé. Lorsqu’il obtient le baccalauréat, le jeune homme ne rêve que d’une chose : entrer à l’université. Sa famille s’y oppose. Malgré lui, il est contraint de renoncer à ses ambitions et opte pour un brevet de technicien supérieur en informatique. Sa spécialité : le codage.

Après quelques années à enchaîner les petits boulots peu ou mal rémunérés, il décide de présenter le concours d’entrée à l’INFAS. Le trentenaire y voit d’abord un moyen d’échapper au chômage. Au fil de sa formation, le désormais presque infirmier se découvre une réelle passion pour le métier. « À l’INFAS, je me suis retrouvé là où je voulais être », admet-il fièrement. La formation lui offre également l’opportunité de poursuivre des études universitaires.

Jérôme est plus que jamais résolu à mettre ses compétences informatiques au profit de la digitalisation des INFAS, qui vient d’être initiée. Il compte même développer des applications en e-santé. Mais, pour l’heure, il travaille pour recevoir son diplôme, un précieux sésame.
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La vocation de Rebecca Kouamé
C’est fait ! Rebecca vient de soutenir son mémoire de fin de cycle. Elle sera bientôt sage-femme, ce qu’elle a toujours désiré. Passionnée, la jeune femme aimerait redorer l’image de sa future corporation, bien souvent ternie.

Son mémoire de fin de formation portait d’ailleurs sur la violence des personnels soignants envers les usagers (patients, parents de malades…). Pour en comprendre les causes mais aussi proposer des solutions.

Rebecca, qui fait de son futur métier un sacerdoce, souhaite l’explorer dans toute sa diversité : « Dans cinq ans, j’aimerais changer de spécialité. Je poursuivrai en dermatologie.  »
Accroître les capacités

Pas de formation efficace sans infrastructures de qualité pour accueillir les étudiants. C’est pourquoi leur amélioration constitue un axe d’intervention majeur du programme.

« L’école a été construite pour recevoir tout au plus 240 étudiants, soit 80 par cycle de formation. Pour le moment, seuls 200 peuvent être logés sur place, note Sévérin Kramo. Mais, au fil des années, nos effectifs vont croissant. Pour la seule année 2018, nous comptabilisons 1 032 apprenants effectivement inscrits, tous niveaux confondus.  »

Les besoins déjà nombreux de l’établissement se sont accrus avec la décennie de crise traversée par la Côte d'Ivoire. Restées fermées sur presque toute la période, les infrastructures se sont dégradées. De même que les équipements.

Des travaux de réhabilitation et d’extension ont donc été engagés au début de l’année 2019. Le chantier devrait être terminé au premier trimestre 2020, avec une capacité d’accueil de l’école doublée.

En plus de la réhabilitation des infrastructures existantes (internat, bibliothèque, foyers polyvalents, administration, infirmerie, réfectoire…), le programme prévoit la construction d’un amphithéâtre de 300 places, d’une vingtaine de classes et salles de TD et TP et d’un foyer central de 580 m². Il abritera un student center comprenant des commerces, un guichet automatique de banque, une pharmacie, etc. « Nous revenons de loin. Dès l’année prochaine, nous allons travailler dans des conditions satisfaisantes », se réjouit déjà le chef d’antenne.

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Le nouveau bâtiment abritera notamment un student center comprenant des commerces, un guichet automatique de banque, une pharmacie... © Jacques Kouao / AFD

Former aux nouveaux métiers de la santé

À la rentrée prochaine, un nouveau cycle de formation s’ajoutera au programme des INFAS : celui des  auxiliaires de santé. Pendant trois ans, 1 500 jeunes entre 18 et 30 ans, titulaires d’un BEPC ou d’un CAP sanitaire et recrutés par voie de concours, seront formés au métier d’auxiliaire de soins infirmiers, auxiliaire de soins obstétricaux, auxiliaire des techniques sanitaires spécialisé en hygiène et assainissement, mais aussi au métier de préparateur et gestionnaire en pharmacie, biologie médicale ou imagerie médicale.

Acteurs pivots du système sanitaire, les auxiliaires de santé assurent l'accompagnement et les soins quotidiens des malades. Ils prennent en charge les soins de base et mettent à disposition des patients leurs compétences et leurs qualités humaines. Ils sont placés sous la supervision du personnel soignant diplômé (infirmiers, sages-femmes, techniciens biomédicaux).

 

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