50 millions
d’Indonésiens dépendent de la pêche et de l’aquaculture
17 500
îles composent l’archipel indonésien
300
bateaux illégaux arraisonnés depuis les débuts d’Indeso en 2014
Pour mieux contrôler les écosystèmes marins et lutter contre la pêche illégale, l’Indonésie s’est dotée d’un centre de surveillance océanographique high-tech unique en son genre. En trois ans, le pays est devenu l’un des grands défenseurs d’une pêche légale, raisonnée et durable.

Comment surveiller l'activité économique et environnementale d'un territoire aussi vaste que l'Europe, sur l'eau et sous l'eau ? L'Indonésie est en passe de relever le défi. Les presque 8 millions de km² de l'archipel indonésien et sa myriade d'îles en font l'une des plus vastes zones économiques exclusives du monde. Les ZEE sont ces espaces maritimes sur lesquels un État exerce des droits souverains ; celle de l'Indonésie est l’un des réservoirs les plus importants de la biodiversité marine de la planète, aux ressources halieutiques considérables.

Avec 6 millions de tonnes annuelles et 3 milliards de dollars d’exportation, le pays est le deuxième producteur mondial de produits de la mer après la Chine. Et cinquante millions d’Indonésiens dépendent de la pêche et de l’aquaculture. Mais la pêche illégale prospère depuis les années 1990, générant un manque à gagner de plusieurs milliards de dollars annuels. Et un surcroît de surpêche dont les petits pêcheurs sont les premiers à faire les frais.

Entre enjeux économiques et environnementaux, la bonne gestion des ressources et la surveillance des eaux sous contrôle indonésien est un enjeu capital pour les autorités. Avec le concours de l'AFD et de partenaires technologiques français de haut niveau, l'Indonésie a créé un Centre national d’océanographie spatiale unique au monde : Indeso.

Il ne s’agit pas seulement de contrer la pêche illégale, mais aussi de suivre les habitats sensibles, les populations de poissons et de détecter les pollutions accidentelles d’hydrocarbures…

 

Dr. I Nyoman Radiarta, responsable du centre INDESO
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Andy, l'oeil des autorités
Andy, 35 ans, travaille pour Indeso depuis trois ans. Sur l’un de ses innombrables écrans de contrôle, des petits pictogrammes en forme de flèches évoluent lentement : ce sont des bateaux de pêche. Ils croisent en mer de Célèbes, à environ 1500 km de ses bureaux. « Celui-là, c’est un bateau qui évolue sous pavillon d’un pays voisin, explique Andy en montrant l’un des signaux. Il est arrêté depuis deux jours à la limite des eaux territoriales. Il est peut-être en panne, mais il est possible qu’il soit là aussi en attente d’une cargaison issue d’un ou plusieurs autres bateaux. »

Autrement dit, un transbordement. « Transborder en pleine mer, reprend le jeune homme, c’est transférer ses prises sur un autre bateau. C’est formellement interdit parce que ça permet de blanchir ou de faire disparaître des captures vers un autre pays… Alors on garde un œil sur la zone. »

Tous les jours convergent vers le centre Indeso de Perencak, à Bali, des données en provenance de 25 satellites. Les satellites d’observations océanographiques à grande résolution informent sur la température de l’eau, la concentration en plancton, les courants.

Les satellites optiques permettent eux de photographier les zones côtières et hauturières avec une résolution très fine. Enfin, avec les outils de pointe que sont les satellites radars, ce sont des imageries précises de jour comme de nuit qui sont envoyées aux équipes d'Indeso, quelle que soit la couverture nuageuse.

À cet arsenal impressionnant s'ajoutent les positionnements GPS des bateaux équipés de balises spécifiques, les signaux radios des émetteurs dits AIS obligatoires sur les bateaux de plus de 20 mètres, et le géo-positionnement obligatoire des navires de commerce. De l'évolution des bancs de poissons aux agissements des pêcheurs illégaux, plus rien ne doit échapper à la surveillance d'Andy et de ses collègues.
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Un outil complet de gestion des écosystèmes
Dès sa genèse, Indeso a été conçu comme un outil global de gestion des écosystèmes : il ne s’agit pas seulement de contrer la pêche illégale mais aussi de pouvoir observer les habitats sensibles (récifs coralliens, mangroves), de détecter les pollutions accidentelles d’hydrocarbures, de modéliser les populations de poissons ou encore d’étudier les effets des changements climatiques.

« Il reste encore à faire pour installer ce travail dans la continuité et en utiliser tout le potentiel, prévient François Henry, ingénieur halieute chargé du suivi du projet à l’AFD. Mais le recrutement et la formation ont été exemplaires. Les équipes indonésiennes ont acquis un savoir-faire qu’elles n’avaient pas, notamment sur le formatage des données, le traitement, le renseignement, l'extraction et l'utilisation des outils complexes de CLS. Il existe maintenant de vraies capacités locales sur le long terme. »
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Le tournant technologique avec l'AFD
Face aux pêcheurs illégaux qui jouent sur les pavillons de complaisance et l’immensité des océans pour en piller les ressources, l’Indonésie décide au tournant des années 2010 de parier les technologies de pointe. Avec l'aide de l'espace.

Un pari écologique et commercial pour faire de l’Indonésie la première puissance de pêche de la sous-région. C’est de cette réflexion que le projet Indeso (pour « Infrastructure Development of Space Oceanography) est conclu avec l’AFD en 2011. L'agence intervient comme bailleur unique, à hauteur de 30 millions de dollars, et fournit une assistance technique.

Trois ans plus tard, c’est l’entreprise française CLS qui devient le maître d’œuvre de cet ambitieux programme. Filiale du Centre national d’études spatiales de Toulouse, CLS est le leader mondial des applications civiles de surveillance terrestre et marine.

En 2014, le centre high-tech de Bali sort de terre. Les experts de CLS forment les opérateurs indonésiens au maniement des logiciels de traitement des données. Ceux de l’Institut de recherche pour le développement, partenaire scientifique du programme, les forment à la modélisation des ressources halieutiques. La même année, les équipes commencent à être opérationnelles.

Aujourd'hui, une centaine de scientifiques, ingénieurs et chefs de projet travaillent au service d'Indeso. Très vite, les résultats sont là : les activités illégales de dizaines de bateaux, le plus souvent évoluant sous pavillon étranger, notamment thaïlandais, vietnamien, philippin, sont détectées. Arraisonnés par les garde-côtes, les navires sont ensuite coulés devant les caméras du monde entier. Le message est clair : la pêche illégale n'a plus sa place en Indonésie.
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Un œil sur le changement climatique

Certaines parties du littoral indonésien sont très sensibles aux effets du changement climatique. La détérioration du trait de côte, le risque de submersion, le blanchiment du corail sont désormais bien connus mais ne font pas l'objet d’analyses systématiques.

INDESO permettra bientôt de recenser les sites les plus fragiles et, grâce à la modélisation, il sera possible d'élaborer des scénarios d'évolution précis :

« En surveillant les impacts du climat, nous aurons la possibilité de mieux déterminer les politiques publiques et si possible de prévenir ou atténuer les effets des catastrophes naturelles liées à ce phénomène », confirme le Dr I Nyoman Radiarta.

Protéger les récifs de corail

À cheval sur six pays, dont l’Indonésie, le triangle de corail concentre 50 % de la biodiversité marine mondiale. Indeso vient aussi en appui de la « Coral Triangle Initiative », un programme qui réunit six pays pour la sauvegarde de cette zone aussi grande que la ZEE indonésienne.

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Un « INDESO » pour les voisins ?

 « L’Indonésie a fait un pari, celui d’un secteur de la pêche plus transparent et légal », explique François Henry, de l’AFD. « Les pays voisins, Birmanie, Vietnam, Philippines, réfléchissent à des projets similaires. L’ensemble du secteur est en train d’évoluer. »