• logo linkedin
  • logo email
Habitants du quartier vulnérable aux inondations de la Barquita (Saint-Domingue Est, République Dominicaine) relogés grâce à un programme financé par l'AFD
Sujet novateur, les répercussions du dérèglement climatique sur les inégalités entre les femmes et les hommes sont abordées en ce moment par la France au Forum Génération Égalité, qui se tient à Paris jusqu'au 2 juillet. Coup de projecteur sur une thématique essentielle pour les prochaines décennies à venir, notamment dans la Caraïbe.

Le constat est clair : selon le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié en 2014, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes capacités d’adaptation au changement climatique. En effet, pèsent sur les rapports femmes-hommes les inégalités de genre structurelles comme l'accès à la propriété, l'accès aux services (éducation, santé), le pouvoir de décision et le contrôle des actifs. Le dérèglement climatique exacerbe ces disparités, alors que l’égalité de genre est un facteur clé pour renforcer la résilience des populations et des territoires les plus vulnérables.

Quand le climat avive les injustices de genre

Dans un contexte global de réchauffement climatique et où prévalent encore d’importantes inégalités structurelles, les températures extrêmes, l’augmentation du niveau des océans, les sécheresses ou encore la perte de biodiversité ont des impacts différenciés sur les femmes et les hommes, et ce dans tous les secteurs. 

C’est le cas dans de nombreuses régions du monde dont la Caraïbe. Les sécheresses sont de plus en plus régulières et ont des répercussions sur les pratiques halieutiques et les cultures maraîchères. Le manque de rendement et l’impératif de diversifier leurs revenus mettent les ménages dirigés par des femmes sous tension. Il leur est alors difficile de réagir et de s’adapter en cas de crise. « Le changement climatique peut entraîner des responsabilités supplémentaires pour les femmes, allongeant considérablement leurs journées, l’étendue et l’intensité de leurs tâches », explique Leisa Perch, consultante internationale « genre et environnement », actuellement en mission dans la Caraïbe pour ONU Femmes. « De plus, la raréfaction des ressources en eau, perturbant les routines quotidiennes, menace les moyens de subsistance et les activités génératrices de revenus. Les déplacements pour raison économique prolongés peuvent également mettre les femmes en danger de violence domestique et sexiste », ajoute-t-elle.

Le changement climatique aggrave des discriminations déjà présentes dans ces territoires. Au sein des États antillais du Commonwealth (hors Guyana), face aux violences par exemple, les femmes sont les plus vulnérables. De nombreuses inégalités perdurent, comme dans le domaine de l’éducation. Ainsi, à Haïti en 2016, les femmes se révélaient moins lettrées que les hommes : 58,3 % de femmes lettrées contre 65,3 % des hommes.

La résilience à l’aune des différences

Alors que les phénomènes météorologiques extrêmes s'intensifient et que le niveau des mers s'élève dans la sous-région, les migrations environnementales et les déplacements dus aux catastrophes constituent un nouvel enjeu mondial. À la suite de l’ouragan Dorian, dans les Bahamas, 70 % des personnes déplacées de Grand Bahama à New Providence étaient des femmes, alors qu'elles ne représentaient que 51,5 % de la population. Après l'ouragan, les femmes étaient plus susceptibles d'avoir un accès limité aux ressources et aux compétences nécessaires à la reconstruction des maisons. On constate par ailleurs que les déplacements dus à des catastrophes hydrométéorologiques deviennent un phénomène familier dans toute la Caraïbe. 

L’égalité de genre et le développement de mécanismes d’adaptation différenciés constituent de nouveaux défis et de nouvelles opportunités pour l'autonomisation des femmes. Dans les Caraïbes, la participation des femmes à la main-d'œuvre agricole est inférieure à celle des hommes. Cette faible proportion des femmes est liée aux inégalités entre les sexes dans l'accès à la terre notamment. En Haïti, 74,7 % des hommes agriculteurs sont propriétaires contre 25,3 % de femmes seulement. Même chose à Sainte-Lucie, 70,3 % d’hommes détenant des terres contre 29,7 % des femmes. Ces dernières sont moins dotées que les hommes des outils nécessaires pour faire passer une production agricole de subsistance à une échelle commerciale, et encore moins industrielle. 
S’il y a également très peu de femmes pêcheuses, bon nombre sont pourtant impliquées dans l’activité de la pêche. Ce lien aux services écosystémiques confère aux femmes un rôle clé pour contribuer à la résilience climatique. Elles ont également la capacité d’agir sur la production agricole mondiale. Avec le même accès que les hommes aux ressources productives, elles pourraient alors contribuer à la réduction de l’insécurité alimentaire. Leisa Perch le confirme : « l’autonomisation des femmes a des impacts directs sur leur propre santé, sur l’éducation des enfants, la sécurité alimentaire du ménage, les possibilités de générer des revenus… Autant de moyens d’augmenter la résilience des individus et des ménages face aux futurs chocs climatiques. » 

Renforcer l’articulation genre et climat dans l’aide au développement

Malgré l'impact du changement climatique et des catastrophes sur les femmes, le genre n'est pas encore suffisamment intégré dans les lois ou politiques relatives au climat. Se concentrant sur l'intersection entre le climat et le genre dans un objectif de résilience climatique, l’Agence française de développement (AFD) finance plusieurs projets fondés sur ce mécanisme. C’est le cas en République dominicaine avec le programme Plan Sierra. La troisième phase du projet (Sierra III) a bénéficié d’un prêt de l’AFD d’un montant de 20 millions d’euros, assorti de 1,5 million d’euros de subvention. Parmi les actions mises en œuvre grâce à ce financement, un diagnostic consacré à la participation des femmes dans le processus de gestion du territoire et aux activités promouvant le développement socioéconomique de la région. « Les femmes sont d'ores et déjà les plus sensibles aux questions environnementales, et participent en nombre aux initiatives de protection de l'environnement par le biais de projets de nettoyage des rivières ou de recyclage. Elles sont présentes dans des comités de protection de l’environnement, ou encore dans les écoles dont les programmes visent à promouvoir un développement territorial durable », se félicite Inmaculada Adames, vice-présidente exécutive du programme Plan Sierra. 

L’AFD a mis en place Adapt’Action, un outil doté de 30 millions d’euros sur quatre ans (2017-2021), pour accompagner les pays dans la mise en œuvre de leurs engagements en faveur d’un développement plus résilient. Ainsi, Adapt’Action soutient la Commission de l’organisation des États de la Caraïbe orientale et ses douze États membres associés dans la prise en compte de solutions fondées sur la nature et l’intégration du genre. À Cuba, le diagnostic des risques climatiques et des mesures d’adaptation pour un développement résilient de la ville de Cienfuegos inclut une analyse sensible au genre et la définition d’un plan d’actions spécifique. En République dominicaine, l’étude de faisabilité d’un programme de protection sociale adaptative à l’échelle d’un bassin-versant inclut un profil socio-anthropologique du territoire sensible au genre.

Face au changement climatique, l’enjeu pour les prochaines décennies réside donc dans la prise en compte de l'égalité femmes-hommes combinée aux questions liées à la nature, pour un monde plus juste.