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Huit ans après la mise en service du barrage hydroélectrique de Nam Theun 2 au Laos, un panel d’experts indépendants a jugé satisfaisantes les conditions dans lesquelles les populations déplacées ont été réinstallées. Une issue positive pour un projet qui se voulait exemplaire.

Qu’importe le pays dans lequel le projet prend forme : construire un méga barrage reste encore aujourd’hui un immense défi technique, social et écologique. C’est ce qu’a cruellement rappelé fin juillet l’effondrement d’un ouvrage en construction au Laos, qui a englouti plusieurs villages, provoqué des dizaines de morts et poussé le gouvernement du pays à geler les validations de nouveaux projets hydroélectriques.

Dans ce registre, et au Laos justement, un barrage est néanmoins parvenu à tirer son épingle du jeu : celui de Nam Theun 2, situé sur la rivière Nam Theun, un affluent du fleuve Mékong, dans le centre du pays. Huit ans après sa mise en service, en 2010, le panel d’experts indépendants chargé d’évaluer les conditions de réinstallation des populations déplacées et les impacts sur l’environnement a conclu que les objectifs fixés au lancement du projet avaient été atteints.

« Ce projet hydroélectrique qui a incarné l’ambition des institutions financières internationales de faire de la grande hydroélectricité de façon durable a tenu ses promesses ! », se réjouit Matthieu Bommier, responsable du bureau de l’AFD à Vientiane (Laos).

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Vue aérienne du barrage hydroélectrique de Nam Theun 2 / © NTPC

 

Des recettes qui financent les programmes sociaux

Nam Theun 2 est le projet le plus ambitieux mené à ce jour au Laos dans le secteur de l’hydroélectricité, un secteur qui représente une part importante des revenus de ce pays enclavé, où 70 % de l’électricité produite est exportée. Initié en 1998, ce projet a été soutenu par l’AFD et sa filiale Proparco, ainsi que par d’autres acteurs internationaux du développement comme la Banque mondiale, qui ont souhaité en faire un projet exemplaire.

Et à plus d’un titre il est possible de dire, vingt ans après, que ce barrage de 436 m de long et 39 m de haut s’approche de cette ambition. Capable de produire 6 000 GWh d’électricité par an – dont près de 95 % est exportée vers la Thaïlande – Nam Theun 2 porte déjà ses fruits sur le plan économique : 250 millions de dollars de revenus ont déjà été générés pour les caisses de l’État lao, et 1,75 milliard de dollars supplémentaires sont attendus d’ici 2035.

Conformément à l’engagement pris par le gouvernement du Laos avec les institutions financières internationales, 100 % des recettes générées par le barrage sont utilisées pour des programmes sociaux prioritaires.

Matthieu Bommier, responsable du bureau de l’AFD à Vientiane

Un niveau de revenu supérieur pour les populations

Sur le plan social, le récent avis du panel d’experts internationaux indépendants est venu valider des années d’efforts menés par les différents acteurs du projet. Il faut dire que la Nam Theun 2 Power Compagny (NTPC) – créée par des actionnaires privés (dont EDF et EGCO) et le gouvernement lao avec l’appui de bailleurs internationaux comme l’AFD – a consacré une part significative du budget du projet à assurer un niveau de revenu durable aux 6 289 personnes déplacées vivant sur le plateau de Nakai, où a été créé un réservoir d’eau de 450 km².

« Le déplacement des populations s’est déroulé de façon exemplaire. Les engagements de NTPC dans son accord de concession étaient particulièrement ambitieux mais ont fini par être atteints. Tous les ménages se trouvent ainsi aujourd’hui au-dessus du seuil de pauvreté. Et le revenu médian est même trois fois supérieur à ce seuil », indique Matthieu Bommier.

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© NTPC

 

La partie n’était pourtant pas gagnée. Fin 2015, dix ans après le début des grands travaux, le panel d’experts avait estimé que les conditions de vie des populations déplacées s’étaient améliorées, mais que leur durabilité n’était pas assurée. Il a alors poussé le gouvernement à prolonger de deux ans la période de suivi de la réinstallation des populations.

Ce qui fut fait. Et à la suite de quoi un programme d’appui à l’élevage, à l’agriculture et à la pêche sur le plateau de Nakai a été lancé en décembre 2017. Cofinancé par l’AFD et NTPC (à hauteur de 1,5 million d’euros chacune), il va permettre d’améliorer les perspectives économiques des habitants sur le long terme.


Lire aussi : Laos : l'AFD s'engage auprès des populations du plateau de Nakai


Création de zones humides

Plusieurs études d’impact ont par ailleurs été menées, en amont de la construction du barrage puis a posteriori, afin d’évaluer son impact sur les écosystèmes locaux. L’une d’elles, conduite par des experts issus d’EDF et de la NTPC, s’est intéressée à deux espèces de poissons au sein de trois systèmes aquatiques distincts (rivière amont, zone de transition et réservoir) et a conclu à l’absence de changements majeurs quant à leurs tailles. Mieux : d’après elle, l’inondation de la forêt en amont du barrage leur aurait même profité en leur fournissant davantage de sources de nourriture.

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© NTPC

 

De nouvelles zones humides protégées ont aussi été aménagées pour accueillir les espèces terrestres (éléphant d’Asie, tortues) chassées par le projet. « Un total de 490 individus, appartenant à quatre espèces de tortues d’eau douce et trois espèces terrestres, ont été collectés et replacés dans différents habitats sélectionnés se situant au-dessus du niveau le plus haut du réservoir », précise une autre étude. Des patrouilles ont aussi été déployées pour empêcher le braconnage et sensibiliser la population.

Nam Theun 2 est aujourd’hui « un bon modèle » à suivre, a estimé le Premier ministre laotien début septembre. Il démontre en effet que, bien plus que ne pas nuire, ces projets peuvent contribuer activement au développement local, avec un impact le plus restreint possible sur l’environnement.

 


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