Objectif 100 %
d'accès à l'eau potable
290 000
personnes impactées
Le Cambodge est confronté à un double défi : le gouvernement s’est engagé à ce que l’ensemble de la population ait accès à l’eau potable d’ici à 2025 mais le pays fait face à un manque de main-d'oeuvre qualifiée dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. Pour répondre à cette demande du marché de l’emploi, l’Institut de technologie du Cambodge a ouvert en octobre 2018 un master qui vise à former les futurs ingénieurs dans ce domaine.

Le Cambodge, avec ses paysages luxuriants et ses forêts tropicales, est réputé pour être un pays où l’eau ne manque pas. Et pourtant. Si l'accès à l'eau s'est amélioré au cours des dernières décennies, passant de 52 % en 2000 à 75 % en 2015, cette augmentation masque de nombreuses disparités. À la différence de la capitale Phnom Penh où le taux de couverture en eau potable atteint 85 % de la population, les villes secondaires au Cambodge souffrent d’un déficit d’infrastructures en eau potable et en assainissement, alors même qu’elles enregistrent une forte croissance démographique générant d’une part des besoins accrus en eau potable, et d’autre part une pollution croissante de l’environnement urbain via les rejets sans traitement d’eaux usées dans le milieu naturel.

En parallèle, le gouvernement cambodgien s'est fixé pour objectif de fournir à l'ensemble de la population un accès à l'eau potable d’ici à 2025. Néanmoins, pour y arriver, le Cambodge va devoir investir dans les infrastructures, mais pas seulement. Pour fournir un service d’eau et d’assainissement « géré en toute sécurité » comme le prévoient les Objectifs de développement durable, il est aussi nécessaire d’investir dans les ressources humaines pour disposer du nombre suffisant de techniciens et d’ingénieurs qualifiés pour les opérateurs de ces services publics essentiels.


Ouvert en octobre 2018, le master Ingénierie de l’eau et de l’assainissement en milieu urbain de l’Institut de technologie du Cambodge a pour objectif de former les futurs ingénieurs du Cambodge dans les domaines de la gestion de l'eau, du traitement des eaux usées et des systèmes d'assainissement. À terme, il vise à améliorer la vie quotidienne de milliers de personnes dans les zones urbaines en fournissant aux villes une main-d’œuvre hautement qualifiée pour faire face aux défis de la gestion des eaux urbaines et rurales. L’AFD et l’Union européenne financent ce master à travers une subvention déléguée de plus d’un million d’euros.

ingénieures au cambodge
formation en classe d'ingénieur au cambodge
Un master sur mesure
« Ce nouveau master est destiné à relever les défis du secteur de l'eau et à constituer une main-d'œuvre qualifiée pour s'attaquer à ces problèmes », explique le Dr Ty Boreborey, professeur de génie chimique et alimentaire à l'Institut de technologie du Cambodge. Auparavant, le département de génie chimique et alimentaire proposait un master avec des cours sur la gestion de l'eau, mais il n'était pas assez complet pour répondre aux besoins du marché du travail. Aujourd'hui, le nouveau programme de master est intégré dans une nouvelle unité de recherche Eau et environnement qui s'occupe de toutes les questions de génie civil, chimique ou environnemental. Il regroupe des chercheurs et des scientifiques d'horizons et de pays différents (Cambodge, France, Japon et autres pays de l’ASEAN).

« Ce programme contribuera à résoudre les problèmes de l'eau dans le pays en formant des experts dans ce domaine, via un programme conçu spécifiquement pour répondre aux besoins des employeurs », se réjouit-elle.

Dans sa classe, les élèves apprennent les bases du travail en laboratoire et du traitement de l'eau. « C'est le cours de base pour qu'ils soient capables d’utiliser les techniques d’assainissement », explique-t-elle. Les étudiants mènent également des expériences et effectuent des cas pratiques, afin qu’ils soient opérationnels dès l’obtention de leur diplôme.
élève en formation d'ingénieur au cambodge
Thoung Lieang, confiante sur son insertion sur le marché du travail
Thoung Lieang, 23 ans, rêve depuis longtemps de devenir ingénieur en eau et assainissement. Dans sa ville natale, l’eau provenait d’un puits « mais elle avait une odeur étrange », se rappelle-t-elle. Ce n’est qu’à 13 ans que sa famille a été raccordée au réseau d’eau local. Une expérience qui a éveillé sa curiosité et l’a amenée à vouloir en savoir plus sur les solutions qui peuvent être déployées pour améliorer l’accès à l’eau potable dans les villes secondaires.

Avec un diplôme en génie de l'eau et de l'assainissement en poche, Lieang sait qu'il lui sera facile de trouver un emploi. « En plus de connaissances spécialisées en ingénierie de l'eau, en droit et en création de projet, nous étudions aussi des matières non techniques, le management par exemple », détaille-t-elle, avant d’ajouter : « Je suis persuadée que ce master m'aidera à trouver un emploi facilement ! »
ingénieure en reconversion au cambodge
Hout Syradeth, une reconversion professionnelle réussie
Avant de rejoindre le master, Hout Syradeth travaillait au ministère de l'Environnement. Lorsqu’elle se rend compte du besoin grandissant en ingénieurs pour répondre aux enjeux de la gestion de l’eau au Cambodge, elle décide de quitter son emploi pour se spécialiser. Comme Lieng, Syradeth a été témoin des conséquences du déficit d’accès à l’eau dans les villes secondaires. Originaire de la province de Kampong Cham, sa famille et ses voisins puisaient l'eau de la rivière et utilisaient une technique d’assainissement plutôt sommaire : « Ils laissent simplement l'eau dans des récipients pour la décanter », explique la jeune femme de 30 ans. Un manque d’accès à l’eau pouvant se révéler fatal : « de nombreux enfants de moins de 5 ans meurent de diarrhée chaque année après avoir consommé une eau impropre », précise Syradeth.

C’est pour faire face à ces enjeux que la jeune femme s’engage. Avec son expérience professionnelle et les connaissances spécialisées dans le secteur de l'eau acquises pendant le master, elle pense qu’elle n’aura aucun problème à retrouver du travail. Une décision qui inspire ses collègues : « Ils trouvent aussi que c'est un sujet très important », dit-elle, et certains souhaitent candidater au master l’année prochaine. »
Des métiers pas seulement réservés aux hommes

Alors que le monde de l'ingénierie au Cambodge est dominé par les hommes, le master Ingénierie de l'eau et de l'assainissement comporte une majorité de femmes. Un fait dont se réjouit Ty Boreborey : « Dans ma classe, il y a plus d'étudiantes que d'étudiants, précise-t-elle avant de poursuivre. Je pense que les gens commencent enfin à comprendre que l'ingénierie n'est pas un domaine réservé aux hommes et que les femmes sont tout aussi compétentes dans ces métiers. » En parallèle, afin d’encourager les femmes à postuler, l’Institut de technologie du Cambodge a intégré ce facteur dans les critères d’analyse des candidatures à la bourse d’étude, qui soutient financièrement 30 étudiants du master.

Au-delà du master

Ce master fait partie d’un projet plus large, qui vise à améliorer le cadre et les conditions de vie des populations de quatre des plus grandes villes provinciales du Cambodge : Battambang, Kampong Cham, Siem Reap et Sihanoukville. Cette amélioration passe par l’accroissement des capacités de potabilisation et d’épuration et l’extension des réseaux correspondants, mais aussi par la pérennisation financière de ces services.

Dans ce cadre, deux stations de potabilisation sont prévues à Battambang et Kampong Cham, qui permettront de connecter 209 000 personnes supplémentaires. Dans les provinces de Battambang et Sihanoukville, l’accent a été mis sur l’assainissement, avec une augmentation de la capacité de traitement de 25 000 m3/jour, dont 90 000 personnes supplémentaires bénéficieront. Enfin, le projet vise à renforcer la gouvernance nationale et locale dans le secteur de l’assainissement (capacités institutionnelles et managériales) et à sensibiliser la population aux bénéfices de l’assainissement.


Clause de non responsabilité AFD-UE
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