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Peu coûteuse, propre, abondante, l’énergie solaire offre des opportunités uniques dans de nombreux pays. Et le soutien de la France à son développement dans les pays du Sud ne cesse de progresser. Pourtant, plusieurs obstacles demeurent… Avant le sommet Action climat organisé le 23 septembre par les Nations unies à New-York, le point avec Mathilde Bord-Laurans, responsable de la division Énergie à l’AFD.
 Mathilde Bord-Laurans, AFD
© Gil Le Fauconnier / AFD


L’Alliance Solaire Internationale (ASI) contribue largement à la croissance de cette énergie durable. La France vient de renforcer son soutien à l’ASI. Où en sommes-nous aujourd’hui?

L’Alliance Solaire Internationale (ASI) a été lancée en 2015 par l’Inde et la France en marge de la COP 21 et des Accords de Paris sur le climat. Cette plateforme collaborative a pour objectif de renforcer l’utilisation de l’énergie solaire dans 121 pays de la bande intertropicale dans le but de lutter contre le réchauffement climatique.

La France a fait plusieurs annonces d’engagements financiers dans le solaire via l’ASI depuis 2015… Il s’est d’abord agi d’accorder 300 millions d’euros à des projets de développement du solaire dans ces pays. Ce montant est passé à un milliard d’euros en 2018. Puis, lors du dernier sommet du One Planet Summit de Nairobi en mars 2019, le président Emmanuel Macron a annoncé que cet engagement était porté à 1,5 milliard d’euros pour des projets d’énergie solaire d’ici 2022. 

Ce sont les financements de l’AFD qui sont mobilisés pour tenir cet engagement. À ce jour, le groupe a déjà accordé près de 900 millions d’euros, essentiellement dans des projets d’installations de centrales photovoltaïques publiques ou privées d’une puissance de plus de 2 GW.
 

Pourtant, malgré ce soutien croissant, le développement du solaire reste insuffisant dans les pays en développement. Comment expliquez-vous cette contradiction ?

Cela semble effectivement incompréhensible lorsque l’on sait que le solaire est l’énergie la moins coûteuse à produire et qu’elle est disponible en abondance localement. Mais plusieurs facteurs expliquent cela... Du côté des caractéristiques techniques tout d’abord : le solaire est une énergie intermittente qui génère des contraintes pour l’exploitation des réseaux. Cette spécificité peut-être perçue comme problématique dans nos pays d’intervention où les opérateurs électriques ont des réseaux anciens et très faiblement automatisés. 

Développer le solaire requiert ainsi de moderniser rapidement les systèmes électriques. Cette révolution technologique doit s’accompagner du renforcement des capacités des opérateurs locaux. C’est pour cette raison qu’au-delà du financement des investissements, le groupe AFD apporte son expertise et du soutien aux opérateurs pour renouveler leurs connaissances et leur savoir-faire dans ce domaine. 
 

Le « risque financier » peut également être un frein au développement du solaire… Pourquoi et comment contourner ce  problème ?

Une analyse menée en 2018 avec la Banque mondiale a confirmé l’importance du risque de liquidité, c’est-à-dire le risque associé au paiement -délais ou impayés- de l’électricité achetée aux producteurs privés par les opérateurs réseaux qui en assurent ensuite la transmission et la distribution. Pour atténuer ce problème, l’AFD et la Banque mondiale ont lancé la Solar Risk Mitigation Initiative (SRMI). Il s’agit de faciliter le développement des projets privés de production solaire dans les pays émergents et en développement.

L’approche prônée par SRMI passe avant tout par l’appui à la création d’un environnement favorable en impliquant l’engagement d’États porteurs d’objectifs clairs, réalistes et réalisables dans le secteur du solaire. 

La SRMI cherche également à améliorer la transparence du secteur avec le lancement, d’ici fin 2019, d’une plate-forme électronique de passation des appels d’offres. Pour la mise en œuvre de chaque projet, cette initiative mobilise aussi des experts en finance, développement technique et questions juridiques qui peuvent amener leur soutien aux États bénéficiaires.

En parallèle de ce dialogue avec les acteurs du secteur et cet effort de transparence, la SRMI mettra en place des outils permettant d’atténuer et de partager le risque financier. L’AFD va ainsi proposer  un dispositif de garanties et de liquidité contribuant au développement de projets d’énergie renouvelable de taille inférieure à 50 MW en Afrique.

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